Deux mots, deux réalités très différentes
La ménopause est un événement : l’arrêt définitif des règles, constaté après douze mois sans saignement, vers cinquante et un ans en moyenne, entre quarante-cinq et cinquante-cinq pour la plupart des femmes. Elle est précédée de plusieurs années de transition — la périménopause — où les cycles se dérèglent et où les symptômes commencent, et suivie d’une baisse durable des œstrogènes qui a des effets sur tout le corps. L’« andropause » n’existe pas au même sens : rien ne s’arrête chez l’homme, la fertilité persiste, et la testostérone baisse lentement, d’environ un pour cent par an à partir de la quarantaine. Seule une petite minorité d’hommes — quelques pour cent après cinquante ans — développe un véritable déficit avec des symptômes, que la médecine appelle hypogonadisme tardif. Le mot « andropause » est commode ; il est surtout trompeur, parce qu’il suggère une symétrie qui n’existe pas.
Chez la femme : ce qui change
Trois groupes de symptômes, très inégaux d’une femme à l’autre. Les bouffées de chaleur et sueurs nocturnes touchent les trois quarts des femmes, pendant quelques années le plus souvent, parfois bien plus longtemps ; elles cassent le sommeil, et c’est le manque de sommeil qui fait le reste — irritabilité, fatigue, humeur. Les troubles de l’humeur et du sommeil, justement, qui ne sont pas « dans la tête » mais liés aux fluctuations hormonales et aux réveils. Et le syndrome génito-urinaire : sécheresse vaginale, brûlures, douleurs à la pénétration, infections urinaires à répétition, envies pressantes. Celui-ci concerne environ une femme sur deux après la ménopause, il s’aggrave avec le temps au lieu de passer, et il est le grand oublié des consultations, parce que les femmes n’en parlent pas et que les médecins ne le demandent pas. C’est pourtant le plus facile à traiter.
Le désir change aussi, en moyenne à la baisse, mais pour des raisons qui se démêlent : la douleur, d’abord — on ne désire pas ce qui fait mal —, le sommeil, l’image de soi, et le contexte du couple, bien plus que les hormones elles-mêmes. Les femmes qui n’ont pas de douleur et dorment gardent, dans les études, un désir proche de celui d’avant. Et l’orgasme ne disparaît pas : il peut demander plus de temps et de stimulation directe, ce qui est une information utile pour les deux partenaires.
Chez la femme : ce qui se traite
- La sécheresse et les douleurs se traitent presque toujours. Les lubrifiants pour le rapport et les hydratants vaginaux à utiliser régulièrement suffisent souvent ; sinon, les œstrogènes locaux — crème, ovule, anneau — restaurent les tissus avec un passage dans le sang minime, ce qui les rend utilisables par la plupart des femmes, y compris beaucoup de celles qui ne peuvent pas prendre d’hormones par voie générale, après avis médical. D’autres options locales existent selon les pays. Un kinésithérapeute du périnée aide quand la douleur a fait se contracter les muscles.
- Les bouffées de chaleur répondent au traitement hormonal de la ménopause, le plus efficace, dont le rapport bénéfice-risque est favorable pour la plupart des femmes qui en souffrent, quand il est commencé avant soixante ans ou dans les dix ans qui suivent la ménopause, et en l’absence de contre-indication — antécédent de cancer du sein, de thrombose ou d’accident vasculaire, notamment. Les peurs nées d’une grande étude américaine du début des années 2000 ont été largement réévaluées depuis : le risque existe, il est faible, et il se discute au cas par cas. Pour celles qui ne peuvent ou ne veulent pas d’hormones, il existe des traitements non hormonaux, dont une nouvelle classe de médicaments autorisée depuis 2023 dans plusieurs pays, certains antidépresseurs à faible dose, et la thérapie comportementale, qui réduit la gêne plus que le nombre de bouffées.
- Le désir : d’abord traiter la douleur et le sommeil ; ensuite, ce qui vaut à tout âge, sur la page la baisse du désir. La testostérone à faible dose est utilisée chez certaines femmes ménopausées, sous contrôle médical, dans les pays où elle est disponible.
- Ce qui n’a pas fait ses preuves : les « hormones bio-identiques » préparées sur mesure, les compléments à base de plantes vendus pour la ménopause, et, à ce jour, les traitements par laser vaginal, dont les études sont insuffisantes.
Chez l’homme : ce qui change, et ce qui se traite
La baisse lente de la testostérone n’est pas une maladie, et la plupart des hommes ne s’en aperçoivent pas. Ce qui change avec l’âge, c’est l’érection — plus lente à venir, moins ferme, plus dépendante d’une stimulation directe, plus longue à revenir après un orgasme —, et c’est d’abord une affaire de vaisseaux : tabac, surpoids, diabète, hypertension et sédentarité pèsent plus que les hormones. La page les troubles de l’érection et celle sur les médicaments de l’érection détaillent ce qui se fait. Le déficit réel en testostérone, lui, se reconnaît à un ensemble : baisse du désir, disparition des érections matinales, fatigue, perte de masse musculaire, parfois bouffées de chaleur — et se prouve par deux dosages sanguins le matin, à jeun, bas tous les deux. Alors seulement un traitement se discute, avec un suivi régulier, et pas chez un homme qui souhaite encore concevoir, qui a un cancer de la prostate ou une apnée du sommeil non traitée. Prendre de la testostérone « pour la forme », sans déficit prouvé, n’améliore rien et expose à des risques.
La sexualité continue
Environ la moitié des personnes de soixante-cinq à soixante-quatorze ans, et une sur quatre après soixante-quinze ans, ont une activité sexuelle, en couple le plus souvent — et le premier facteur qui la fait cesser n’est pas l’âge, c’est l’absence de partenaire ou la maladie de l’un des deux. Ce qui change, c’est le tempo : plus de temps, plus de caresses, moins de pénétration parfois, et plus de mots. Les couples qui traversent le mieux cette période sont ceux qui ont accepté de redéfinir ce qu’est « faire l’amour », au lieu de mesurer la sexualité de soixante ans à l’aune de celle de trente. La page la sexualité et l’âge poursuit sur ce terrain.
Deux rappels pratiques. La contraception reste nécessaire jusqu’à un an après les dernières règles après cinquante ans, deux ans avant cet âge : la périménopause est une période de grossesses inattendues. Et les infections sexuellement transmissibles augmentent chez les plus de cinquante ans, parce que les nouveaux partenaires après un veuvage ou un divorce n’ont pas grandi avec le préservatif : les règles de prévention et de dépistage sont les mêmes à tout âge.
Quand consulter
Pour la femme, dès que la sécheresse ou la douleur s’installent — elles ne passeront pas seules —, quand les bouffées de chaleur cassent le sommeil, ou en cas de saignement après la ménopause, qui se montre toujours. Pour l’homme, quand l’érection ou le désir changent nettement, parce que c’est parfois le premier signe d’un problème cardiovasculaire. Le généraliste est la première porte, puis le gynécologue, l’urologue ou l’endocrinologue ; la page qui consulter, et quand détaille.
Questions fréquentes
Le traitement hormonal de la ménopause donne-t-il le cancer du sein ?
Il augmente légèrement le risque avec les traitements combinés pris plusieurs années — de l’ordre de quelques cas supplémentaires pour mille femmes traitées —, et cet excès diminue après l’arrêt. Il ne se discute pas pour une femme qui a eu un cancer du sein. Pour les autres, la décision se prend en pesant les symptômes, l’âge, les antécédents, et se réévalue chaque année.
Les œstrogènes en crème, est-ce « des hormones » ?
Oui, mais à dose très faible et à action locale : le passage dans le sang est minime, et c’est pour cela qu’ils sont proposés à des femmes qui ne prendraient pas de traitement général. La plupart des recommandations les considèrent comme sûrs à long terme.
Mon mari a cinquante-cinq ans et moins de désir : est-ce l’andropause ?
Peut-être, rarement. Avant d’accuser la testostérone, on regarde le sommeil, l’alcool, le poids, l’humeur, les médicaments, et l’érection — et l’on dose la testostérone le matin. Un déficit confirmé se traite ; une baisse de désir sans déficit relève de la page sur la baisse du désir.
Peut-on avoir des rapports avec des saignements après la ménopause ?
Tout saignement après la ménopause doit être examiné avant tout, même minime, même une fois : c’est le plus souvent une atrophie ou un polype, mais c’est aussi le signe d’alerte du cancer de l’endomètre, qui se guérit d’autant mieux qu’il est vu tôt.
