Les mutilations génitales féminines

Une norme sociale, pas une prescription religieuse : aucun texte sacré ne la mentionne, et les communautés qui la pratiquent appartiennent à plusieurs religions.

Illustration : Les mutilations génitales féminines

Ce que recouvre le terme

L'expression désigne toute ablation partielle ou totale des organes génitaux externes féminins, ou toute autre lésion pratiquée sans raison médicale. Quatre types sont distingués : l'ablation du capuchon ou du clitoris, l'ablation des petites lèvres, l'infibulation — la forme la plus lourde, qui referme l'orifice vulvaire — et l'ensemble des autres actes, piqûres, incisions ou cautérisations. L'âge varie fortement : de la première semaine de vie à l'adolescence selon les communautés.

Où cela se pratique

L'UNICEF estimait en 2024 à plus de 230 millions le nombre de femmes et de filles vivantes ayant subi une mutilation génitale — 30 millions de plus qu'en 2016, parce que la population des pays concernés croît plus vite que la pratique ne recule. Plus de 144 millions vivent en Afrique, plus de 80 millions en Asie, plus de 6 millions au Moyen-Orient. La pratique se concentre dans une bande qui va de la corne de l'Afrique à l'Atlantique : la prévalence dépasse 90 % chez les femmes de 15 à 49 ans en Somalie, en Guinée et à Djibouti, se situe entre 80 et 90 % au Mali, en Égypte, au Soudan, en Érythrée et en Sierra Leone, autour de 65 % en Éthiopie et en Mauritanie, et reste forte au Burkina Faso, en Gambie, en Guinée-Bissau et au Tchad. Elle est devenue minoritaire au Sénégal (environ un quart), en Côte d'Ivoire (un tiers), au Kenya et au Nigeria (moins d'un cinquième), et marginale au Cameroun, au Togo, au Bénin et au Niger.

Hors d'Afrique, elle existe en Indonésie et en Malaisie — sous une forme souvent médicalisée et moins étendue, mais qui touche environ la moitié des fillettes indonésiennes —, au Yémen, dans le Kurdistan irakien, aux Maldives, et dans quelques communautés d'Inde, du Pakistan, de Colombie ou du Pérou. Par l'immigration, elle concerne aussi l'Europe et l'Amérique du Nord : environ 125 000 femmes adultes vivant en France l'ont subie, plus de 500 000 femmes et filles aux États-Unis sont concernées ou exposées, et les fiches pays ci-dessous disent ce que chaque droit national prévoit pour protéger une enfant.

Pourquoi on la pratique

Les raisons avancées par les communautés varient, mais reviennent toujours aux mêmes idées. La première est la norme sociale : là où presque toutes les femmes sont excisées, une fille qui ne l'est pas passe pour impure, immature ou immariable, et sa famille pour négligente ; les parents y consentent parce que refuser coûterait à leur fille son avenir. Vient ensuite le contrôle de la sexualité féminine : la pratique est censée réduire le désir, garantir la virginité avant le mariage et la fidélité après. S'y ajoutent des idées de propreté, de beauté et de féminité (le clitoris jugé masculin, sale ou dangereux), le rite de passage vers l'âge adulte, souvent accompagné de fêtes et de cadeaux, et une croyance religieuse sincère mais sans fondement dans les textes — la pratique précède l'islam et le christianisme, elle est attestée en Égypte deux siècles avant notre ère, et la majorité des musulmans et des chrétiens du monde ne la connaissent pas.

Enfin, elle tient par ceux qui en vivent ou en tirent autorité : exciseuses traditionnelles, parfois soignants (en Égypte, plus des trois quarts des excisions sont désormais faites par du personnel de santé), aînées et chefs de communauté. C'est pourquoi les lois seules ne suffisent pas : la pratique recule là où des villages entiers décident ensemble de l'abandonner, ce qui lève la peur de l'immariabilité. Le rapport entre cette pratique et le désir féminin, ce que les femmes concernées en disent et ce que la sexologie sait de la réparation sont développés sur la page pourquoi certaines cultures pratiquent l'excision.

Les conséquences, immédiates et durables

À court terme : hémorragie, douleur intense, infection, rétention d'urine. À long terme : douleurs chroniques, infections urinaires à répétition, kystes, difficultés menstruelles, douleurs pendant les rapports, et surtout des complications obstétricales — travail prolongé, déchirures, recours accru à la césarienne, risque accru pour le nouveau-né. S'y ajoutent des conséquences psychologiques durables, longtemps sous-estimées.

Trois idées fausses qui circulent

Ce n'est pas une obligation religieuse : aucun texte sacré ne la prescrit, et la pratique traverse plusieurs religions tout en étant absente de la majorité des pays qui les professent. Ce n'est pas un acte d'hygiène : il n'existe aucun bénéfice médical, seulement des risques. Et sa médicalisation — le fait qu'un soignant la réalise — ne la rend pas acceptable : elle réduit marginalement le risque immédiat sans rien changer aux conséquences durables, et toutes les instances médicales internationales s'y opposent pour cette raison.

Se protéger et protéger une enfant

Le moment le plus à risque est un voyage prolongé dans le pays d'origine, souvent pendant les vacances scolaires. Plusieurs outils existent selon les pays : consultation de prévention avant le départ, certificat médical attestant l'intégrité de l'enfant, ordonnance de protection, inscription sur une liste de surveillance aéroportuaire, voire retrait du passeport. Le signalement d'une enfant en danger est possible partout, souvent de façon anonyme, et prime sur le secret professionnel.

La réparation est possible

La désinfibulation — réouverture chirurgicale simple — soulage les douleurs, les difficultés urinaires et sexuelles, et se pratique volontiers avant un accouchement. La chirurgie de reconstruction clitoridienne est proposée dans plusieurs pays, parfois intégralement prise en charge. L'accompagnement psychologique et sexologique fait partie du parcours : les résultats sont meilleurs quand les deux sont associés.

Dire ce qui a été fait change la prise en charge

Beaucoup de femmes n'en parlent jamais, et beaucoup de soignants ne posent pas la question. Or l'information change tout au moment d'un accouchement : elle conditionne la surveillance, la préparation d'une désinfibulation et la prévention des déchirures. Dites-le dès la première consultation de grossesse, même si personne ne vous le demande.

Le droit pays par pays

Le cadre juridique, les démarches, les délais et les coûts diffèrent d'un pays à l'autre. Chaque pays ci-dessous dispose d'une fiche détaillée : textes applicables, faits marquants, démarches réelles, coûts, adresses utiles et pièges à éviter.

Cliquez sur un pays pour ouvrir sa fiche détaillée.

Cadre européen

Union européenne

Les mutilations génitales féminines doivent désormais constituer une infraction pénale dans les vingt-sept États membres, y compris lorsqu'elles sont pratiquées à l'étranger.

Europe francophone

France

Une compétence extraterritoriale très large, une chirurgie réparatrice prise en charge à 100 %, et l'excision reconnue comme motif d'asile.

Belgique

Une infraction spécifique depuis 2001, une compétence extraterritoriale, et un centre médical dédié à Bruxelles.

Suisse

Article 124 du Code pénal depuis 2012 : la mutilation est punissable même lorsqu'elle est licite dans le pays où elle a été commise.

Luxembourg

Une infraction inspirée du modèle belge, dans un pays où la population concernée est restreinte mais réelle.

Monaco

Des faits réprimés comme violences aggravées, dans un territoire où la question se pose peu mais où l'orientation se fait vers la France.

Amérique du Nord

Québec et Canada

Une infraction au Code criminel depuis 1997, avec interdiction expresse de faire sortir un enfant du pays à cette fin.

Maghreb

Maroc

La pratique n'est pas documentée dans le pays : la question se pose surtout pour les familles originaires d'autres régions.

Algérie

La pratique n'est pas documentée dans le pays : la question se pose surtout pour les familles originaires d'autres régions.

Tunisie

La pratique n'est pas documentée dans le pays : la question se pose surtout pour les familles originaires d'autres régions.

Afrique de l'Ouest et centrale

Sénégal

Interdite depuis 1999, avec une stratégie d'abandon collectif par déclarations publiques qui a fait école.

Côte d'Ivoire

Interdite depuis 1998, avec des poursuites effectives et une prévalence qui recule chez les jeunes générations.

Cameroun

Une prévalence faible, concentrée dans deux régions, et une interdiction inscrite au Code pénal en 2016.

République démocratique du Congo

Une pratique très marginale, couverte par la loi de 2006 sur les violences sexuelles.

Bénin

Interdite depuis 2003, avec une prévalence concentrée dans les départements du nord.

Mali

L'un des rares pays sans loi interdisant l'excision, et l'une des prévalences les plus élevées au monde.

Burkina Faso

Une des lois les plus anciennes du continent, appliquée avec constance — et une prévalence qui s'effondre chez les jeunes filles.

Niger

Interdite depuis 2003, dans un pays où la pratique reste marginale.

Togo

Interdite depuis 1998, avec une prévalence en net recul.

Océan Indien et Caraïbes

Madagascar

La pratique n'est pas documentée : la question ne se pose que pour des familles venues d'ailleurs.

Haïti

La pratique n'est pas documentée : la question ne se pose que pour des familles venues d'ailleurs.

Ce thème est aussi traité pour les pays anglophones · les pays germanophones.

Pour aller plus loin

Liens vérifiés vers des sources officielles ou de référence. Ils s'ouvrent dans un nouvel onglet.

Page vérifiée en septembre 2026. Les règles et les données citées peuvent évoluer.

Situer cette page dans le plan du site

Une question, une correction, une suggestion ? Écrivez-nous.