La chirurgie esthétique : ce qu’on fait, ce qu’on risque, où aller

Trente-huit millions d’actes par an dans le monde, des prix divisés par trois à l’étranger, et des morts que l’on ne compte qu’après : voici les opérations les plus demandées, leurs complications réelles, les scandales qui ont changé les règles, les pays du tourisme médical et la manière de vérifier un chirurgien avant de lui confier son corps.

Un marché mondial, en hausse de 40 % en quatre ans

L’enquête 2024 de la Société internationale de chirurgie plastique esthétique (ISAPS) recense 37,9 millions d’actes réalisés par des chirurgiens plasticiens dans le monde — 17,4 millions d’opérations et 20,5 millions d’actes non chirurgicaux (toxine botulique 7,8 millions, acide hyaluronique 6,3 millions) —, soit 42,5 % de plus qu’en 2020. Les États-Unis arrivent en tête (6,1 millions d’actes), devant le Brésil (3,1 millions, premier pays pour les opérations avec 2,3 millions) et le Japon. La chirurgie des paupières est devenue en 2024 l’opération la plus pratiquée, devant la liposuccion, l’augmentation mammaire, la reprise de cicatrice et la rhinoplastie ; la demande masculine progresse (gynécomastie, paupières, liposuccion). Les pays qui reçoivent la plus forte proportion de patients étrangers sont la Tunisie, les Émirats, la Colombie et la Turquie. La France compte environ 1 200 chirurgiens plasticiens qualifiés pour quelque 500 000 actes par an, chirurgie et médecine esthétique confondues.

Les opérations les plus demandées, et ce qui peut mal tourner

Les scandales qui ont changé les règles

Le tourisme médical : le vrai prix d’un devis à moitié prix

Une augmentation mammaire coûte 5 000 à 8 000 € en France, 2 500 à 3 500 € en Tunisie ou en Turquie, vol et hôtel compris dans les forfaits. La différence s’explique par les salaires, mais aussi par ce qu’on ne voit pas : l’absence de deuxième consultation, un temps opératoire compressé (plusieurs opérations en une seule séance, le premier facteur de mortalité), la sortie de clinique à J+1, l’absence de suivi, et l’impossibilité de poursuivre le praticien depuis son pays. Les faits : le Parlement britannique a recensé en mars 2024 28 Britanniques morts en Turquie après une opération non urgente depuis 2019, et le Foreign Office signale 7 morts supplémentaires en 2025, plus des centaines de complications traitées par le NHS à son retour (en 2022, les chirurgiens britanniques comptaient 324 patients rapatriés avec complications, dont des infections à germes multirésistants, pour un coût moyen de 15 000 £ par patient). Les autorités américaines (CDC) ont enquêté en 2023 sur des morts de femmes américaines après des BBL en République dominicaine, et sur des infections à mycobactéries après des liposuccions au Mexique. Les règles : ne jamais combiner plusieurs opérations en une séance, rester au moins dix jours sur place, refuser une opération non précédée d’une consultation avec le chirurgien lui-même (et non un « coordinateur »), vérifier son inscription au tableau de l’ordre du pays, exiger un contrat écrit, et savoir que son assurance ne couvrira ni les complications ni le rapatriement. Les destinations et leur spécialité : Turquie (Istanbul : cheveux, dents, nez, BBL ; le pays revendique 1,5 million de patients étrangers par an), Tunisie (première destination des Français et des Algériens, cliniques de Tunis et Sousse ; encadrement réel mais inégal), Maroc (Casablanca), Brésil (l’école d’Ivo Pitanguy, très haut niveau à Rio et São Paulo, tourisme faible en raison de la distance), Corée du Sud (Gangnam à Séoul, visage et paupières, un des taux d’opération par habitant les plus élevés du monde), Colombie (Medellín, Cali, Bogotá ; plusieurs morts de patientes étrangères), Mexique (Tijuana pour les Américains), République dominicaine, Thaïlande (Bangkok, hôpitaux internationaux accrédités JCI), République tchèque, Pologne, Hongrie (pour les Allemands et les Britanniques, dents et seins).

Vérifier un chirurgien et un établissement

La tête avant le corps

La dysmorphophobie (préoccupation obsédante pour un défaut minime ou imaginaire) touche 2 % de la population et 10 à 15 % des candidats à la chirurgie esthétique, qui n’en tirent aucun bénéfice et enchaînent les opérations ; un bon chirurgien la dépiste et refuse d’opérer, et la loi française lui impose de le faire. Les demandes calquées sur des filtres de réseaux sociaux (« Snapchat dysmorphia ») et celles qui suivent une rupture ou un deuil justifient d’attendre. Une opération réussie change un détail du corps ; elle ne change pas une vie de couple — la rubrique Séduction et la page Séduction et beauté selon les cultures rappellent à quel point les canons varient. Enfin, la chirurgie qui répare (après un cancer, un accident, une malformation, une excision — voir Chirurgie intime) relève d’autres règles et est prise en charge.

Page vérifiée en septembre 2026. Les données citées peuvent évoluer.

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