L'avortement

Comment se déroule une interruption volontaire de grossesse — et ce que prévoit la loi, pays par pays.

Illustration : L'avortement

Deux méthodes, deux déroulements

Quel que soit le pays, l'interruption volontaire de grossesse repose sur deux techniques, choisies selon le terme et selon la préférence de la personne concernée.

L'IVG médicamenteuse

Elle associe deux médicaments : la mifépristone, qui interrompt la grossesse, puis, 24 à 48 heures plus tard, le misoprostol, qui provoque les contractions et l'expulsion. Elle est possible jusqu'à environ neuf semaines d'aménorrhée. Le processus ressemble à une fausse couche : saignements abondants pendant quelques heures, crampes parfois intenses, puis des saignements plus légers pendant une à trois semaines. Des antidouleurs sont prescrits systématiquement. Dans plusieurs pays, elle se déroule à domicile, avec un suivi téléphonique.

L'IVG instrumentale

Elle consiste en une aspiration du contenu utérin, sous anesthésie locale ou générale brève. L'intervention dure une dizaine de minutes, en ambulatoire : on entre et on ressort le jour même. Elle est utilisée au-delà du terme de la méthode médicamenteuse, et peut aussi être préférée plus tôt, parce qu'elle est rapide et que l'on sait immédiatement qu'elle est complète.

Ce qui compte médicalement

Trois idées fausses tenaces

L'avortement ne rend pas stérile. Les études de cohorte ne montrent aucun effet sur la fertilité ultérieure, ni augmentation du risque de fausse couche ou de grossesse extra-utérine lors des grossesses suivantes.

Il n'existe pas de « syndrome post-abortif ». Aucune société savante ne reconnaît cette entité. Les travaux de suivi à long terme montrent que le facteur déterminant du vécu n'est pas l'acte lui-même, mais la certitude de la décision et le soutien de l'entourage. Un accompagnement psychologique doit rester disponible, sans être imposé.

Il n'y a pas de lien avec le cancer du sein. Cette affirmation, largement diffusée, a été écartée par les grandes études épidémiologiques.

Les soins après avortement sont dus partout

L'Organisation mondiale de la santé classe l'avortement non sécurisé parmi les premières causes évitables de mortalité maternelle. Des saignements très abondants, une fièvre, des douleurs intenses ou un malaise après une grossesse interrompue constituent une urgence : il faut consulter immédiatement. Les soins après avortement font partie des services essentiels y compris dans les pays où l'acte lui-même est interdit, et le personnel soignant reste tenu au secret professionnel.

Où trouver une information fiable

Les services publics de planification familiale, les associations membres de la Fédération internationale pour la planification familiale et les consultations hospitalières de gynécologie sont les interlocuteurs les plus sûrs. Chaque fiche pays ci-dessous indique les numéros, les structures et les associations correspondantes. Méfiez-vous en revanche des sites qui imitent des centres de santé sans jamais dire s'ils pratiquent l'IVG : ils existent dans la plupart des pays et font perdre des jours précieux.

Le droit pays par pays

Le cadre juridique, les démarches, les délais et les coûts diffèrent d'un pays à l'autre. Chaque pays ci-dessous dispose d'une fiche détaillée : textes applicables, faits marquants, démarches réelles, coûts, adresses utiles et pièges à éviter.

Cliquez sur un pays pour ouvrir sa fiche détaillée.

Europe francophone

France

IVG libre jusqu'à 14 semaines de grossesse, prise en charge à 100 %, et liberté garantie par la Constitution depuis mars 2024.

Belgique

IVG jusqu'à 12 semaines de grossesse, avec six jours de réflexion obligatoires et un coût quasi nul ; une réforme portant le délai à 14 semaines est en discussion.

Suisse

Régime du délai depuis 2002 : la décision appartient à la femme jusqu'à douze semaines, et l'acte est pris en charge par l'assurance de base.

Luxembourg

IVG jusqu'à douze semaines de grossesse, sans délai de réflexion depuis 2025, prise en charge par la caisse de maladie.

Monaco

L'IVG ne peut pas être pratiquée sur le territoire monégasque, sauf cas exceptionnels ; depuis 2019, la femme qui y recourt à l'étranger n'est plus poursuivie.

Amérique du Nord

Québec et Canada

Le Canada n'a aucune loi pénale sur l'avortement depuis 1988 : pas de délai légal, acte couvert par le régime public et accessible sans justification.

Maghreb

Maroc

L'avortement reste interdit et pénalement sanctionné, avec une seule exception : le danger pour la santé de la mère, sous conditions.

Algérie

Législation parmi les plus restrictives de la région : l'avortement n'est admis que pour préserver la vie ou la santé de la mère, ou en cas de malformation grave.

Tunisie

Pionnière : l'IVG est légale à la demande jusqu'à douze semaines depuis 1973, mais l'accès réel s'est nettement dégradé.

Afrique de l'Ouest et centrale

Sénégal

Interdiction quasi absolue : l'avortement n'est admis que pour sauver la vie de la mère, sur avis de plusieurs médecins.

Côte d'Ivoire

Interdiction de principe, assortie d'exceptions limitées ; la transposition du Protocole de Maputo est réclamée par la société civile.

Cameroun

L'avortement est interdit, sauf en cas de viol ou de danger grave pour la santé de la femme.

République démocratique du Congo

Premier pays francophone d'Afrique à rendre le Protocole de Maputo directement applicable : l'avortement est autorisé en cas de viol, d'inceste, de danger pour la santé et de malformation grave.

Bénin

Le Bénin a adopté en 2021 l'une des lois les plus ouvertes d'Afrique de l'Ouest : IVG possible jusqu'à douze semaines en cas de détresse.

Mali

Interdiction de principe, avec trois exceptions prévues par la loi sur la santé de la reproduction : viol, inceste, et danger pour la vie ou la santé.

Burkina Faso

Autorisé dans quatre cas seulement, et uniquement pendant les dix premières semaines de grossesse.

Niger

Interdiction générale, avec une exception thérapeutique lorsque la santé de la femme est en danger.

Togo

Interdiction assortie de trois exceptions : danger pour la santé, viol ou inceste, et anomalie fœtale grave.

Océan Indien et Caraïbes

Madagascar

Interdiction absolue, sans exception explicite, confirmée par la loi de 2017 sur la santé de la reproduction.

Haïti

L'avortement reste criminalisé par un texte de 1835 : le code pénal de 2020, qui le dépénaliserait partiellement, n'est jamais entré en vigueur.

Ce thème est aussi traité pour les pays anglophones · les pays germanophones · les pays hispanophones · l'Italie et la Suisse italienne · les pays lusophones · les Pays-Bas, la Flandre et le Suriname.

Pour aller plus loin

Liens vérifiés vers des sources officielles ou de référence. Ils s'ouvrent dans un nouvel onglet.

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