L'adoption

Adopter, ce n'est pas trouver un enfant pour une famille : c'est trouver une famille pour un enfant. Tout le droit de l'adoption découle de ce renversement, et c'est lui qui explique les délais, les enquêtes et les refus que les candidats vivent mal.

Le principe qui commande tout le reste

Un candidat à l'adoption arrive presque toujours avec la même phrase : nous voulons un enfant. Le droit, lui, part de l'autre bout : un enfant est privé de famille, qui peut lui en offrir une ? Ce renversement n'est pas une formule. Il a des conséquences très concrètes — c'est parce qu'on cherche une famille pour l'enfant, et non l'inverse, qu'on enquête sur les candidats, qu'on les classe, qu'on les fait attendre, et qu'on peut leur dire non sans que cela constitue une injustice.

Il explique aussi pourquoi il n'existe nulle part un droit à l'enfant. La Cour européenne des droits de l'homme l'a répété : l'article 8 protège la vie familiale existante, il ne garantit pas le droit de fonder une famille par l'adoption. En revanche, lorsqu'un État ouvre l'adoption, il doit le faire sans discrimination — et c'est sur ce terrain-là, et non sur celui du droit à l'enfant, que les grandes décisions ont été rendues.

Deux grandes familles d'adoption

Presque tous les droits du monde connaissent une distinction voisine, sous des noms différents.

Adoption plénièreL'enfant est rattaché en entier à sa nouvelle famille. Le lien de filiation d'origine est rompu, un nouvel acte de naissance est établi, le nom change, la succession suit. C'est irrévocable dans la quasi-totalité des systèmes.
Adoption simpleUn lien nouveau s'ajoute sans effacer l'ancien. L'enfant a alors deux filiations, il hérite parfois des deux côtés, et l'adoption peut être révoquée pour motifs graves. C'est la forme utilisée pour les adoptions tardives, dans les familles recomposées et entre adultes.

Les pays de common law raisonnent différemment : ils ne connaissent le plus souvent qu'une seule adoption order, à effet plénier, et traitent les situations intermédiaires par d'autres outils — tutelle, special guardianship, kafala dans les pays de droit musulman, qui confie l'enfant sans créer de filiation.

Les quatre voies réelles

La Convention de La Haye, en clair

Signée en 1993 et ratifiée par plus de cent États, elle ne crée pas un droit d'adopter à l'étranger. Elle organise un circuit : une autorité centrale dans chaque pays, un agrément délivré dans le pays d'accueil, un apparentement décidé dans le pays d'origine, et une reconnaissance automatique de la décision dans tous les autres États parties. En échange, elle interdit tout paiement au-delà des frais réels et impose la subsidiarité.

Adopter dans un pays non partie à la Convention reste possible, mais la décision étrangère devra alors être reconnue une par une dans le pays d'accueil, et c'est là que les dossiers se bloquent pendant des années. La règle pratique tient en une phrase : ne jamais commencer une démarche sans savoir si le pays d'origine est partie à la Convention, et si le pays d'accueil accepte encore les dossiers venant de ce pays.

Ce que l'on demande aux candidats

Les critères varient, mais la grille d'évaluation est remarquablement stable d'un pays à l'autre : un âge minimum, un écart d'âge avec l'enfant, une durée de vie commune pour les couples, l'absence de condamnations pour certaines infractions, un état de santé compatible avec l'éducation d'un enfant, des ressources suffisantes sans exigence de richesse, et un logement. L'enquête sociale et psychologique dure en général de six à douze mois et porte moins sur les qualités du candidat que sur sa capacité à accueillir un enfant qui a déjà une histoire.

Trois points reviennent partout dans les refus : un projet fondé sur la seule infertilité et non encore élaboré, une représentation idéalisée de l'enfant attendu, et l'incapacité à envisager que l'enfant ait d'autres parents avant soi.

L'argent

Une adoption nationale coûte, dans la plupart des pays, presque rien : la procédure est publique et gratuite ou quasi. L'adoption internationale, elle, se chiffre entre 15 000 et 45 000 € selon le pays et l'organisme, dont la moitié en frais de séjour et de traduction. Tout ce qui ressemble à un paiement lié à l'attribution d'un enfant est illégal, partout, sans exception — et c'est le principal signal d'alerte à connaître avant de choisir un intermédiaire.

Adoption et gestation pour autrui

Dans de nombreux pays, l'adoption est devenue la porte de sortie juridique d'une gestation pour autrui réalisée à l'étranger : le parent d'intention qui n'a pas de lien génétique avec l'enfant établit sa filiation par une adoption de l'enfant du conjoint. C'est une voie étroite, longue, et refusée dans plusieurs États. Elle est traitée à part, dans la page consacrée à la gestation pour autrui.

Une dernière chose, souvent tue

Un enfant adopté n'est pas un enfant sans passé. La recherche des origines, l'accès au dossier, la question de ce que l'on dit et à quel âge sont des sujets qui reviennent à l'adolescence, puis à l'âge adulte, souvent au moment d'avoir soi-même un enfant. Les droits d'accès aux origines se sont partout ouverts depuis vingt ans ; l'anonymat absolu du dossier a disparu dans la plupart des systèmes. Les associations de personnes adoptées sont, sur ce point, une source plus utile que les organismes d'adoption.

Les couples de même sexe

Quatre questions différentes se posent, et un pays peut répondre oui à l'une et non aux trois autres. Les confondre est la première cause de mauvaise surprise.

Les organismes agréés et les pays d'origine ajoutent leur propre filtre : même lorsqu'un pays autorise l'adoption internationale par un couple de même sexe, la quasi-totalité des pays d'origine la refusent, ce qui limite en pratique l'adoption internationale aux célibataires — et encore, sous conditions.

Dans les pays où les relations entre personnes de même sexe sont pénalement réprimées, aucune de ces quatre voies n'existe, et la question de l'adoption ne se pose pas dans les mêmes termes. La fiche de chaque pays indique la situation exacte.

Deux pays, deux lois

Mariage célébré à l'étranger ou avec un étranger, loi applicable aux biens du couple, enfants de deux nationalités, succession à cheval sur deux pays : la page le couple international réunit les règles communes et explique les conventions de La Haye.

Le droit pays par pays

Le cadre juridique, les démarches, les délais et les coûts diffèrent d'un pays à l'autre. Chaque pays ci-dessous dispose d'une fiche détaillée : textes applicables, faits marquants, démarches réelles, coûts, adresses utiles et pièges à éviter.

Cliquez sur un pays pour ouvrir sa fiche détaillée.

Europe francophone

France

La loi du 21 février 2022 a ouvert l'adoption aux couples pacsés et en concubinage, relevé à 21 ans l'âge limite de l'adoption plénière et renforcé le contrôle des organismes.

Belgique

L'adoption est réglée par le Code civil fédéral, mais la préparation, l'évaluation et l'encadrement relèvent des Communautés : les démarches diffèrent selon que l'on habite en Flandre, en Wallonie ou à Bruxelles.

Suisse

Depuis l'entrée en vigueur du mariage pour tous le 1er juillet 2022, tous les couples mariés peuvent adopter conjointement ; l'adoption de l'enfant du partenaire est ouverte depuis 2018 aux couples non mariés.

Luxembourg

Le Luxembourg applique un droit de l'adoption d'inspiration française, avec adoption plénière et adoption simple, et une autorité centrale rattachée au ministère de l'Éducation nationale, de l'Enfance et de la Jeunesse.

Monaco

Monaco connaît l'adoption plénière, appelée légitimation adoptive, et l'adoption simple ; l'adoption conjointe reste réservée aux couples mariés, et le contrat de vie commune l'exclut expressément.

Amérique du Nord

Québec et Canada

Le Québec a profondément renouvelé son droit de l'adoption depuis 2018 : adoption sans rupture du lien de filiation, reconnaissance de l'adoption coutumière autochtone et ententes de communication.

Maghreb

Maroc

L'adoption au sens de filiation est interdite au Maroc ; la kafala, régie par la loi 15-01, confie l'enfant sans créer de lien de filiation ni de droits successoraux automatiques.

Algérie

Le Code de la famille algérien interdit l'adoption ; la kafala est organisée par les articles 116 à 125, et un décret de 1992 permet de faire porter à l'enfant le nom du kafil.

Tunisie

La Tunisie est le seul pays du Maghreb à autoriser l'adoption créatrice de filiation, depuis la loi du 4 mars 1958 ; la tutelle officieuse y coexiste comme forme de recueil.

Afrique de l'Ouest et centrale

Sénégal

Le Code de la famille sénégalais distingue l'adoption plénière, très encadrée, et l'adoption limitée, plus accessible ; le Sénégal est partie à la Convention de La Haye depuis 2011.

Côte d'Ivoire

La loi n° 2019-572 du 26 juin 2019 a refondu l'adoption ivoirienne, qui connaît désormais l'adoption plénière et l'adoption simple ; le pays est partie à la Convention de La Haye depuis 2015.

Cameroun

Le Cameroun applique un droit de l'adoption hérité du Code civil, avec adoption plénière et adoption simple, mais n'est pas partie à la Convention de La Haye : toute adoption internationale y est particulièrement fragile.

République démocratique du Congo

Le Code de la famille congolais, révisé en 2016, organise l'adoption ; mais la République démocratique du Congo n'est pas partie à la Convention de La Haye et les sorties d'enfants restent étroitement contrôlées depuis la crise de 2013.

Bénin

Le Code des personnes et de la famille organise l'adoption plénière et l'adoption simple ; le Bénin est devenu partie à la Convention de La Haye le 28 juin 2018, ce qui a réorganisé toute l'adoption internationale.

Mali

Le Code des personnes et de la famille malien connaît l'adoption-filiation et l'adoption-protection ; le Mali est partie à la Convention de La Haye depuis 2006.

Burkina Faso

Le Burkina Faso est partie à la Convention de La Haye depuis 1996, l'un des premiers États africains ; le Code des personnes et de la famille y organise une adoption plénière et une adoption simple.

Niger

Le Niger a adhéré à la Convention de La Haye en 2021 ; son droit combine des règles civiles d'adoption et des pratiques de recueil d'inspiration musulmane.

Togo

Le Code des personnes et de la famille de 2012 organise l'adoption togolaise ; le pays est partie à la Convention de La Haye depuis 2009 et a considérablement resserré le contrôle des orphelinats.

Océan Indien et Caraïbes

Madagascar

Madagascar est partie à la Convention de La Haye depuis 2004 ; la loi de 2005 sur l'adoption impose l'intervention de l'Autorité centrale pour l'adoption à Madagascar et réserve l'international aux enfants pour lesquels aucune solution nationale n'a été trouvée.

Haïti

La loi du 15 novembre 2013 a refondu l'adoption haïtienne et mis le pays en conformité avec la Convention de La Haye, entrée en vigueur en 2014 : l'IBESR décide seul de l'apparentement.

Ce thème est aussi traité pour les pays anglophones · les pays germanophones · les pays hispanophones · l'Italie et la Suisse italienne · les pays lusophones · les Pays-Bas, la Flandre et le Suriname.

Page vérifiée en septembre 2026. Les règles et les données citées peuvent évoluer.

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