Un mot, plusieurs métiers
La sexologie est l’étude et la prise en charge de la sexualité humaine — ses fonctions, ses difficultés, sa place dans le couple. Le mot « sexologue », lui, ne désigne pas une profession unique. Selon les pays, il recouvre des médecins ayant suivi une formation complémentaire en médecine sexuelle, des psychologues ou psychiatres spécialisés, des sages-femmes et kinésithérapeutes formés, et des personnes qui n’ont qu’un diplôme privé de quelques week-ends. Dans beaucoup de pays, le titre n’est pas protégé : n’importe qui peut l’afficher (voir la situation pays par pays). C’est la première chose à savoir, et la raison pour laquelle on demande toujours la formation d’origine.
- Le médecin sexologue (généraliste, gynécologue, urologue, psychiatre ou endocrinologue formé à la médecine sexuelle) examine, prescrit des examens et des médicaments, et fait le lien avec les autres spécialistes. C’est vers lui que l’on va quand une cause physique est possible.
- Le psychologue ou psychiatre sexologue travaille sur ce qui relève de l’anxiété, de l’histoire personnelle, du couple ; le psychiatre, médecin, prescrit en plus.
- Le sexothérapeute ou conseiller en sexologie, souvent issu du travail social, de la santé ou du conseil conjugal, accompagne les difficultés fonctionnelles et relationnelles par l’éducation, les exercices et la parole ; il ne prescrit pas et doit orienter vers un médecin au moindre doute organique.
Ce que traite la sexologie
Les motifs les plus fréquents, par ordre décroissant dans la plupart des consultations : l’écart de désir entre les deux partenaires et la baisse du désir ; les troubles de l’érection quand le médecin a écarté une cause physique ou en complément d’un traitement ; l’éjaculation précoce ; l’absence ou la difficulté d’orgasme ; les douleurs et le vaginisme, en binôme avec le gynécologue et le kinésithérapeute du périnée ; les blocages, l’anxiété de performance, l’évitement ; la sexualité après une naissance, une maladie, un cancer, à la ménopause ; les conséquences d’une agression ; les questions d’identité et d’orientation ; et, de plus en plus, les comportements sexuels compulsifs. La sexologie n’est pas réservée aux couples ni aux personnes « qui ont un problème » : beaucoup consultent seuls, ou pour une question, une fois.
À quoi ressemble une consultation de sexologie
La première séance est un entretien, seul ou en couple, de trois quarts d’heure à une heure. Le sexologue demande depuis quand, dans quelles circonstances, ce qui a déjà été essayé, les traitements en cours, l’alcool, le tabac, le sommeil, l’état de la relation. Il n’y a en général pas d’examen physique — et si le sexologue n’est pas médecin, il vous adressera à l’un d’eux au moindre doute organique. Les prises en charge sont courtes pour la plupart des motifs, de quelques séances à quelques mois, souvent avec des exercices à faire à la maison. Le coût, le remboursement et la protection du titre varient beaucoup d’un pays à l’autre : vérifiez la formation, et préférez les professionnels inscrits auprès d’une société savante ou d’un ordre.
Les méthodes
La sexothérapie moderne est courte et concrète. Elle commence presque toujours par de l’information — une part importante des difficultés vient d’idées fausses sur ce qu’un corps ou un couple « devrait » faire —, puis propose des exercices à faire chez soi, seul ou à deux : le plus connu est la « focalisation sensorielle », qui interdit pendant quelques semaines la pénétration et l’orgasme pour réapprendre le contact sans objectif de résultat. S’y ajoutent, selon le motif, les techniques d’apprentissage pour l’éjaculation précoce, la désensibilisation progressive pour le vaginisme et les phobies, les thérapies cognitives et comportementales pour l’anxiété de performance, la pleine conscience pour le désir et la douleur, et le travail de couple quand le symptôme sexuel est le symptôme d’autre chose. Quand le sexologue est médecin, les traitements médicamenteux — de l’érection, de l’éjaculation, des hormones — s’ajoutent, jamais seuls. Les approches qui promettent un résultat en une séance, un « déblocage » énergétique ou une méthode secrète ne relèvent pas de la sexologie.
Combien de séances, et à quel rythme
Pour les motifs les plus courants — éjaculation précoce, anxiété de performance, écart de désir, vaginisme sans cause physique —, on compte en général de cinq à quinze séances, espacées de une à trois semaines pour laisser le temps des exercices, soit deux à six mois. Les situations complexes — traumatisme, douleur chronique, sexualité après un cancer — prennent plus longtemps. Un bon signe : le sexologue annonce dès la première ou la deuxième séance un cadre, des objectifs et une durée approximative, et accepte de faire le point régulièrement. Un mauvais signe : des séances sans fin, sans objectif, ou un praticien qui décourage toute consultation médicale parallèle.
Préparer le rendez-vous
- Depuis quand, et si c’est arrivé progressivement ou d’un coup.
- Dans quelles situations : toujours, seulement avec la ou le partenaire, seulement dans certaines positions.
- Pour un homme, les érections du matin : présentes ou disparues — c’est le renseignement qui oriente le plus.
- La liste complète de vos médicaments, y compris sans ordonnance, et la date de début de chacun.
- Tabac, alcool, cannabis et autres produits, honnêtement : ils comptent parmi les premières causes.
- Ce que vous voulez : comprendre, être rassuré, traiter, ou seulement en parler — le dire d’emblée fait gagner du temps.
Choisir un sexologue
- Demander la formation : quelle profession d’origine, quel diplôme de sexologie, délivré par qui — une université ou une société savante plutôt qu’un organisme privé inconnu.
- Préférer un praticien inscrit auprès d’une association ou d’une société de sexologie reconnue dans votre pays, qui impose un code de déontologie et une formation continue.
- Vérifier le cadre : durée et prix des séances annoncés, possibilité de venir seul ou en couple, secret professionnel.
- Se méfier des praticiens qui proposent un contact physique, qui garantissent un résultat, qui vendent des produits, ou qui ne renvoient jamais vers un médecin.
- Le coût et le remboursement varient beaucoup selon les pays et le statut du praticien : consultation médicale prise en charge, séances de psychologue partiellement remboursées, ou tout à votre charge. Renseignez-vous avant le premier rendez-vous : le tableau pays par pays donne le point de départ.
Pour savoir si c’est un sexologue qu’il vous faut, ou d’abord un urologue, un gynécologue ou un psychologue, la page Qui consulter, et quand passe les symptômes un par un.
La sexologie pays par pays
Le titre de sexologue n’est protégé que dans une seule juridiction du monde francophone, le Québec. Partout ailleurs, c’est la profession d’origine — médecin, psychologue — qui est encadrée, et c’est elle qui décide du remboursement. Le tableau résume la situation ; une fiche détaille les pays où il y a matière, et renvoie sinon à la fiche « santé mentale » du pays, qui indique où trouver un psychologue ou un psychiatre.
| Pays | Titre protégé ? | Formation de référence | Prise en charge | En savoir plus |
|---|---|---|---|---|
| Union européenne | Protégé dans aucun État membre | Certifications européennes FECSM (médecins) et ECPS (non-médecins) | Selon le pays d’affiliation ; soins transfrontaliers remboursés au tarif du pays d’origine | Fiche détaillée |
| France | Non protégé | DIU de sexologie et médecine sexuelle (3 ans, médecins) ; DIU de sexologie clinique pour non-médecins | Médecin conventionné remboursé à 70 % ; psychologue via « Mon soutien psy » ; sexologue non médecin à votre charge | Fiche détaillée |
| Belgique | Non protégé | Master universitaire en sexologie (KU Leuven, UCLouvain, ULB) | INAMI : médecin, psychologue clinicien conventionné à 11 € ; mutualités 10 à 20 € par séance | Fiche détaillée |
| Suisse | Non protégé ; titre privé « spécialiste en sexologie SSS » | Certificats universitaires en sexologie clinique (Genève) ; ZISS à Zurich | LAMal : médecin, psychothérapeute sur ordonnance depuis 2022 ; sinon complémentaire ou à votre charge | Fiche détaillée |
| Luxembourg | Non réglementé ; « psychothérapeute » protégé depuis 2015 | Aucune formation nationale ; masters belges, DIU français | CNS : médecin ; psychothérapie remboursée à 70 % depuis février 2023 sur ordonnance | Fiche détaillée |
| Monaco | Non réglementé ; pratique alignée sur la France | DIU français | Caisses sociales : consultations médicales ; sexologue non médecin à votre charge | Santé mentale : où consulter |
| Québec et Canada | Québec : titre réservé (OPSQ, 2013) ; reste du Canada : libre | Baccalauréat ou maîtrise en sexologie (UQAM) ; certification ASTO en Ontario | RAMQ : gratuit dans le réseau public, pas en privé ; assurances collectives souvent | Fiche détaillée |
| Maroc | Non réglementé ; surtout des médecins | DU de sexologie clinique (Faculté de médecine de Casablanca) | AMO : consultation médicale à 70–80 % d’un tarif de référence ; psychologue à votre charge | Fiche détaillée |
| Algérie | Non réglementé ; exercé par des médecins (psychiatres, urologues, gynécologues) | Formations à l’étranger, enseignements ponctuels | Hôpital public sans frais ; CNAS sur tarif de référence en privé ; psychologue à votre charge | Santé mentale : où consulter |
| Tunisie | Non protégé ; médecins formés | Sexologie clinique (Faculté de médecine de Tunis) ; CEC de sexologie médicale (Monastir) | CNAM : consultation médicale selon la filière ; psychologue à votre charge | Fiche détaillée |
| Sénégal | Aucun encadrement ; une poignée de praticiens formés | Aucune formation nationale ; spécialistes des CHU (urologie, gynécologie, psychiatrie) | À votre charge ; consultations publiques à tarif hospitalier | Santé mentale : où consulter |
| Côte d'Ivoire | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; spécialistes des CHU | À votre charge ; la couverture maladie universelle joue dans les structures publiques | Santé mentale : où consulter |
| Cameroun | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; spécialistes des hôpitaux de référence | À votre charge ; tarifs hospitaliers publics | Santé mentale : où consulter |
| République démocratique du Congo | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; cliniques universitaires et hôpitaux de référence | À votre charge, y compris dans le public | Santé mentale : où consulter |
| Bénin | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; CHU et hôpitaux départementaux | À votre charge ; tarifs hospitaliers publics | Santé mentale : où consulter |
| Mali | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; CHU de Bamako | À votre charge ; l’assurance maladie obligatoire couvre les consultations médicales dans les structures conventionnées | Santé mentale : où consulter |
| Burkina Faso | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; CHU de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso | À votre charge ; tarifs hospitaliers publics | Santé mentale : où consulter |
| Niger | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; hôpitaux nationaux de Niamey | À votre charge ; tarifs hospitaliers publics | Santé mentale : où consulter |
| Togo | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; CHU de Lomé | À votre charge ; l’assurance maladie universelle couvre les consultations médicales dans le public | Santé mentale : où consulter |
| Madagascar | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; CHU d’Antananarivo | À votre charge ; tarifs hospitaliers publics | Santé mentale : où consulter |
| Haïti | Aucun encadrement | Aucune formation nationale ; hôpitaux universitaires et cliniques privées | À votre charge | Santé mentale : où consulter |
Ce thème est aussi traité pour les pays anglophones · les pays germanophones.
Questions fréquentes
Faut-il une ordonnance pour voir un sexologue ?
Dans la plupart des pays, non : on le consulte directement. En revanche, la prise en charge par l’assurance maladie dépend souvent du statut du praticien (médecin ou non) et parfois d’une orientation par le généraliste. Renseignez-vous avant le premier rendez-vous.
Peut-on consulter à deux ?
Oui, et pour beaucoup de motifs c’est préférable : l’éjaculation précoce, les écarts de désir, les douleurs qui ont installé un évitement. Les sexologues reçoivent les couples ; la première séance peut se faire à deux, les suivantes alterner.
Sexologue ou psychologue ?
Si la difficulté est sexuelle et récente, et que le reste va bien, le sexologue est plus direct : il connaît les techniques spécifiques. Si la sexualité n’est qu’un des symptômes d’un mal-être plus large — dépression, anxiété généralisée, traumatisme —, le psychologue ou le psychiatre vient en premier, et beaucoup d’entre eux ont une formation en sexologie.
La sexologie fonctionne-t-elle ?
Pour l’éjaculation précoce, le vaginisme, l’anxiété de performance et l’anorgasmie, les études montrent des taux d’amélioration élevés en quelques mois, à condition de faire les exercices. Pour l’écart de désir, les résultats dépendent surtout de l’état du couple. Pour les troubles d’origine physique, elle complète le traitement médical sans le remplacer.
