Internet : vie privée, image, données et arnaques — Suisse

Protection des données. Depuis septembre 2023, une loi révisée proche du RGPD, mais sans amendes administratives : les sanctions visent les personnes responsables. Vie privée. L'article 28 du Code civil offre l'un des arsenaux les plus complets d'Europe : cessation, constatation et réparation.

Illustration : Internet : vie privée, image, données et arnaques
Carte de situation — Suisse
Suisse. Carte de situation à contours simplifiés — données Natural Earth, domaine public.

Protection des données

La nouvelle loi fédérale sur la protection des données (nLPD) est entrée en vigueur le 1er septembre 2023. Elle reprend l'essentiel de la logique européenne — transparence, registre des traitements, analyse d'impact, annonce des violations — avec deux différences majeures : elle ne protège que les personnes physiques, et elle prévoit des amendes pénales contre les personnes responsables plutôt que des amendes administratives contre les entreprises.

Les points clés

TexteLoi fédérale sur la protection des données, en vigueur depuis le 1er septembre 2023
AutoritéPréposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT)
DroitsAccès, rectification, effacement, opposition, remise ou transfert des données
SanctionsAmendes pénales jusqu'à 250 000 francs prononcées contre les personnes physiques responsables
Violations de sécuritéAnnonce obligatoire au PFPDT lorsqu'un risque élevé existe
PortéeS'applique aussi aux entreprises étrangères dont les traitements ont un effet en Suisse
Profilage à risque élevéSoumis à des exigences renforcées de consentement
Registre des activitésObligatoire pour la plupart des entreprises
Portée extraterritorialeS'applique aux entreprises étrangères dont les traitements ont un effet en Suisse

En pratique

  • Adresser une demande d'accès écrite au responsable du traitement : elle doit être satisfaite dans les trente jours.
  • En cas de refus, saisir le PFPDT, qui peut ouvrir une enquête et rendre des décisions contraignantes.
  • Une action civile est possible pour faire cesser un traitement illicite et obtenir réparation.
  • Les entreprises suisses qui s'adressent à des clients de l'Union européenne doivent en outre respecter le RGPD.
  • Une entreprise suisse qui s'adresse aussi à des clients de l'Union doit en outre respecter le RGPD : invoquez les deux.

Coût et prise en charge

La demande d'accès est gratuite. La procédure devant le PFPDT ne coûte rien au particulier.

Évolutions récentes

La reconnaissance d'adéquation accordée par la Commission européenne permet aux données de circuler librement entre la Suisse et l'Union, ce qui explique l'alignement partiel de la nLPD sur le RGPD.

Où s'adresser

  • Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT).
  • Préposés cantonaux pour les traitements effectués par les autorités cantonales et communales.
  • Permanences juridiques et associations de consommateurs.
  • Préposés cantonaux, pour les traitements des administrations cantonales et communales.

À savoir

L'absence d'amendes administratives change la dynamique : en Suisse, c'est la personne responsable au sein de l'entreprise qui risque une sanction pénale, ce qui rend les demandes individuelles paradoxalement très efficaces.

L'article général : Protection des données · Comparer avec un autre pays

Vie privée

L'article 28 du Code civil protège la personnalité contre toute atteinte illicite, sauf consentement, intérêt prépondérant ou loi. L'article 13 de la Constitution garantit la sphère privée. Le Code pénal réprime l'enregistrement non autorisé de conversations (art. 179 et suivants), et le droit d'auteur protège certains usages d'images.

Les points clés

Fondement civilArticle 28 CC : action en cessation, en constatation et en réparation
Fondement constitutionnelArticle 13 de la Constitution fédérale
EnregistrementsArticles 179 à 179novies du Code pénal, y compris pour les conversations téléphoniques
Mesures provisionnellesLe juge peut ordonner un retrait en urgence
Sphère privée et sphère publiqueLa jurisprudence distingue trois sphères : intime, privée, publique
EmployeurLa surveillance du comportement des travailleurs est interdite ; seule la surveillance liée à la sécurité ou à la production est admise
Droit de réponseDroit légal opposable aux médias, à exercer très vite
SanctionsLes amendes visent les personnes physiques responsables, non l'entreprise

En pratique

  • Demander le retrait par écrit, puis requérir des mesures provisionnelles auprès du tribunal civil.
  • L'action en constatation du caractère illicite est utile même après le retrait : elle établit officiellement les faits.
  • Pour un traitement de données, s'adresser au Préposé fédéral.
  • Exercez le droit de réponse dans le délai légal : le média est tenu de le publier.

Coût et prise en charge

Les frais judiciaires varient selon les cantons ; l'assistance judiciaire existe sous conditions.

Où s'adresser

  • Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence.
  • Préposés cantonaux pour les autorités locales.
  • Permanences juridiques cantonales.

À savoir

La surveillance du comportement des salariés est expressément interdite par l'ordonnance relative à la loi sur le travail : une caméra braquée sur un poste de travail est illicite, même annoncée. Le droit de réponse est gratuit et rapide, mais enfermé dans des délais très courts qui courent dès la parution.

L'article général : Vie privée · Comparer avec un autre pays

Droit à l'image

L'image relève de la protection de la personnalité de l'article 28 du Code civil, avec des recours rapides.

Il n'existe pas de loi spécifique : l'image est un attribut de la personnalité protégé par l'article 28 du Code civil. Toute publication sans consentement est illicite, sauf intérêt prépondérant. Le Code pénal réprime en outre la captation clandestine et, depuis la révision du droit pénal sexuel, la diffusion d'images intimes.

Le droit à l'image découle en Suisse de l'article 28 du Code civil sur la protection de la personnalité, et le juge peut ordonner en urgence la cessation et l'effacement. La nouveauté est pénale : depuis juillet 2024, la transmission non consentie d'images intimes constitue une infraction autonome, ce qui comble une lacune longtemps critiquée, notamment après les ruptures.

Les points clés

FondementArticle 28 du Code civil, protection de la personnalité
ConsentementRequis, exprès ou tacite selon les circonstances
Intérêt prépondérantJustification possible : information du public, sécurité, consentement présumé
Mesures provisionnellesRetrait ordonné en urgence par le juge civil
Captation clandestineArticle 179quater du Code pénal
Images intimesDiffusion non consentie visée par la révision du droit pénal sexuel
Article 197a CPDepuis juillet 2024, la transmission non consentie de contenus sexuels est une infraction autonome
Aide aux victimesPrise en charge cantonale gratuite

En pratique

  • Réclamer le retrait par écrit, puis demander des mesures provisionnelles.
  • L'action en constatation reste utile après le retrait : elle établit l'illicéité.
  • Documenter la diffusion avec dates et captures complètes.
  • Adressez-vous au centre cantonal d'aide aux victimes : la consultation est gratuite et confidentielle.

Où s'adresser

  • Préposé fédéral à la protection des données, si des données personnelles sont en jeu.
  • Services de conseil juridique cantonaux.

À savoir

Le consentement peut être tacite — poser devant un photographe lors d'un événement public, par exemple — mais il ne couvre jamais un usage commercial non annoncé. Transmettre une image intime reçue avec l'accord de l'expéditeur est désormais punissable : le consentement à l'envoi n'est pas un consentement au partage.

Questions fréquentes

Transmettre une image intime est-il punissable en Suisse ?

Depuis juillet 2024, oui, en tant qu'infraction autonome : transmettre ou publier une image intime sans le consentement de la personne représentée est réprimé, même si elle avait accepté la prise de vue. L'infraction se poursuit sur plainte, et le délai est court.

Comment obtenir un retrait rapide ?

Par les mesures provisionnelles de l'article 28 CC, qui permettent au juge d'ordonner la cessation en quelques jours, au besoin superprovisoirement. Préparez les captures d'écran avec l'adresse et la date, et signalez en parallèle à la plateforme : c'est souvent plus rapide encore.

L'article général : Droit à l'image · Comparer avec un autre pays

Expression et harcèlement en ligne

Diffamation, calomnie et injure poursuivies uniquement sur plainte, dans un délai de trois mois.

Les articles 173 à 177 du Code pénal distinguent la diffamation, la calomnie — lorsque l'auteur sait son allégation fausse — et l'injure. Ces infractions ne sont poursuivies que sur plainte du lésé. L'article 261bis réprime la discrimination et l'incitation à la haine, y compris, depuis 2020, en raison de l'orientation sexuelle.

Les points clés

DiffamationArticle 173 : allégation portant atteinte à la réputation
CalomnieArticle 174 : l'auteur connaît la fausseté de son allégation ; peine plus lourde
InjureArticle 177
PlainteObligatoire, dans les trois mois à compter de la connaissance de l'auteur
Preuve libératoireLa vérité ou la bonne foi exonère, sauf lorsque l'allégation relève de la seule vie privée
DiscriminationArticle 261bis, incluant l'orientation sexuelle depuis 2020
Protection civileArticle 28 du Code civil : action en cessation, constatation et réparation
Preuve de la véritéAdmise, sauf lorsque l'allégation relève de la seule vie privée
FraisEn cas d'échec, ils peuvent être mis à la charge du plaignant

En pratique

  • Déposer plainte dans les trois mois : passé ce délai, l'action pénale est éteinte.
  • Documenter précisément la date de la découverte des propos.
  • Envisager parallèlement l'action civile de l'article 28 CC, qui permet d'obtenir le retrait et la constatation du caractère illicite.
  • Pour les images intimes, la révision du droit pénal sexuel de 2024 a renforcé les incriminations.
  • Notez la date exacte à laquelle vous avez identifié l'auteur : elle déclenche le délai de trois mois.

Coût et prise en charge

Les frais judiciaires sont à la charge du plaignant en cas d'échec ; l'assistance judiciaire est possible sous conditions.

Évolutions récentes

L'extension de la norme antidiscrimination à l'orientation sexuelle, adoptée en votation populaire en 2020, a été une évolution notable du droit suisse.

Où s'adresser

  • Police cantonale pour le dépôt de plainte.
  • Centres LAVI si les propos s'accompagnent d'autres atteintes.
  • Associations spécialisées dans la lutte contre les discriminations.
  • Services de police cantonaux pour le dépôt de plainte.

À savoir

Le délai de trois mois court dès que vous connaissez l'auteur des propos : ne l'entamez pas en négociations informelles, déposez plainte puis discutez.

L'article général : Expression et harcèlement en ligne · Comparer avec un autre pays

Droit d'auteur

Particularité notable : le téléchargement pour usage privé reste licite, même depuis une source illégale — mais pas la mise à disposition.

La loi fédérale sur le droit d'auteur protège les œuvres pendant 70 ans après le décès de l'auteur (50 ans pour les logiciels). L'article 19 consacre un large usage privé : la reproduction pour soi-même, sa famille et ses proches est licite, y compris à partir d'une source qui ne l'est pas. En revanche, le fait de rendre l'œuvre disponible à autrui — le téléversement — est interdit.

Les points clés

Durée70 ans après le décès ; 50 ans pour les logiciels
Usage privéArticle 19 : reproduction licite pour soi et ses proches
Source illiciteLe téléchargement reste licite ; le partage ne l'est pas
Réseaux de partageLes logiciels d'échange téléversent en même temps qu'ils téléchargent : l'usage devient donc illicite
CitationAutorisée avec indication de la source et du nom de l'auteur
Révision de 2020A renforcé la lutte contre le piratage à la source, sans revenir sur l'usage privé
PhotographiesDepuis 2020, les photographies sans caractère individuel sont également protégées
Mise à dispositionInterdite : les logiciels d'échange téléversent en même temps qu'ils téléchargent

En pratique

  • Obtenez une licence pour toute photographie réutilisée : la protection a été élargie en 2020.
  • Méfiez-vous des réseaux d'échange : ils vous rendent metteur à disposition.

Où s'adresser

  • Sociétés de gestion suisses selon le répertoire (musique, texte, audiovisuel).
  • Institut fédéral de la propriété intellectuelle.

À savoir

La nuance suisse est mal comprise : télécharger pour soi reste licite, mais la quasi-totalité des logiciels de partage mettent simultanément le fichier à disposition, ce qui rend l'usage illicite. Les demandes d'indemnisation de masse contre des particuliers sont difficilement exécutoires en Suisse. Faites vérifier toute réclamation avant de payer.

L'article général : Droit d'auteur · Comparer avec un autre pays

Usurpation d'identité

Poursuite par les infractions informatiques et patrimoniales, avec annonce à l'office fédéral de cybersécurité.

Le Code pénal réprime l'accès indu à un système informatique (art. 143bis) et l'utilisation frauduleuse d'un ordinateur (art. 147), ainsi que l'escroquerie et le faux dans les titres. Les annonces se font auprès de l'Office fédéral de la cybersécurité, qui centralise les signalements et publie des alertes.

Les points clés

QualificationsArticles 143bis et 147 du Code pénal, escroquerie, faux dans les titres
AnnonceFormulaire en ligne de l'Office fédéral de la cybersécurité
PlainteAuprès de la police cantonale
CréditDemande de renseignements et de rectification auprès des centrales de renseignements économiques
Protection des donnéesLe droit d'accès permet de savoir ce qu'un organisme détient à votre nom
OppositionLe rechtsvorschlag doit être formé dans les dix jours suivant le commandement de payer
Registre des poursuitesUne poursuite injustifiée y figure ; sa radiation doit être demandée séparément
NCSCSignalement au centre national pour la cybersécurité

En pratique

  • Formez opposition dans les dix jours : la démarche est gratuite et ne demande aucune motivation.
  • Demandez ensuite la radiation de la poursuite au registre.

Coût et prise en charge

Gratuit ; assistance judiciaire possible.

Où s'adresser

  • Office fédéral de la cybersécurité.
  • Centrales de renseignements sur la solvabilité, pour vérifier et corriger les inscriptions.
  • Préposé fédéral à la protection des données.

À savoir

Le droit d'accès en matière de protection des données est ici un outil d'enquête : il permet d'obtenir la copie du contrat frauduleux et la trace de son ouverture. Le délai de dix jours pour former opposition est très court et fréquemment manqué. L'opposition n'a pas à être motivée.

L'article général : Usurpation d'identité · Comparer avec un autre pays

Achats en ligne

Aucun droit général de rétractation pour les achats en ligne : c'est la différence majeure avec l'Union européenne.

Le Code des obligations ne prévoit un droit de révocation de quatorze jours que pour le démarchage à domicile et la vente par téléphone. Les achats en ligne n'en bénéficient pas. Lorsqu'un commerçant suisse accepte les retours, il s'agit d'un geste commercial, régi par ses conditions générales.

Les points clés

RétractationAucune, sauf démarchage à domicile ou vente par téléphone (14 jours)
Garantie des défautsDeux ans par défaut, mais réductible à un an par les conditions générales
Devoir d'avisLes défauts doivent être signalés immédiatement après réception, sous peine de déchéance
Retours volontairesFréquents chez les grands détaillants, mais purement contractuels
Achats depuis l'Union européenneDroits de douane, TVA suisse et frais de dédouanement s'ajoutent au prix
Franchise d'importationLes commandes depuis l'Union européenne sont soumises à la TVA et aux frais de dédouanement au-delà de seuils vite atteints
Abonnements cachésObjet de campagnes récurrentes du SECO

En pratique

  • Lire les conditions générales avant de commander : c'est là que figure la politique de retour.
  • Examiner la marchandise dès réception et signaler tout défaut par écrit, immédiatement.
  • Payer par carte de crédit, pour disposer d'une possibilité de contestation.
  • En cas de litige, saisir le Bureau suisse de médiation du commerce ou une association de consommateurs.
  • Comparez le prix final, frais de douane inclus, avant de commander à l'étranger.

Coût et prise en charge

Les procédures de médiation sont peu coûteuses ; la procédure judiciaire simplifiée existe pour les petits litiges.

Évolutions récentes

Le Secrétariat d'État à l'économie surveille les pratiques déloyales, notamment les faux rabais et les abonnements dissimulés, qui font l'objet de campagnes régulières.

Où s'adresser

  • Fédération romande des consommateurs et Konsumentenschutz.
  • Secrétariat d'État à l'économie (SECO) pour les pratiques déloyales.
  • Bureau de médiation du commerce pour les litiges avec les commerçants.
  • Ombudsman du commerce suisse en ligne, pour la médiation.

À savoir

La règle du « devoir d'avis immédiat » est spécifique et souvent ignorée : attendre quelques semaines avant de signaler un défaut peut suffire à perdre le droit de réclamer.

L'article général : Achats en ligne · Comparer avec un autre pays

Arnaques sentimentales

Un formulaire fédéral pour signaler les incidents, et une plainte qui se dépose en ligne dans la plupart des cantons.

L'Office fédéral de la cybersécurité met à disposition un formulaire de signalement en ligne qui alimente les analyses nationales et les alertes hebdomadaires. La plainte pénale relève de la police cantonale, avec un portail commun permettant de déposer en ligne. Le blocage des cartes passe par le numéro d'urgence de l'émetteur. Les alertes publiées sont détaillées et citent les campagnes en cours.

Les points clés

PlaintePolice cantonale ; dépôt en ligne possible via le portail commun
AlertesPublication hebdomadaire des campagnes d'escroquerie en cours
AntiphishingService national de signalement des liens d'hameçonnage
Blocage des cartesNuméro d'urgence de l'émetteur, joignable en continu
Opération non autoriséePrise en charge selon les conditions générales de la banque
Virement ordonné par vousTrès difficile à récupérer, y compris au sein du pays

En pratique

  • Le signalement fédéral et la plainte pénale sont deux démarches distinctes : faites les deux.
  • Le portail de police en ligne permet de déposer plainte sans se rendre au poste dans la plupart des cantons.
  • Transmettez les liens d'hameçonnage au service national : ils sont ajoutés aux listes de blocage des navigateurs.
  • Les conditions générales bancaires suisses sont plus restrictives qu'ailleurs : lisez la clause relative aux opérations contestées.

Coût et prise en charge

Signalement et plainte gratuits.

Où s'adresser

  • Office fédéral de la cybersécurité, formulaire de signalement.
  • Police cantonale et portail de police en ligne.
  • Service national de signalement de l'hameçonnage.
  • Service d'urgence de votre émetteur de carte.

À savoir

En Suisse, la répartition des pertes entre client et banque dépend largement des conditions générales et non de la loi. Vérifiez ce que prévoit votre contrat avant d'accepter un refus.

Sources

L'article général : Arnaques sentimentales · Comparer avec un autre pays

Sources générales

Page vérifiée en septembre 2026. Les textes cités peuvent évoluer : en cas de doute, confirmez auprès de la source officielle indiquée.

Situer cette page dans le plan du site