Page d’information en santé sexuelle : elle décrit, ne montre rien, et ne remplace pas une consultation. Elle s’adresse aux partenaires de personnes trans comme aux personnes trans elles-mêmes.
D’abord, ce qui ne change pas
Une personne trans est une personne : ce qu’elle aime, ce qu’elle refuse, ce qui la fait rire ou la blesse se découvre comme avec n’importe qui — en parlant. Le désir, l’attachement, la jalousie, la routine, la panne, le manque de temps : tout ce que ce site raconte sur le désir et le plaisir vaut ici. Ce qui change, c’est un corps qui a pu être transformé par des hormones ou des opérations, et une histoire souvent marquée par le regard des autres. D’où deux règles simples : demander, et ne rien supposer.
Ce que font les hormones
- Femmes trans sous œstrogènes et anti-androgènes : la peau s’affine, la poitrine se développe (le plus souvent modestement), la pilosité diminue, la masse musculaire baisse ; le désir devient souvent moins « pressant » et plus diffus, les érections spontanées se raréfient ou disparaissent et l’éjaculat diminue — la sensibilité et l’orgasme demeurent, mais différents. Beaucoup de femmes trans ne souhaitent pas que leurs organes génitaux d’origine soient sollicités, d’autres si : c’est à elle de le dire, et à vous de demander.
- Hommes trans sous testostérone : la voix mue, la pilosité et la masse musculaire augmentent, le clitoris grandit (souvent de deux à quatre centimètres), le désir augmente fréquemment dans les premiers mois, les règles s’arrêtent en général en quelques mois ; la muqueuse vaginale s’assèche et s’amincit, ce qui rend le lubrifiant nécessaire et peut rendre la pénétration douloureuse si elle est souhaitée. La testostérone n’est pas un contraceptif : une grossesse reste possible.
Après les opérations
Toutes les personnes trans ne sont pas opérées — c’est même la majorité qui ne l’est pas, ou pas entièrement. Quand elles le sont : une vaginoplastie (le plus souvent par inversion pénienne, parfois avec un segment de côlon) crée un néovagin sensible, de profondeur variable, qui n’a pas de lubrification naturelle (sauf technique colique) et qui doit être dilaté régulièrement à vie pour garder sa profondeur ; le clitoris est reconstruit à partir du gland et conserve en général sa sensibilité, l’orgasme étant rapporté par la majorité des patientes. Une phalloplastie (à partir d’un lambeau d’avant-bras ou de cuisse) crée un pénis de taille adulte, sensible, qui a besoin d’une prothèse d’érection pour la pénétration, avec un risque de complications urinaires ; une métoïdioplastie libère le clitoris hypertrophié par la testostérone et donne un petit pénis capable d’érection naturelle. Une mastectomie laisse des cicatrices et des mamelons souvent peu sensibles pendant des mois. La page La transition médicale et les opérations détaille les techniques, les délais, les complications et les établissements.
La dysphorie, et les mots
La dysphorie est le malaise que provoque, chez beaucoup de personnes trans, la perception de parties de leur corps ; elle peut rendre certaines zones ou certains gestes impossibles, un jour et pas l’autre. On ne la « guérit » pas par la bonne volonté : on demande ce qui est bienvenu, et on respecte la réponse. Les mots que la personne utilise pour son corps — beaucoup préfèrent des termes du genre vécu — sont ceux qu’il faut reprendre ; on ne demande ni « avant », ni « vrai nom », ni photos ; on ne compare pas ; et l’on garde pour soi la curiosité anatomique qui, exprimée au mauvais moment, ramène l’autre à un cas clinique. Le consentement, ici comme partout, se demande à chaque fois et se retire à tout moment.
Contraception, IST, prévention
- Grossesse : un homme trans qui a conservé son utérus et ses ovaires peut être enceint même sous testostérone ; une femme trans qui a conservé ses testicules peut concevoir, même sous œstrogènes, l’absence d’éjaculat n’étant pas une garantie. Contraception nécessaire dans les deux cas si le couple n’en veut pas ; la pilule œstroprogestative est déconseillée aux hommes trans (le DIU, l’implant ou le progestatif seul conviennent), et la testostérone est contre-indiquée pendant une grossesse.
- IST et VIH : la prévalence du VIH est élevée chez les femmes trans dans le monde (environ 19 % selon l’ONUSIDA), en raison de la précarité et de l’exclusion plus que de la transidentité ; préservatif, dépistage régulier (les CeGIDD en France sont gratuits), PrEP — compatible avec les hormones — et vaccination contre l’hépatite B et le HPV. Un néovagin peut contracter les mêmes infections qu’un vagin ; une néo-urètre peut s’infecter.
- Lubrifiant : nécessaire pour un néovagin, souvent pour un homme trans sous testostérone ; à base d’eau avec les préservatifs.
- Douleur : jamais normale ; consulter un gynécologue, un urologue ou un sexologue au fait des questions trans (les associations en tiennent des listes : Acceptess-T, Chrysalide, Espace Santé Trans, Genres Pluriels en Belgique, Checkpoint en Suisse).
Et le couple
Ce que cette page ne dit pas — comment on se rencontre, ce que devient un couple quand l’un des deux transitionne, le mariage, les enfants, les familles — se trouve sur la page Être en couple avec une personne trans et dans la rubrique Transexuels.
