Rencontrer une personne déjà trans
La plupart des couples où l’un des deux est trans se forment ainsi : une personne trans, transition faite ou en cours, rencontre quelqu’un. Les questions que se pose ce quelqu’un sont toujours les mêmes, et méritent des réponses nettes. « Est-ce que ça fait de moi un homosexuel ? » Non : un homme qui aime une femme trans aime une femme ; l’orientation se définit par le genre de la personne aimée, pas par son histoire — et si la question vous travaille, elle dit quelque chose de vous, pas de votre partenaire. « Que vont dire les autres ? » Parfois rien, parfois beaucoup ; c’est au couple de décider ce qu’il dit, à qui, et quand — et à la personne trans seule de décider de révéler sa transidentité, jamais à son partenaire de l’« outer ». « Est-ce que je la désire pour de mauvaises raisons ? » Il existe des hommes qui recherchent les femmes trans comme un fantasme et les cachent le jour : les femmes trans les appellent des chasers et les reconnaissent vite. Le test est simple : la présenteriez-vous à vos amis ?
Quand l’autre annonce sa transition
L’autre situation est un séisme. Un conjoint, après des années de vie commune, souvent après des enfants, annonce qu’il ou elle est trans et va transitionner. Le partenaire passe par le choc, la colère (« tu m’as menti »), le deuil de la personne qu’il croyait connaître, la peur du regard des autres, et une question intime : puis-je désirer une femme alors que j’ai épousé un homme ? Il n’y a pas de réponse générale. Une partie des couples se sépare — la majorité, selon les enquêtes anciennes, moins aujourd’hui — ; d’autres restent ensemble, parfois en redéfinissant le lien (« nous sommes une famille »), parfois avec une vie amoureuse intacte, surtout quand la transition est progressive et parlée. Ce qui aide, d’après les thérapeutes de couple : que la transition ne soit pas imposée à un rythme que le partenaire ne peut pas suivre ; que le partenaire ait un espace à lui (groupes de conjoints, thérapie individuelle) où il ait le droit d’être triste ou en colère sans être accusé de transphobie ; que les enfants soient informés simplement, à leur âge, par les deux parents ensemble ; et que la question de la sexualité soit abordée franchement, la page Faire l’amour avec une personne trans disant ce que changent les hormones et les opérations.
Ce que dit la loi : mariage, enfants
- Le mariage tient. En France, depuis l’ouverture du mariage aux couples de même sexe (2013), le changement de sexe d’un époux ne dissout pas le mariage et n’exige pas de divorce ; l’acte de mariage est mis à jour. Même règle en Belgique, en Suisse, au Luxembourg, au Canada, en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni (où le consentement du conjoint était exigé jusqu’en 2024 en Angleterre) ; le Japon, la Turquie et une partie de l’Europe de l’Est exigent en revanche d’être célibataire pour changer d’état civil — donc de divorcer —, et la Russie annule depuis 2023 les mariages des personnes ayant changé de genre.
- Les enfants nés avant gardent leur filiation : le père devenu femme reste juridiquement le père sur leur acte de naissance (la France ne modifie pas les actes des enfants), même si la famille dit « maman ».
- Les enfants conçus après le changement d’état civil posent la question : la Cour de cassation a admis en 2020 qu’une femme trans ayant conçu un enfant avec son épouse soit reconnue « parent biologique » et non « père », puis, en 2022, la cour d’appel de Toulouse l’a inscrite comme « mère » ; un homme trans qui accouche est inscrit comme mère en France, comme père en Suède ou en Allemagne depuis 2024. La PMA est ouverte en France aux couples de femmes et aux femmes seules depuis 2021, mais pas aux hommes trans ayant conservé leur utérus (le Conseil constitutionnel l’a admis en 2023) ; la conservation des gamètes avant transition est possible et recommandée.
- La garde après une séparation ne dépend pas de la transidentité : les tribunaux français, belges et suisses jugent selon l’intérêt de l’enfant, et la Cour européenne des droits de l’homme a condamné en 2022 la Russie qui avait retiré ses enfants à un parent trans (A.M. c. Russie).
Les familles et l’entourage
Les parents d’une personne trans passent par les mêmes étapes que le conjoint — et leur acceptation est le facteur qui pèse le plus sur la santé mentale des jeunes trans : les tentatives de suicide sont divisées par deux quand la famille soutient. En France, l’association Contact (0805 69 64 64) réunit parents et familles de personnes LGBT, Grandir Trans et Trans-Kinder-Netz (Allemagne) les parents de mineurs, Genres Pluriels les proches en Belgique. Pour les conjoints : les groupes de partenaires d’OUTrans et de Chrysalide, les thérapeutes de couple formés (annuaires des associations), et, pour ceux qui choisissent de partir, le droit ordinaire de la séparation.
Au quotidien
- Le prénom et le pronom, toujours ; la correction douce quand l’entourage se trompe.
- Les papiers : tant que l’état civil n’est pas changé, prévoir les contrôles (hôtel, aéroport, banque) et, en voyage, les pays à éviter (voir Les droits selon les pays).
- La santé : les rendez-vous d’endocrinologie, les opérations et leurs convalescences (six semaines à trois mois) se vivent à deux ; le partenaire a le droit d’avoir peur.
- Le regard des autres, et la violence parfois : ne pas rester seuls, et signaler (SOS homophobie 01 48 06 42 41, plainte pour transphobie, circonstance aggravante depuis 2017).
Voir aussi la rubrique Transexuels, Le couple et Le couple et la religion.
