Là où le viol reste impuni : la loi pays par pays

Dans plus de la moitié des pays du monde, le viol conjugal n’est pas un crime ; dans une vingtaine, épouser sa victime efface le viol ; dans quelques-uns, c’est la victime qui risque la prison. Ce que recouvre l’expression « culture du viol », les pays où la loi elle-même protège l’agresseur, ceux où elle existe mais n’est pas appliquée, et ceux qui viennent de changer.

Si vous êtes concerné(e)

En France : 3919 (24 h/24), 17 ou 112 en urgence, 116 006 (aide aux victimes), Collectif féministe contre le viol 0 800 05 95 95. À l’étranger : le consulat de France peut orienter vers un hôpital et un avocat, et une plainte peut être déposée en France au retour pour des faits commis à l’étranger contre un Français. Les fiches pays du consentement donnent les numéros de chaque pays.

« Culture du viol » : ce que l’expression veut dire, et ce qu’elle ne veut pas dire

L’expression est née dans le féminisme américain des années 1970 pour désigner non pas des pays où le viol serait « permis », mais un ensemble d’attitudes qui le banalisent : rejeter la faute sur la victime (sa tenue, son alcool, sa présence dehors), douter d’elle par principe, excuser l’agresseur (« il ne pouvait pas se retenir »), traiter le viol conjugal comme un droit. Ce n’est pas une catégorie juridique, et le terme reste discuté. Mais les attitudes qu’il décrit se mesurent. Une enquête Eurobaromètre de 2016 demandait si un rapport sans consentement pouvait être « justifié » dans certaines situations : 27 % des Européens répondaient oui — 55 % en Roumanie, 47 % en Hongrie, 43 % en Bulgarie, contre 6 % en Suède. En Inde, l’enquête nationale de santé de 2019-2021 trouvait qu’un tiers des femmes et des hommes jugeaient qu’un mari peut être en droit de battre sa femme. C’est cela, mesurable, qui explique pourquoi des lois identiques donnent des résultats si différents.

Trois choses distinctes se cachent donc derrière la question « le viol est-il puni ? » : la loi (qu’interdit-elle ?), son application (combien de plaintes aboutissent ?), et le coût pour la victime (que risque-t-elle en parlant ?). Un pays peut prévoir la peine de mort et laisser 99 % des viols impunis ; un autre peut avoir une loi médiocre et une justice qui fonctionne.

Là où le viol conjugal n’est pas un crime

C’est le cas le plus répandu : selon ONU Femmes et Equality Now, plus de la moitié des pays ne criminalisent pas explicitement le viol entre époux, soit parce que la loi l’exclut expressément, soit parce qu’elle définit le viol de façon qui ne peut pas s’appliquer dans le mariage.

Là où épouser la victime efface le viol

Les lois dites « épouse ta violeuse » suspendent ou annulent la peine si l’agresseur épouse la victime. Elles ont été abrogées en Égypte (1999), au Maroc (2014, après le suicide d’Amina Filali, 16 ans, mariée à son violeur), en Tunisie, en Jordanie et au Liban (2017), en Palestine (2018) ; mais le FNUAP en recensait encore une vingtaine en 2021 :

Là où la victime risque d’être punie

Dans les pays qui punissent les relations sexuelles hors mariage (zina), une femme qui dénonce un viol sans le prouver s’expose elle-même : elle avoue un rapport hors mariage. Au Pakistan, sous les ordonnances Hudood de 1979, il fallait quatre témoins masculins ; la loi de 2006 a sorti le viol de ce régime, mais la peur demeure. Au Soudan (jusqu’à la réforme de 2015), en Iran, en Arabie saoudite, aux Émirats (affaire de la Norvégienne condamnée en 2013 pour « relation illicite » après avoir dénoncé un viol, graciée ensuite), au Qatar et dans le nord du Nigeria, des victimes ont été poursuivies pour adultère ou fornication. En Afghanistan, des femmes ont été emprisonnées pour « crimes moraux » après un viol. La Somalie et certaines zones du Sahel règlent les viols par des arrangements entre familles, souvent par le mariage.

Là où la loi existe mais ne s’applique pas

L’impunité de fait ne se limite pas aux pays sans loi. En Afrique du Sud, la police enregistre plus de 40 000 viols par an (42 569 en 2023-2024), l’un des taux les plus élevés du monde, pour moins d’un cas sur dix aboutissant à une condamnation. En Inde, 31 516 viols ont été déclarés en 2022 (NCRB) — un chiffre sans rapport avec la réalité —, et les réformes qui ont suivi le viol collectif de New Delhi en 2012 n’ont pas fait baisser les délais : des procès durent dix ans. Au Mexique, moins de 1 % des agressions sexuelles sont dénoncées, et moins de 5 % des plaintes jugées. En République démocratique du Congo, où le gynécologue Denis Mukwege (prix Nobel de la paix 2018) a soigné des dizaines de milliers de victimes, le viol est utilisé comme arme par les groupes armés depuis trente ans avec une impunité presque totale.

Les pays riches ne sont pas exempts. En Angleterre et au pays de Galles, à peine 2 à 3 % des viols signalés à la police aboutissaient à une inculpation au début des années 2020. En France, le Haut Conseil à l’égalité estime qu’environ 0,6 % des viols et tentatives se terminent par une condamnation, et que moins d’une victime sur dix porte plainte ; les classements sans suite dépassent 70 %. Aux États-Unis, l’association RAINN calcule qu’environ 25 agresseurs sur 1 000 sont incarcérés. Le problème n’y est pas la loi, mais la preuve, les délais, et le traitement des plaignantes.

Le viol comme arme de guerre

Le viol systématique en temps de conflit est reconnu depuis 1998 comme crime de guerre et crime contre l’humanité (Statut de Rome, article 7 ; résolution 1820 du Conseil de sécurité en 2008). La Bosnie (20 000 à 50 000 femmes violées, premières condamnations internationales pour viol comme torture), le Rwanda (jusqu’à 250 000 en cent jours, condamnation d’Akayesu en 1998), la RDC, le Tigré éthiopien (2020-2022), le Darfour et le Soudan depuis 2023, l’Ukraine occupée depuis 2022 (procédure de la Cour pénale internationale), la Birmanie contre les Rohingyas, et l’esclavage sexuel des Yézidies par Daech — traité sur la page L’esclavage aujourd’hui — en sont les exemples récents. La reconnaissance judiciaire progresse ; les condamnations restent rares.

Ceux qui ont changé leur loi

Pour aller plus loin

Les mariages forcés et l’enlèvement de la mariée et l’esclavage aujourd’hui complètent cette page ; les fiches pays du consentement donnent, pour chaque pays du site, l’âge de protection, la définition du viol et les numéros d’aide ; la page Droits détaille les infractions sexuelles commises à l’étranger, que la France poursuit même sans plainte sur place.

Page vérifiée en septembre 2026. Les données citées peuvent évoluer.

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