Page d’information médicale : elle décrit les traitements et leurs risques d’après les recommandations publiées (WPATH SOC 8, HAS 2025, sociétés savantes), sans se substituer aux équipes qui les pratiquent. La transition est un parcours de plusieurs années, personnel, dont aucune étape n’est obligatoire.
Les étapes, et ce qui n’est pas obligatoire
Une transition médicale se compose de briques que chacun choisit : les hormones (la grande majorité), la chirurgie du torse (fréquente chez les hommes trans), la chirurgie génitale (une minorité : un quart à un tiers des femmes trans, moins d’un homme trans sur dix, en raison de sa lourdeur), la chirurgie du visage, la voix, l’épilation. En France, depuis la HAS (2025), le parcours n’exige plus de suivi psychiatrique préalable : un médecin (généraliste, endocrinologue) peut prescrire les hormones après un bilan, l’équipe pluridisciplinaire intervenant pour les chirurgies ; tout est pris en charge à 100 % au titre de l’affection de longue durée hors liste (ALD 31), sur protocole de soins. Les délais restent longs : un à deux ans pour une première chirurgie génitale dans les centres publics.
Les hormones et leurs effets secondaires
- Féminisation : œstradiol (comprimés, gel, patchs, injections) et anti-androgène (acétate de cyprotérone, spironolactone, ou analogues de la GnRH). Effets en trois mois à deux ans : peau, poitrine (stade définitif en deux à trois ans, souvent modeste), redistribution des graisses, baisse de la libido et des érections, infertilité progressive (conservation de sperme avant, remboursée). Risques : thrombose veineuse (surtout avec l’éthinylestradiol, abandonné, et le tabac), élévation de la prolactine et méningiomes avec l’acétate de cyprotérone à forte dose (alerte ANSM 2018, doses réduites), hypertriglycéridémie, calculs biliaires, risque de cancer du sein faible mais réel, dépression avec la cyprotérone. Surveillance sanguine tous les trois à six mois la première année. La voix ne change pas.
- Masculinisation : testostérone (injections toutes les deux à douze semaines, gel). Effets en quelques mois : voix, pilosité, muscles, clitoris, arrêt des règles (mais pas de contraception !), acné, calvitie androgénétique. Risques : polyglobulie (épaississement du sang, surveillance de l’hématocrite), hausse du cholestérol, hypertension, atrophie vaginale, possible augmentation du risque cardiovasculaire ; effets sur la fertilité partiellement réversibles.
- Bloqueurs de puberté (analogues de la GnRH, chez les adolescents) : suspendent le développement, réversibles à l’arrêt selon les données disponibles ; effets sur la densité osseuse et le développement psychosexuel discutés — c’est l’objet du débat mondial actuel (voir la page La transidentité).
Les opérations de féminisation
- Vaginoplastie par inversion pénienne (la technique de référence, 4 à 6 heures, 7 à 10 jours d’hospitalisation, dilatations quotidiennes pendant des mois puis à vie) ou par segment de côlon sigmoïde (plus profonde, lubrifiée, mais chirurgie abdominale). Complications : sténose ou perte de profondeur (10 à 20 %), fistule recto-vaginale (1 à 3 %), nécrose partielle, troubles urinaires, douleurs ; satisfaction élevée, orgasme conservé chez la majorité. Coût : pris en charge en France ; 15 000 à 25 000 € en Thaïlande ou en Espagne, 20 000 à 35 000 $ aux États-Unis.
- Orchidectomie seule (ablation des testicules) : plus simple, supprime le besoin d’anti-androgènes.
- Augmentation mammaire par implants (les mêmes que pour toute femme, avec les mêmes risques : coque, rupture, lymphome BIA-ALCL rare).
- Féminisation faciale (front, mâchoire, nez, pomme d’Adam) : lourde, coûteuse (10 000 à 40 000 €), rarement remboursée sauf en partie ; chirurgie de la voix (glottoplastie) après orthophonie.
Les opérations de masculinisation
- Mastectomie (« top surgery ») : double incision avec greffe des mamelons ou voie péri-aréolaire ; cicatrices, perte de sensibilité des mamelons fréquente ; l’opération la plus demandée et la plus satisfaisante.
- Hystérectomie et ovariectomie : souvent après quelques années de testostérone.
- Métoïdioplastie : libération du clitoris hypertrophié (4 à 6 cm), avec ou sans allongement de l’urètre ; érection naturelle, pénétration rarement possible, complications urinaires moindres.
- Phalloplastie : lambeau libre d’avant-bras (cicatrice visible, sensibilité meilleure) ou de cuisse, en deux à quatre temps sur un à deux ans ; prothèse érectile et testiculaire ensuite. C’est la chirurgie la plus complexe de toute la transition : fistules et sténoses urétrales dans 20 à 40 % des cas, nécrose du lambeau (2 à 5 %), complications de prothèse ; résultats esthétiques et fonctionnels très variables selon les équipes, d’où l’importance de choisir un centre à fort volume.
L’âge minimum
Les recommandations internationales (WPATH SOC 8, 2022) ne fixent plus d’âges chiffrés, sauf 18 ans pour la phalloplastie, et laissent l’évaluation au cas par cas ; dans la pratique et dans la loi de la plupart des pays, les chirurgies génitales sont réservées aux majeurs, la mastectomie est possible dès 16 ou 17 ans avec l’accord des parents dans quelques pays (États-Unis selon les États, Pays-Bas, Belgique), et les hormones dès 15 ou 16 ans après un suivi. La France (HAS 2025) réserve toutes les chirurgies aux majeurs, sauf exception collégiale pour la mastectomie ; le Royaume-Uni et les pays nordiques ont restreint les traitements des mineurs ; 27 États américains les interdisent entièrement.
Pays par pays : autorisé, remboursé, interdit
- France : autorisée, remboursée (ALD) ; centres publics de référence pour la chirurgie génitale : Hospices civils de Lyon (Lyon Sud, Pr Morel-Journel, environ 80 vaginoplasties et 20 phalloplasties par an, la plus grosse équipe française), hôpital Tenon (AP-HP, Paris), hôpital Foch (Suresnes), CHU de Bordeaux, et des équipes à Marseille, Lille, Nantes, Toulouse, Nancy ; de nombreux chirurgiens privés pour les mastectomies et la poitrine.
- Belgique : UZ Gent (Pr Stan Monstrey, l’une des équipes les plus réputées d’Europe, 3 000 opérations), UZ Brussel, Liège ; remboursement INAMI. Suisse : Hôpital universitaire de Zurich, CHUV Lausanne, HUG Genève ; assurance de base. Luxembourg : opérations à l’étranger, remboursées par la CNS.
- Québec et Canada : GRS Montréal (clinique Brassard-Bélanger, la seule du pays pour la chirurgie génitale, 700 opérations par an, financée par toutes les provinces), Toronto (Women’s College) pour la poitrine.
- Maghreb et Afrique francophone : aucune équipe, et l’opération est illégale ou impossible ; les personnes trans qui en ont les moyens vont en Thaïlande, en Espagne ou en France (sans remboursement) ; en Tunisie, une jurisprudence de 2018 a admis un changement d’état civil après opération à l’étranger. Le Liban connaît des opérations privées à Beyrouth.
- Interdictions : Russie (toute transition médicale interdite depuis juillet 2023, sauf anomalies congénitales), Hongrie (pas de prise en charge, changement d’état civil interdit), pays du Golfe, la plupart des pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est (sauf Thaïlande, Vietnam et Philippines pour les opérations, sans reconnaissance légale) ; en Chine, l’opération exige l’accord de la famille et un casier vierge.
- Iran : légale depuis la fatwa de Khomeini (1987) et subventionnée par l’État — avec la pression sur les homosexuels d’y recourir pour « redevenir légaux » ; Téhéran compte parmi les villes qui opèrent le plus.
Les destinations : où l’on va quand son pays n’opère pas
- Thaïlande : première destination mondiale depuis les années 1980 — Preecha Aesthetic Institute (Bangkok, fondé par le Dr Preecha Tiewtranon, pionnier), Kamol Hospital, Yanhee Hospital, Chettawut Plastic Surgery ; vaginoplastie 10 000 à 20 000 €, suivi de deux à trois semaines sur place, qualité reconnue mais éloignement pour les suites.
- Espagne : Barcelone (Dr Iván Mañero, équipe IM Gender), Madrid, Marbella ; 15 000 à 25 000 €, proximité pour les Européens.
- Serbie : Belgrade, école du Pr Sava Perović poursuivie par le Dr Miroslav Djordjević, réputée pour la métoïdioplastie et la phalloplastie à prix modéré (8 000 à 20 000 €).
- Brésil, Mexique, Inde (Delhi, Mumbai, 5 000 à 10 000 €) : équipes privées nombreuses, niveau variable, vérifier l’expérience réelle.
- Turquie (Istanbul), Corée du Sud : chirurgie du visage et de la poitrine surtout.
Règles pour l’étranger : exiger le nombre d’opérations de ce type réalisées par le chirurgien, des photos de résultats et des contacts de patients ; prévoir la reprise des complications avec une équipe dans son pays (qui n’y est pas tenue) ; ne jamais opérer avant un accord du psychologue ou du médecin qui suit ; et lire la page Chirurgie esthétique pour les dangers du tourisme médical, qui s’appliquent ici en plus grand.
Regrets, détransition, et après
Les regrets après chirurgie génitale sont rares dans les cohortes publiées — de l’ordre de 1 à 2 % en Europe sur plusieurs décennies (Amsterdam, 1972-2015 : 0,6 % chez les femmes trans, 0,3 % chez les hommes trans) —, les complications et les résultats décevants beaucoup plus fréquents que le regret de l’identité. La détransition (retour au genre de naissance) concerne quelques pour cent des personnes ayant commencé une transition, davantage chez les jeunes récemment suivis ; elle est aussi un parcours médical, qui mérite le même accompagnement. Après une transition, un suivi à vie est nécessaire : hormones, ossature, dépistages (prostate conservée chez les femmes trans, col et seins résiduels chez les hommes trans). La rubrique Transexuels traite des droits, du couple et de l’intimité après transition.
