D'où vient ce produit
Le protoxyde d'azote est un gaz utilisé en cuisine pour les siphons à chantilly et en médecine comme analgésique, mélangé à l'oxygène. Sa diffusion récréative vient de cette double légalité : les petites cartouches se vendaient librement, et sont apparues ensuite des bonbonnes de plusieurs centaines de doses, parfois aromatisées, commandées en ligne. Plusieurs pays ont depuis restreint ou interdit la vente aux mineurs, la vente en grande quantité ou l'usage détourné ; la situation change vite et diffère d'un pays à l'autre — c'est l'objet des fiches pays.
Un peu d'histoire
Le protoxyde d'azote est obtenu en 1772 par Joseph Priestley, le découvreur de l'oxygène. En 1799, à Bristol, le jeune Humphry Davy le respire, décrit l'euphorie et le rire qu'il provoque — le « gaz hilarant » — et note, sans être écouté, qu'il pourrait servir en chirurgie. Pendant un demi-siècle, il est surtout une attraction de foire et de salon en Angleterre et aux États-Unis.
En 1844, le dentiste américain Horace Wells, après avoir assisté à l'une de ces démonstrations, s'en sert pour se faire arracher une dent sans douleur : c'est l'un des tout premiers actes d'anesthésie. Le gaz s'impose ensuite en dentisterie et en obstétrique, où il est encore utilisé, mélangé à l'oxygène, pour les soins douloureux et les accouchements. Il sert aussi de gaz propulseur dans les siphons à chantilly — la source des cartouches détournées.
L'usage récréatif de masse date des années 2010 : ballons vendus à la sortie des clubs, puis bonbonnes de plusieurs centaines de doses achetées en ligne. La multiplication des atteintes de la moelle épinière par carence en vitamine B12 chez de jeunes adultes a conduit la France à légiférer le 1er juin 2021 (interdiction de vente aux mineurs et de l'usage détourné), les Pays-Bas à l'interdire en janvier 2023 et le Royaume-Uni à le classer stupéfiant en novembre 2023.
Sous quelles formes on le rencontre
Le gaz est transféré de la cartouche ou de la bonbonne dans un ballon de baudruche, puis inhalé. L'inhalation directe au détendeur provoque des gelures des lèvres et des voies aériennes et un risque de surpression pulmonaire.
Ce que la personne recherche
Une brève euphorie de quelques dizaines de secondes, des rires, une distorsion des sons. L'effet est si court qu'il pousse à enchaîner : des consommations de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de cartouches en une soirée sont couramment rapportées. C'est la répétition, bien plus que la dose unitaire, qui fait les dégâts.
Les effets indésirables immédiats
- Vertiges, chutes, perte de connaissance brève.
- Asphyxie : le gaz remplace l'oxygène. Inhaler dans un sac, un espace confiné ou une voiture fermée a tué.
- Gelures des lèvres, du nez et des poumons en inhalation directe.
- Accidents de la route : la perte de conscience survient sans prévenir.
Les risques à moyen et long terme
Le protoxyde d'azote inactive la vitamine B12. Sans elle, la gaine des nerfs ne se renouvelle plus. Après quelques semaines d'usage intensif apparaissent des fourmillements des pieds et des mains, une difficulté à sentir le sol, une démarche instable, parfois une véritable paralysie des jambes et des troubles urinaires. L'atteinte de la moelle épinière est visible à l'IRM. Une partie des personnes récupère avec un traitement par vitamine B12 et l'arrêt du gaz ; une autre garde des séquelles définitives. Il s'y ajoute un risque de thrombose, des troubles psychiatriques et une anémie.
Le signe qui doit faire consulter le jour même
Des fourmillements ou un engourdissement des pieds et des mains chez une personne qui consomme du protoxyde d'azote. C'est le premier signe de l'atteinte des nerfs, et c'est le stade où le traitement est encore efficace. Ne pas attendre que la marche soit touchée.
Comment repérer une consommation
Petites cartouches métalliques argentées par dizaines dans une chambre, une voiture ou une poubelle, bonbonnes colorées, ballons de baudruche, crackers ou détendeurs, doigts et lèvres gelés, démarche incertaine, plaintes de fourmillements.
Pourquoi l'effet est plus fort chez l'adolescent
À poids égal, la concentration atteinte est plus élevée chez un adolescent que chez un adulte. Surtout, le circuit de la récompense est mature bien avant le cortex préfrontal qui devrait le freiner : l'envie de recommencer est plus forte et le contrôle plus faible, ce qui raccourcit nettement le délai entre le premier usage et l'usage problématique. Une consommation installée avant dix-huit ans multiplie le risque de dépendance à l'âge adulte, quel que soit le produit — y compris pour les substances légales comme la caféine des boissons énergisantes, l'alcool ou la nicotine.
Quand appeler les secours sans hésiter
Perte de connaissance, convulsions, confusion majeure, respiration lente ou irrégulière, lèvres bleues, douleur dans la poitrine, température très élevée, agitation incontrôlable, idées suicidaires. Dans ces situations, on appelle les secours et on dit ce qui a été pris : la prise en charge en dépend, et aucune poursuite ne vise celui qui appelle pour sauver quelqu'un.
