Le tabac

Ce que fume fait au corps, à quelle vitesse on récupère quand on arrête, et ce qui marche vraiment pour arrêter — y compris ce qui ne marche pas.

Ce que le tabac fait, et à quelle vitesse on récupère

Le tabac est la première cause évitable de mortalité dans la plupart des pays où elle est mesurée. Ce qui est moins su, c'est la rapidité de la récupération.

Arrêter à trente ans fait gagner presque toute l'espérance de vie perdue ; arrêter à soixante en fait encore gagner plusieurs années. Il n'y a pas d'âge où cela ne sert plus à rien.

Un peu d'histoire

Le tabac est cultivé en Amérique depuis au moins cinq mille ans, fumé, chiqué ou prisé dans les rituels et la médecine. Les marins de Colomb le découvrent en 1492 ; Rodrigo de Jerez, revenu fumeur, est jugé par l'Inquisition. Jean Nicot, ambassadeur de France au Portugal, en envoie en 1560 à Catherine de Médicis contre ses migraines : la plante prendra son nom, et l'alcaloïde isolé en 1828, la nicotine, aussi. Dès 1604, le roi Jacques Ier d'Angleterre publie un pamphlet contre cette habitude « répugnante ».

Le tabac reste une affaire de pipe, de cigare et de tabac à priser jusqu'à ce que la machine de James Bonsack, en 1881, fabrique des cigarettes par centaines de milliers. Les deux guerres mondiales, qui distribuent des cigarettes aux soldats, en font la norme masculine, et la publicité des années 1920 conquiert les femmes. En 1950, Richard Doll et Austin Bradford Hill établissent le lien avec le cancer du poumon ; le rapport du Surgeon General américain de 1964 le rend officiel, tandis que l'industrie organise le doute pendant trente ans.

Depuis, la réglementation ne cesse de se durcir : loi Veil en France en 1976, loi Évin en 1991, convention-cadre de l'OMS en 2003 — le premier traité mondial de santé publique —, interdiction de fumer dans les lieux publics dans les années 2000, paquet neutre inventé par l'Australie en 2012. La cigarette électronique, mise au point en Chine par Hon Lik en 2003, a rouvert le débat.

Arrêter : ce qui marche, ce qui ne marche pas

La volonté seule fonctionne, mais rarement : la grande majorité des tentatives sans aide échouent dans le mois. Ce qui augmente réellement les chances, c'est la combinaison de deux choses — un traitement et un accompagnement.

Rechuter n'annule rien. La plupart des personnes qui arrêtent définitivement ont fait plusieurs tentatives ; chacune apprend quelque chose sur les moments à risque.

Tabac et contraception hormonale : la seule vraie urgence

L'association d'une contraception œstrogénique — pilule combinée, patch, anneau — et du tabac multiplie le risque d'accident thrombotique. Le risque augmente nettement après 35 ans, et la règle est simple : au-delà de cet âge, fumer et prendre une contraception combinée ne vont pas ensemble. Les alternatives ne manquent pas — stérilet, implant, pilule progestative — et sont détaillées dans la page contraception.

Ce que cela change dans le couple

Deux effets sont documentsés et rarement anticipés. Le premier est vasculaire : le tabac est un facteur de risque indépendant de troubles de l'érection, et l'arrêt améliore la situation chez une part des hommes concernés. Le second est la fertilité : chez les deux partenaires, le tabac allonge le délai pour concevoir et diminue les chances en assistance médicale à la procréation.

Quand un seul des deux arrête, l'autre devient le principal facteur de rechute, sans mauvaise intention. Les couples qui arrêtent ensemble réussissent plus souvent, et c'est une des rares décisions de santé où le couple est un levier plutôt qu'un obstacle.

Le droit pays par pays

L'âge légal d'achat, la publicité, les lieux sans tabac et le prix du paquet varient fortement. Comme les règles sur le tabac et sur l'alcool sont presque toujours fixées par les mêmes textes, elles sont traitées ensemble : voir le droit pays par pays, sur la page alcool.

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