Plateaux labiaux, dents laquées de noir, concours de beauté masculine, cuillères sculptées, colliers qui parlent : trente coutumes vérifiées, d'hier et d'aujourd'hui, qui montrent que la beauté est une convention et que la séduction obéit partout aux mêmes ressorts.
Pourquoi regarder ailleurs
Chaque société est persuadée que sa façon de trouver quelqu'un beau, de l'aborder et de lui faire
comprendre qu'il plaît est la façon naturelle de s'y prendre. Il suffit de changer de continent, ou
de siècle, pour découvrir que presque tout est convention : la couleur des dents, la forme du pied,
le fait que ce soit l'homme ou la femme qui se pare, que la déclaration passe par une chanson, une
cuillère ou un collier. Cette page rassemble une trentaine de coutumes, anciennes ou toujours
vivantes, choisies parce qu'elles sont documentées et non parce qu'elles sont spectaculaires. Elle
ne juge pas ; elle explique. Plusieurs de ces pratiques ont disparu, d'autres sont contestées,
y compris par les peuples qui les portent, et nous le disons quand c'est le cas.
Quand un pays cité est couvert par le site, un lien mène à sa page. Pour la séduction telle
qu'elle se pratique chez vous, c'est plutôt la page Séduire ou celle du
premier rendez-vous qu'il faut lire.
La beauté est une convention
Le plateau labial des Mursi et des Suri (Éthiopie)
Dans la vallée de l'Omo, au sud-ouest de l'Éthiopie, les femmes mursi et suri se font percer la
lèvre inférieure à l'adolescence et y insèrent des disques d'argile ou de bois de plus en plus
larges, jusqu'à dix ou quinze centimètres. Le plateau, appelé dhebi a tugoin chez les Mursi,
n'est pas porté en permanence : on le met pour servir un repas, pour une danse, pour une cérémonie.
Les ethnologues qui ont vécu sur place — David Turton, Shauna LaTosky — insistent sur le fait que
c'est un signe de fierté et de passage à l'âge adulte, que la jeune femme décide elle-même de la
taille, et que la pratique recule aujourd'hui chez les plus jeunes, entre autres parce qu'elle gêne
la scolarité.
Les anneaux de cou des Kayan (Birmanie, Thaïlande)
Femme kayan et sa spirale de laiton, nord de la Thaïlande. Photo : Steve Evans, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Les femmes kayan, un sous-groupe des Karen vivant entre l'État Kayah birman et le nord de la
Thaïlande, enroulent dès l'enfance une spirale de laiton autour du cou. L'illusion de « cou de
girafe » est trompeuse : le métal ne rallonge pas les vertèbres, il abaisse les clavicules et les
côtes supérieures, ce qui donne au cou son apparence allongée. Les explications données par les
Kayan eux-mêmes varient — beauté, marque d'identité, légende protectrice — et la coutume, en déclin
dans les années 1980, a connu un regain ambigu avec le tourisme dans les camps de réfugiés
thaïlandais, où elle est devenue une source de revenus.
Les pieds bandés (Chine)
Souliers de lotus brodés, pour des pieds bandés d'une dizaine de centimètres. Photo : Queensland Museum, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Pendant près de mille ans, du Xe siècle aux années 1940, des millions de petites filles
chinoises ont eu les pieds bandés dès quatre ou cinq ans pour obtenir des « pieds de lotus » de
dix centimètres environ, chaussés de souliers brodés. Ce qui avait commencé à la cour des Song
comme un raffinement de danseuses est devenu, sous les Ming et les Qing, une condition presque
obligatoire pour se marier convenablement : un pied non bandé signalait une famille pauvre ou une
origine mandchoue. La pratique a été interdite en 1912, à la chute de l'Empire, et a mis encore
trente ans à disparaître. La dernière fabrique de souliers de lotus, à Harbin, a fermé en 1999.
Les dents noires du Japon
Femme se noircissant les dents (ohaguro), estampe d'Utagawa Kunisada, XIXe siècle. Photo : Utagawa Kunisada, domaine public, via Wikimedia Commons.
Jusqu'à la fin du XIXe siècle, les Japonaises mariées — et, à certaines époques, les
aristocrates des deux sexes — se laquaient les dents en noir avec une solution de limaille de fer
dissoute dans du vinaigre et du thé, l'ohaguro. Des dents noires et brillantes étaient
jugées belles, elles signalaient le statut d'épouse et la teinture protégeait d'ailleurs l'émail des
caries. L'estampe reproduite ici, d'Utagawa Kunisada, montre une femme en train de se les noircir
devant son miroir. Le gouvernement de Meiji a interdit la coutume en 1870 pour paraître moderne aux
yeux des Occidentaux ; elle survit dans certains rôles de théâtre et chez quelques geishas.
Les bouchons de nez des Apatani (Inde)
Femme apatani de la vallée de Ziro, avec ses bouchons de nez et sa ligne tatouée. Photo : Soup0w0, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Dans la vallée de Ziro, en Arunachal Pradesh, les femmes apatani portaient jusque dans les années
1970 deux larges bouchons de bois noir dans les ailes du nez, les yaping hullo, et une ligne
tatouée du front au menton. L'explication la plus répandue — s'enlaidir pour ne pas être enlevées
par les tribus voisines — est celle que donnent les Apatani eux-mêmes, mais les anthropologues y
voient plutôt une marque d'appartenance et de beauté propre au groupe, comme partout ailleurs. La
génération née après 1970 a abandonné la pratique ; on ne la voit plus que chez les femmes âgées.
Les visages tatoués : Chin, Aïnous, Amazighes, Maories
Femme chin au visage tatoué, ouest de la Birmanie. Photo : Jean-Marie Hullot, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.
Le tatouage du visage féminin a existé sur presque tous les continents. Les femmes chin de
Birmanie se faisaient couvrir tout le visage de lignes ou de points ; les Aïnoues du nord du Japon se
tatouaient un large sourire autour de la bouche, marque du passage à l'âge adulte, jusqu'à
l'interdiction de 1871 ; les femmes amazighes d'Algérie, de
Tunisie et du Maroc portaient sur le
menton et le front des motifs protecteurs, le siyala, que la génération de leurs
petites-filles a cessé de se faire faire. Chez les Maories de Nouvelle-Zélande, à l'inverse, le
moko kauae, le tatouage du menton et des lèvres, longtemps abandonné sous la pression
coloniale, connaît depuis les années 1990 un renouveau assumé comme un acte d'identité — une
présentatrice de télévision l'a porté à l'antenne en 2019.
L'ocre des Himba (Namibie)
Femme himba, cheveux tressés et enduits d'otjize, nord de la Namibie. Photo : Josep M. Gracia, CC BY-SA 4.0, recadrée, via Wikimedia Commons.
Les femmes himba du Kaokoland, au nord-ouest de la Namibie, s'enduisent chaque matin la peau et
les cheveux d'otjize, une pâte de graisse de beurre et d'ocre rouge parfumée à la résine.
La couleur, qui évoque la terre et le sang, est le canon de beauté du groupe ; la pâte protège aussi
du soleil et des insectes et remplace l'eau, rare, pour la toilette. La coiffure dit tout : tresses
vers l'avant pour les fillettes, vers l'arrière à la puberté, coiffe de peau erembe pour les
femmes mariées depuis un an ou mères.
Les scarifications (Éthiopie, Soudan, Afrique de l'Ouest)
Chez les Karo et les Hamar de l'Omo, chez les Nouba du Soudan, chez de nombreux peuples du golfe
de Guinée, des motifs incisés sur la peau puis frottés de cendre ou de suc végétal formaient des
reliefs qui signalaient le lignage, l'endurance et, chez les femmes, la beauté et la disponibilité
au mariage. La pratique a fortement décliné depuis les années 1970, et plusieurs pays l'ont
interdite sur les mineurs ; elle reste visible sur les visages des générations précédentes.
Quand la rondeur est le canon
Dans le sud du Nigeria, les Efik de Calabar envoyaient la jeune fille promise dans une « chambre
d'engraissement », le nkuho : plusieurs semaines de repos, de repas abondants et
d'enseignement par les femmes plus âgées, avant une cérémonie de sortie où elle paraissait ronde
et parée. En Mauritanie, le leblouh — le gavage des fillettes au lait de chamelle et au mil
— visait le même idéal d'opulence ; dénoncé pour ses conséquences sur la santé, il recule mais n'a
pas disparu. Ces canons disent une chose simple : là où la nourriture manque, la rondeur montre la
richesse de la famille, exactement comme la minceur, dans nos sociétés d'abondance, montre le
temps et l'argent consacrés à soi.
Et chez nous : fronts hauts, sourcils joints, corsets
L'Europe n'a rien à envier à personne. Au XVe siècle, les dames flamandes et italiennes
s'épilaient la racine des cheveux pour se faire un front bombé, et se blanchissaient le visage à la
céruse, un carbonate de plomb toxique dont on a continué à user jusqu'au XVIIIe. En Perse,
sous les Qadjar au XIXe siècle, les portraits de femmes montrent des sourcils joints et une
ombre de moustache, dessinés au besoin, alors très admirés. Et le corset, du XVIe siècle
à la Première Guerre mondiale, a remodelé le torse de générations de femmes jusqu'à la silhouette en
S de 1900, avant que la mode ne le déclare barbare en moins de dix ans.
Séduire en public : fêtes, concours et épreuves
Le Gerewol des Wodaabe (Niger)
Danseurs wodaabe en ligne pendant le Gerewol, Niger, 1997. Photo : Dan Lundberg, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
À la fin de la saison des pluies, les lignages wodaabe — des Peuls nomades du Niger et du Tchad — se retrouvent pour le Gerewol, une semaine
de danses dont le clou est un concours de beauté masculine. Les jeunes hommes se maquillent le visage
d'ocre jaune, soulignent les yeux de khôl et les lèvres de noir, se coiffent de plumes d'autruche et
dansent des heures en ligne, sur la pointe des pieds, en roulant les yeux et en découvrant les dents
pour en montrer la blancheur. Les juges sont des jeunes femmes choisies par les anciens ; celle qui
désigne un danseur peut le suivre pour la nuit, et parfois pour la vie, même si elle est déjà
mariée. C'est l'un des rares rituels au monde où c'est l'homme qui se pare pour être choisi.
L'adumu, la danse sautée des jeunes guerriers maasaï, se pratique lors de l'eunoto,
la cérémonie qui les fait passer au rang d'anciens et leur ouvre le droit de se marier. Les jeunes
hommes forment un cercle, chantent en polyphonie et, à tour de rôle, sautent le plus haut possible,
talons joints, sans laisser les talons toucher le sol entre deux bonds. La hauteur du saut est
regardée par les jeunes filles présentes comme une preuve de force et d'endurance. La danse est
devenue une image touristique du Kenya, mais elle garde sa fonction chez les Maasaï.
Le saut des taureaux des Hamar (Éthiopie)
Le saut des taureaux (ukuli bula) des Hamar, vallée de l'Omo. Photo : Richard Mortel, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
Pour être autorisé à se marier, un jeune Hamar de la vallée de l'Omo doit courir nu, quatre fois
et sans tomber, sur le dos d'une rangée d'une dizaine de taureaux castrés que ses parents
maintiennent côte à côte : c'est l'ukuli bula. Avant l'épreuve, les femmes de sa famille
demandent à être fouettées par les hommes déjà initiés, les maza, et exhibent leurs
cicatrices comme preuve de dévouement envers le sauteur, qui leur devra assistance toute sa vie. Cette
partie du rite est très discutée, y compris en Éthiopie.
Le sharo des Peuls (Nigeria)
Chez les Peuls Jafun du nord du Nigeria, le prétendant se présente torse nu devant l'assemblée et
reçoit, sans broncher ni grimacer, plusieurs coups de bâton assénés par un jeune homme d'un autre
lignage : c'est le sharo. Celui qui flanche perd la face — et la fiancée. L'épreuve, comme le
saut des taureaux, a la même logique qu'un concours sportif : montrer publiquement qu'on est capable
de supporter la douleur pour la personne qu'on veut.
Le moussem des fiançailles d'Imilchil (Maroc)
Chaque année en septembre, dans le Haut Atlas marocain, les tribus
Aït Haddidou se rassemblent autour du sanctuaire de Sidi Mohammed el-Maghani pour un moussem qui
mêle marché, pèlerinage et rencontres. Les jeunes femmes en capes rayées et les jeunes hommes en
djellabas blanches s'observent, se parlent, et les couples qui s'accordent — souvent après des
fiançailles déjà négociées par les familles — peuvent faire enregistrer leur mariage sur place par les
adouls. La légende d'Isli et Tislit, deux amants de tribus ennemies dont les larmes auraient formé
les deux lacs voisins, sert de récit fondateur ; le moussem, lui, est surtout un moyen pratique de
marier des jeunes gens dispersés dans des villages de montagne.
Le festival des marieurs de Lisdoonvarna (Irlande)
Bannières du festival des marieurs de Lisdoonvarna, comté de Clare. Photo : Ian Capper, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.
Dans cette petite ville thermale du comté de Clare, en Irlande, le mois de septembre est depuis
les années 1850 celui du Matchmaking Festival. À l'origine, les fermiers de la région venaient
prendre les eaux après la moisson et en profitaient pour chercher une épouse par l'intermédiaire
d'un marieur professionnel. Le festival existe toujours, attire des dizaines de milliers de
célibataires pendant tout le mois, et le marieur actuel, Willie Daly, tient un registre transmis par
son père et son grand-père. Depuis 2013, un week-end est consacré aux rencontres entre personnes
du même sexe.
Fensterln et arbre de mai (Bavière, Autriche, Rhénanie)
Dans les campagnes de Bavière et d'Autriche, le Fensterln voulait qu'un jeune homme grimpe
de nuit, avec une échelle, jusqu'à la fenêtre de sa bien-aimée pour lui parler — et parfois entrer,
si elle ouvrait. En Rhénanie, la coutume vivante est celle du Maibaum : dans la nuit du
30 avril, les jeunes hommes dressent devant la maison de la fille qui leur plaît un jeune bouleau
décoré de rubans de papier crépon et d'un cœur portant son prénom ; le 1er juin, ils
viennent le reprendre et reçoivent en échange un repas, une caisse de bière ou un baiser. Les
années bissextiles, ce sont les filles qui plantent l'arbre.
Le bundling (Nouvelle-Angleterre, pays de Galles)
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans les colonies de Nouvelle-Angleterre comme
dans les campagnes galloises et hollandaises, on autorisait un couple en cours de fréquentation à
passer la nuit dans le même lit, tout habillé, sous le toit des parents de la jeune fille — parfois
séparé par une planche ou cousu dans un sac. Il s'agissait de laisser les jeunes gens se connaître
sans gaspiller chandelle ni chauffage, dans des fermes isolées où le prétendant venait de loin. La
pratique a disparu au XIXe siècle sous les critiques des prédicateurs.
La harana (Philippines)
Aux Philippines, la harana consistait pour un jeune homme à venir chanter le soir, avec
des amis et une guitare, sous la fenêtre de la jeune fille courtisée, des chansons douces dans le
style du kundiman. Le rituel avait ses règles : la demoiselle et sa famille écoutaient
d'abord derrière la fenêtre, puis l'invitaient éventuellement à entrer. Née de l'influence
espagnole, la harana s'est éteinte dans les années 1970 avec la radio et les cassettes, mais elle
est régulièrement remise à l'honneur dans les films et les fêtes de village.
Le café salé de la fiancée (Turquie)
Lors de la visite des familles où l'on demande officiellement la main d'une jeune femme, la
kız isteme, c'est elle qui prépare et sert le café turc. La tradition l'autorise à mettre du
sel — ou du poivre, ou du savon — dans la tasse du futur marié, qui doit la boire jusqu'au bout sans
changer de visage. On y lit à la fois un test de sa patience et un petit pouvoir laissé à la fiancée
dans une négociation qui se passe largement au-dessus de sa tête.
Dipo et kwanjula (Ghana, Ouganda)
Chez les Krobo du Ghana, la cérémonie du dipo marque chaque année, en avril, le passage à
l'âge adulte des jeunes filles, qui apparaissent parées de rangs de perles de verre transmises dans
la famille ; les perles, spécialité de la région, disent le lignage et la richesse. En Ouganda, chez
les Baganda, le kwanjula est la cérémonie où la jeune femme présente officiellement son
fiancé à sa famille élargie ; c'est elle qui l'introduit, et c'est lui qui apporte les cadeaux
négociés, dans un rite de plusieurs heures qui ouvre la voie au mariage.
Les objets qui parlent d'amour
Les lettres de perles zouloues (Afrique du Sud)
Une « lettre d'amour » zouloue en perles, collectée en 1996 (musée national d'ethnologie, Osaka). Photo : Yanajin33, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Dans le KwaZulu-Natal, une jeune femme zouloue déclarait ou décrivait ses sentiments par un
incwadi, un carré de perles de verre cousues qu'elle offrait au jeune homme, qui le portait
au cou. Chaque couleur a un sens qui peut se lire en bien ou en mal : le blanc dit la pureté et
l'amour vrai, le rouge la passion ou le cœur qui saigne, le noir le deuil ou le mariage, le vert la
fidélité ou la jalousie, le jaune la richesse ou le dépit. La combinaison des couleurs et des motifs
forme un message que la famille et les amis savent déchiffrer. Ces « lettres d'amour » sont encore
fabriquées, aujourd'hui surtout pour la vente.
Les cuillères d'amour galloises (Royaume-Uni)
Cuillère d'amour galloise : cœur, chaîne et manche ajouré, sculptés dans une seule pièce. Photo : Kmtextor, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Au pays de Galles, un jeune homme sculptait dans une seule pièce de bois une cuillère au manche
orné de symboles — cœur pour l'amour, clé pour la maison, roue pour le travail, chaîne pour la
fidélité, boules captives dans une cage pour le nombre d'enfants souhaités — et l'offrait à la
jeune femme qu'il courtisait. La plus ancienne cuillère datée, au musée de St Fagans près de Cardiff,
porte l'année 1667. L'habileté du sculpteur prouvait sa patience et son adresse manuelle ; la
cuillère acceptée valait promesse. On en offre toujours aujourd'hui, pour un mariage ou un
anniversaire.
Mouches et éventails (France)
Au XVIIe et au XVIIIe siècle, les élégantes de France
collaient sur leur visage de petites pièces de taffetas noir, les mouches, dont l'emplacement était
censé porter un message : près de l'œil la « passionnée », au coin de la bouche la « baiseuse », sur le
front la « majestueuse ». Le prétendu « langage de l'éventail » — ouvert lentement pour dire « attendez »,
posé sur la joue gauche pour dire « non » — a été largement fabriqué au XIXe siècle par les
fabricants d'éventails eux-mêmes, dont la maison Duvelleroy à Paris, pour vendre leurs produits.
Les deux codes disent la même chose : dans une société où l'on ne pouvait rien dire, on faisait dire
quelque chose aux objets.
Le henné de la mariée (Inde, Pakistan)
La veille d'un mariage indien ou pakistanais, la cérémonie du mehndi réunit les femmes des
deux familles autour de la mariée pour lui dessiner au henné des motifs sur les mains et les pieds,
dans lesquels on cache souvent les initiales du marié, qu'il devra retrouver. Un dicton veut que plus
le henné fonce, plus le mari — ou la belle-mère — aimera la jeune épouse ; le sens pratique de la
coutume est de parfumer, de rafraîchir et de donner à la mariée quelques jours de repos, puisqu'elle
ne doit rien faire tant que les motifs tiennent.
Bine-bine et mokk pooj (Sénégal)
Au Sénégal, les perles de hanches, les bine-bine, se
portent sous les vêtements et se font entendre plus qu'elles ne se voient ; elles font partie, avec
l'encens thiouraye et le petit pagne noué, du mokk pooj, l'art wolof de plaire à
son mari dans l'intimité, que les femmes plus âgées transmettent aux jeunes mariées. C'est une
séduction pensée pour l'intérieur du couple, pas pour la rue, et elle fait aujourd'hui l'objet de
débats au Sénégal même sur la place qu'elle assigne aux femmes.
Le vodiondry (Madagascar)
À Madagascar, la demande en mariage prend la forme du
vodiondry, littéralement « le croupion du mouton » : la famille du jeune homme se rend chez
celle de la jeune fille avec un orateur, échange des discours codifiés et remet une somme
symbolique dans une enveloppe, en souvenir du morceau de viande qu'on offrait autrefois aux parents
de la mariée. La cérémonie, souvent suivie du mariage civil et religieux, reste très pratiquée,
y compris dans la diaspora.
Chocolats, tenues assorties et « journée noire » (Japon, Corée)
Au Japon, la Saint-Valentin s'est implantée à l'envers : ce sont les femmes qui offrent du
chocolat le 14 février — le honmei-choco à celui qu'elles aiment, le giri-choco
« d'obligation » aux collègues —, et les hommes rendent la politesse un mois plus tard, le 14 mars,
lors du White Day inventé par les confiseurs en 1978. La Corée du Sud a ajouté le 14 avril
le Black Day, où les célibataires vont manger ensemble des nouilles à la sauce de soja
noire, et où les couples affichent leur statut par des tenues et des bagues assorties, les
couple looks, très visibles dans la rue.
D'autres façons de faire couple
Les Mosuo, au bord du lac Lugu entre Yunnan et Sichuan, pratiquent le « mariage ambulant »
(zouhun) : la femme reste toute sa vie dans la maison de sa mère, l'homme vient la retrouver
la nuit et repart au matin, et les enfants sont élevés par la lignée maternelle, oncles compris.
Les Khasi du Meghalaya, en Inde, transmettent le nom et la maison par la plus jeune fille. Dans
certaines vallées du Tibet et du Ladakh, plusieurs frères épousaient une même femme pour ne pas
diviser la terre familiale. Et l'Europe médiévale a inventé, avec les troubadours occitans du
XIIe siècle, la fin'amor, cet amour courtois où le chevalier se met au service d'une
dame inaccessible : un idéal littéraire qui a façonné pour des siècles notre façon de parler de
l'amour comme d'une quête.
Ce que toutes ces coutumes ont en commun
Derrière la variété, quelques mécanismes reviennent partout. La beauté valorisée est toujours
celle qui coûte : du temps, de la douleur, de la nourriture, de l'argent — un plateau labial, un
front épilé ou une manucure hebdomadaire disent la même chose sur la possibilité de se consacrer à
soi. La séduction publique passe par des épreuves qui prouvent l'endurance, l'adresse ou le courage
devant témoins, qu'il s'agisse d'un saut de taureaux, d'une cuillère sculptée ou d'un marathon. Les
objets servent à dire ce que la parole ne peut pas dire, et les fêtes collectives à faire se
rencontrer des gens dispersés, comme le font aujourd'hui les applications. Et presque partout, les familles gardent un droit de
regard que nos sociétés ont transféré aux individus.
Ce que l'on peut en retenir pour soi : la première impression est un langage, et il est utile de
savoir lequel on parle ; les petits gestes matériels comptent, comme le rappelle la page sur les attentions et les symboles ; et ce que l'on trouve beau chez
l'autre est en grande partie appris, ce qui laisse plus de liberté qu'on ne le croit.
Pour les coutumes qui entourent le mariage lui-même — les cérémonies, les cadeaux, les dots —,
voyez la page Coutumes et cérémonies du mariage ;
pour les pratiques qui relèvent de la mutilation et non de la parure, la page sur l'excision.
Questions fréquentes
Ces coutumes existent-elles encore ?
La plupart, oui, mais rarement sous leur forme d'origine : le Gerewol, le saut des taureaux,
Imilchil, Lisdoonvarna, le mehndi, le Maibaum et le kwanjula sont bien vivants ; les pieds bandés,
l'ohaguro, les bouchons de nez apatani et le tatouage aïnou ont disparu ou ne se voient plus que
chez des personnes très âgées ; le plateau labial et les anneaux de cou reculent chez les jeunes.
Peut-on assister à ces fêtes ?
Certaines sont ouvertes et même organisées pour les visiteurs — Lisdoonvarna, le moussem
d'Imilchil, les danses maasaï. D'autres sont des rites familiaux ou initiatiques où un étranger n'a
pas sa place, ou qui posent des questions éthiques réelles, comme le fouet des femmes hamar. La règle
est simple : se renseigner avant, demander, et ne pas payer pour voir quelqu'un se faire mal.
Pourquoi tant de coutumes portent-elles sur le corps des femmes ?
Parce que dans la majorité des sociétés le mariage était une alliance entre familles où la femme
changeait de maison, et que sa valeur d'échange se lisait sur son corps. Les exceptions — le
Gerewol, le sharo, le saut des taureaux, les cuillères galloises — montrent que lorsque c'est l'homme
qui doit convaincre, c'est lui qui se pare ou qui souffre.
Page vérifiée en septembre 2026. Les données citées peuvent évoluer.