La succession

Au décès, le patrimoine ne se partage pas selon ce que la famille trouve juste, mais selon un ordre fixé par la loi — que le testament ne peut modifier que dans certaines limites. Savoir lequel s'applique est la seule question qui compte vraiment.

Deux familles de droit, deux logiques opposées

Sur la question de savoir ce qu'un parent peut faire de son patrimoine, le monde se divise en deux.

Réserve héréditaireUne part du patrimoine est réservée aux enfants — parfois au conjoint — et le défunt ne peut pas en disposer autrement. C'est le modèle des droits civilistes : France, Belgique, Suisse, Luxembourg, Allemagne, Autriche, Italie, Québec dans une moindre mesure, et la plupart des pays d'Afrique francophone.
Liberté testamentaireOn lègue à qui l'on veut. C'est le modèle de common law : Angleterre, Irlande partiellement, États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud. Le correctif n'est pas une part réservée mais un recours : un proche laissé sans rien peut demander au juge une provision raisonnable.

La différence est considérable. Dans le premier modèle, déshériter un enfant est impossible ; dans le second, c'est possible mais attaquable. Un couple binational doit savoir lequel s'appliquera, parce que les deux ne donnent pas du tout le même résultat.

Un troisième ensemble applique des règles d'origine religieuse, avec des parts fixées à l'avance selon le lien de parenté. Savoir dans quelle famille on se trouve change tout : dans la première, la planification consiste à utiliser la quotité disponible ; dans la deuxième, à rédiger un testament solide et à anticiper les recours ; dans la troisième, à recourir aux donations entre vifs et aux legs dans les limites admises.

L'ordre légal, quand il n'y a pas de testament

Sans testament, la loi désigne les héritiers par ordres successifs. Le schéma, très largement partagé, est le suivant :

Le partenaire non marié n'hérite presque nulle part

C'est l'erreur la plus coûteuse et la plus répandue. Concubins, partenaires de fait, parfois même partenaires enregistrés : dans la grande majorité des pays, ils ne sont pas héritiers légaux. Sans testament — et, selon les pays, sans montage complémentaire — le survivant peut se retrouver à devoir quitter le logement commun au profit de la famille du défunt.

Le conjoint survivant : la grande variable

Sa situation va de l'usufruit de la totalité à une part fixe, en passant par le choix entre plusieurs options selon qu'il y a ou non des enfants. Presque partout, il bénéficie d'une protection particulière sur le logement — droit d'habitation, usufruit, attribution préférentielle. Et presque partout, le partenaire non marié n'a, lui, aucun droit sans testament.

Le testament

Trois formes existent presque partout, avec des noms différents :

Un testament ne dispose que de la quotité disponible dans les pays à réserve. Il peut en revanche presque partout désigner un exécuteur, régler le sort d'objets précis, organiser la tutelle des enfants mineurs et exprimer des volontés funéraires.

Deux pièges reviennent d'un pays à l'autre : un testament olographe tapé à l'ordinateur est nul là où la loi exige l'écriture à la main ; et dans plusieurs pays, le mariage révoque un testament antérieur, sauf mention contraire — d'où la règle de relire le sien après chaque mariage, divorce ou naissance.

Les donations du vivant

Donner de son vivant est le principal outil d'anticipation, et le plus mal maîtrisé. Deux règles reviennent partout : la donation faite à un héritier est en principe rapportable, c'est-à-dire réintégrée au calcul du partage, et une donation excessive peut être réduite si elle entame la réserve. Les délais de rappel fiscal — la période pendant laquelle une donation antérieure est reprise dans le calcul des droits — varient de quelques années à l'ensemble de la vie selon les pays.

Ce qui échappe à la succession

C'est le point le plus souvent ignoré. Dans de nombreux pays, plusieurs blocs de patrimoine se transmettent en dehors du testament, par simple désignation de bénéficiaire : assurance-vie, épargne retraite, comptes de prévoyance, parfois comptes joints. Une clause bénéficiaire oubliée au nom d'un ex-conjoint produit exactement l'effet qu'elle indique, quel que soit le testament rédigé ensuite.

La succession internationale

Dès qu'il y a un bien à l'étranger, une nationalité différente ou une résidence dans un autre pays, la question devient : quelle loi s'applique ? Trois réponses coexistent dans le monde — la loi de la résidence habituelle, la loi de la nationalité, et un système dit scissionniste qui soumet les immeubles à la loi de leur lieu de situation et le reste à une autre loi. C'est ce dernier qui produit les situations les plus complexes, car une même succession se règle alors selon deux droits différents.

La fiche consacrée à l'Union européenne détaille le mécanisme qui a unifié la question à l'intérieur de l'Union et la possibilité d'y choisir sa loi nationale.

Patrimoine dans plusieurs pays

Deux précautions valent partout : faire un inventaire des biens pays par pays, et vérifier qu'un testament étranger ne révoque pas involontairement les autres par une clause générale du type « je révoque toutes dispositions antérieures ».

Ce qu'il faut faire, concrètement

Deux pays, deux lois

Mariage célébré à l'étranger ou avec un étranger, loi applicable aux biens du couple, enfants de deux nationalités, succession à cheval sur deux pays : la page le couple international réunit les règles communes et explique les conventions de La Haye.

Le droit pays par pays

Le cadre juridique, les démarches, les délais et les coûts diffèrent d'un pays à l'autre. Chaque pays ci-dessous dispose d'une fiche détaillée : textes applicables, faits marquants, démarches réelles, coûts, adresses utiles et pièges à éviter.

Cliquez sur un pays pour ouvrir sa fiche détaillée.

Cadre européen

Union européenne

Depuis le 17 août 2015, le règlement (UE) n° 650/2012 soumet toute la succession à une seule loi, celle de la dernière résidence habituelle du défunt — sauf si celui-ci a choisi la loi de sa nationalité.

Europe francophone

France

Les enfants disposent d'une réserve héréditaire que le testament ne peut pas entamer, et le conjoint survivant choisit entre le quart en pleine propriété et la totalité en usufruit.

Belgique

La réforme entrée en vigueur le 1er septembre 2018 a ramené la réserve des enfants à la moitié de la succession quel que soit leur nombre, supprimé celle des ascendants et autorisé les pactes successoraux.

Suisse

Le droit révisé, en vigueur depuis le 1er janvier 2023, a réduit la réserve des descendants à la moitié et supprimé celle des parents : la quotité disponible a fortement augmenté.

Luxembourg

Le droit luxembourgeois suit le modèle français de la réserve héréditaire, mais les droits de succession en ligne directe sont pratiquement nuls, ce qui change complètement la planification.

Monaco

Monaco conjugue une réserve héréditaire classique et une fiscalité successorale nulle en ligne directe et entre époux — l'une des plus favorables d'Europe.

Amérique du Nord

Québec et Canada

Le Québec ne connaît pas de réserve héréditaire : la liberté de tester y est presque totale, tempérée par la survie de l'obligation alimentaire et par la liquidation préalable du patrimoine familial.

Maghreb

Maroc

La succession relève du droit musulman codifié dans le livre VI de la Moudawana : les parts sont fixées par la loi, le testament ne peut dépasser le tiers et ne peut bénéficier à un héritier.

Algérie

La succession relève du droit musulman codifié dans le Code de la famille : parts fixes, vocation des agnats, testament limité au tiers.

Tunisie

La Tunisie applique le droit musulman des successions, mais l'a tempéré dès 1959 : la fille unique ou les filles seules recueillent le reliquat plutôt que les agnats.

Afrique de l'Ouest et centrale

Sénégal

Le Code de la famille offre une option rare : la succession se règle selon le droit musulman ou selon le droit commun, au choix exprimé de son vivant.

Côte d'Ivoire

La loi sur les successions, refondue en 2019, applique une dévolution égalitaire de droit civil et a renforcé les droits du conjoint survivant.

Cameroun

Le droit écrit et les droits coutumiers coexistent, et le sort de la veuve dépend largement de la juridiction saisie.

République démocratique du Congo

Le Code de la famille classe les héritiers en catégories : le conjoint et les enfants forment la première, ce qui protège théoriquement la veuve.

Bénin

Le Code des personnes et de la famille a supprimé les coutumes successorales discriminatoires et instauré l'égalité entre tous les enfants.

Mali

Le Code des personnes et de la famille laisse le choix entre succession de droit musulman et succession de droit commun, avec une présomption en faveur du droit musulman.

Burkina Faso

Le Code des personnes et de la famille instaure une dévolution égalitaire et écarte les coutumes, mais la pratique rurale reste largement coutumière.

Niger

Le droit musulman, la coutume et le droit écrit coexistent, et le juge applique la règle correspondant au statut personnel des intéressés.

Togo

Le Code des personnes et de la famille de 2012 consacre l'égalité successorale et écarte les coutumes discriminatoires.

Océan Indien et Caraïbes

Madagascar

La loi sur les successions, testaments et donations organise une dévolution égalitaire, mais la coutume du lova et la pratique du partage anticipé restent déterminantes.

Haïti

Le Code civil d'inspiration française prévoit la réserve héréditaire et l'égalité entre tous les enfants, y compris nés hors mariage.

Ce thème est aussi traité pour les pays anglophones · les pays germanophones · les pays hispanophones · l'Italie et la Suisse italienne · les pays lusophones · les Pays-Bas, la Flandre et le Suriname.

Page vérifiée en septembre 2026. Les règles et les données citées peuvent évoluer.

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