Ce que c’est
Une personne trans est une personne dont l’identité de genre — le sentiment intime d’être homme, femme, ou ni l’un ni l’autre — ne correspond pas au sexe qui lui a été assigné à la naissance. Ce n’est ni une orientation sexuelle (qui l’on désire), ni un travestissement (s’habiller en l’autre sexe), ni une intersexuation (naître avec des caractères sexuels atypiques). Ce sentiment apparaît le plus souvent dans l’enfance ou à l’adolescence, parfois plus tard, et il est stable : les personnes qui « détransitionnent » existent — de l’ordre de 1 à 8 % selon les études, le plus souvent pour des raisons sociales ou familiales — mais restent une minorité.
Combien de personnes
Les enquêtes récentes donnent 0,3 à 0,6 % des adultes qui se déclarent trans (États-Unis : 0,6 %, Williams Institute 2022 ; Royaume-Uni : 0,5 % au recensement de 2021 ; France : entre 0,3 et 1 % selon les sondages), soit 200 000 à 500 000 personnes en France — bien plus que les 10 000 à 20 000 suivies médicalement. La proportion est nettement plus élevée chez les 18-24 ans (2 à 3 % aux États-Unis) et le sens des transitions s’est inversé : jusqu’aux années 2000, les demandes venaient surtout d’hommes vers femme ; depuis 2010, les adolescentes nées filles sont majoritaires dans les consultations, ce qui alimente les débats sur les mineurs.
Ce que la science sait, et ne sait pas
Aucune cause unique n’a été trouvée. Les études de jumeaux montrent une part d’héritabilité ; des différences subtiles ont été observées dans certaines structures cérébrales et dans l’exposition hormonale prénatale ; aucun facteur éducatif — ni la mère, ni le divorce, ni Internet — n’a été démontré. Ce que l’on sait avec certitude, c’est que ni la persuasion ni les « thérapies de conversion » ne changent l’identité de genre, et que ces thérapies sont interdites en France depuis 2022 (jusqu’à deux ans de prison), au Canada, en Allemagne pour les mineurs, en Espagne et dans une vingtaine d’États américains. L’OMS a retiré la transidentité des troubles mentaux dans la classification CIM-11 (2019, appliquée depuis 2022) pour la ranger sous « incongruence de genre » dans le chapitre de la santé sexuelle ; le manuel américain DSM-5 (2013) parle de « dysphorie de genre » pour désigner la souffrance qui accompagne parfois la transidentité, et non la transidentité elle-même. En France, la transidentité n’est plus une affection psychiatrique depuis 2010.
Un peu d’histoire
Des personnes ayant vécu dans l’autre genre existent dans toutes les époques et toutes les cultures — les hijras de l’Inde, les two-spirit d’Amérique du Nord, les muxes du Mexique, les fa’afafine de Samoa, le chevalier d’Éon au XVIIIe siècle. La médecine moderne commence à Berlin, à l’Institut de sexologie de Magnus Hirschfeld, où Dora Richter (1931) et la peintre danoise Lili Elbe (1930-1931) subissent les premières opérations ; l’institut est détruit par les nazis en 1933. Christine Jorgensen, ancien soldat américain opérée au Danemark en 1952, fait la une du monde entier ; en France, Coccinelle, artiste de music-hall opérée à Casablanca en 1958 par le docteur Burou — qui opérera des milliers de patientes venues du monde entier —, obtient en 1962 de l’état civil français un changement de sexe et se marie à l’église. Le terme « transsexualisme » est de Harry Benjamin (1966) ; la Cour de cassation française n’admet le changement d’état civil qu’en 1992, après une condamnation de la France par la Cour européenne des droits de l’homme (arrêt B. c. France), et n’abandonne l’exigence d’opération et de stérilisation qu’en 2012-2016.
Les enfants et les adolescents
C’est le point le plus discuté. Un enfant qui exprime une identité de genre différente ne « transitionne » pas médicalement : la transition sociale (prénom, vêtements) ne fait l’objet d’aucun traitement, et la plupart des enfants prépubères qui expriment ce sentiment ne le conservent pas à l’adolescence (60 à 90 % selon les anciennes études, sur des cohortes discutées). À la puberté, des bloqueurs de puberté peuvent être prescrits pour « suspendre » le développement le temps de la réflexion, puis des hormones du genre revendiqué ; les chirurgies sont réservées aux majeurs presque partout (les mastectomies dès 16-17 ans dans quelques pays). Le protocole néerlandais qui a inspiré tout cela est réévalué : le Royaume-Uni (rapport Cass, 2024) a interdit les bloqueurs hors essais cliniques, la Suède, la Finlande, la Norvège et le Danemark les ont restreints, la France a demandé à ses centres pédiatriques d’encadrer davantage (recommandations HAS 2025), tandis que les Pays-Bas ont conclu en juillet 2026 à un bilan favorable et que 27 États américains interdisent tout soin aux mineurs. Les professionnels s’accordent sur un point : un suivi long, pluridisciplinaire, sans précipitation et sans refus de principe.
Violences et santé mentale
Les personnes trans subissent des taux de violence, de harcèlement, de chômage et de tentatives de suicide très supérieurs à la moyenne — 40 % des adultes trans américains déclarent une tentative de suicide au cours de leur vie —, et ces taux baissent nettement avec l’acceptation familiale et l’accès aux soins. En France, SOS homophobie reçoit chaque année plusieurs centaines de témoignages de transphobie ; la transphobie est une circonstance aggravante depuis 2017. Dans une partie du monde, la transidentité vaut prison, coups ou mort : la page Les droits selon les pays en fait le tour.
Les mots
- On dit une femme trans (née de sexe masculin), un homme trans (né de sexe féminin) ; on utilise le prénom et le pronom que la personne demande ; on ne demande ni le « vrai nom » ni les opérations.
- Cisgenre : dont l’identité de genre correspond au sexe de naissance — c’est-à-dire la grande majorité des gens.
- Transition plutôt que « changement de sexe » ; réassignation ou chirurgie d’affirmation de genre pour les opérations ; mégenrer : désigner quelqu’un par le mauvais genre ; outing : révéler la transidentité de quelqu’un sans son accord.
La rubrique Transexuels rassemble les pages sur les droits, la santé, le couple et la rencontre ; la page Les orientations sexuelles traite de la question voisine du désir.
