D'où vient ce produit
La caféine vient du café, du thé, du cacao, de la noix de kola et du guarana, mais l'essentiel de la caféine consommée aujourd'hui par les adolescents est de synthèse, ajoutée à des boissons. Une tasse de café filtre contient environ 80 à 100 mg, un espresso 60 à 80 mg, une canette de cola 30 à 40 mg, une canette de boisson énergisante de 250 ml environ 80 mg — mais les formats de 500 ml en contiennent le double, et les boissons dites « extrêmes » bien davantage. S'y ajoutent la taurine, le glucuronolactone et jusqu'à vingt-sept grammes de sucre par canette.
Un peu d'histoire
Le thé est bu en Chine depuis au moins deux mille ans et codifié au VIIIe siècle par Lu Yu dans le Classique du thé ; le café, originaire d'Éthiopie, est adopté par les soufis du Yémen au XVe siècle pour tenir éveillé pendant les prières nocturnes. Les cafés de Constantinople (1554), de Venise, de Londres (1652) et de Paris deviennent des lieux de commerce et de débat que les pouvoirs tentent parfois de fermer. La caféine elle-même est isolée en 1819 par le jeune chimiste Friedlieb Ferdinand Runge, sur une suggestion de Goethe, qui lui avait donné des grains de café.
Le XXe siècle industrialise la molécule : le Coca-Cola de 1886 la contient dès l'origine, les sodas la généralisent, et la boisson énergisante naît en Thaïlande en 1976 avec le Krating Daeng, dont un entrepreneur autrichien fait le Red Bull en 1987. La France l'a interdit jusqu'en 2008 ; l'Union européenne impose depuis 2014 la mention « teneur élevée en caféine, déconseillé aux enfants et aux femmes enceintes », et l'autorité européenne de sécurité des aliments a fixé en 2015 le repère de 400 mg par jour pour un adulte.
La caféine est aujourd'hui la substance psychoactive la plus consommée au monde, et la seule dont l'usage quotidien passe pour parfaitement normal — ce qui n'empêche ni la dépendance, ni les accidents liés aux boissons énergisantes mélangées à l'alcool, ni la caféine en poudre, dont quelques grammes suffisent à tuer.
Sous quelles formes on le rencontre
- Café, thé, maté, chocolat.
- Sodas au cola et boissons énergisantes.
- Comprimés et gommes à mâcher caféinés, poudres pures vendues en ligne — dont une cuillère à café représente une dose potentiellement mortelle.
- Compléments dits « pré-entraînement », dont le dosage n'est pas toujours affiché.
Ce que la personne recherche
La vigilance, la lutte contre le sommeil pendant les révisions ou les soirées, la performance sportive, et un effet de groupe : la canette se partage et se montre. Beaucoup d'adolescents en boivent non pour l'effet mais parce que la marque fait partie du décor.
Les effets indésirables immédiats
- Palpitations, tremblements, sueurs, anxiété, crises d'angoisse.
- Insomnie : la caféine met environ cinq heures à voir sa concentration divisée par deux, davantage chez certains. Une canette à seize heures agit encore à minuit.
- Douleurs abdominales, reflux, diarrhée.
- Mélange avec l'alcool : la caféine masque la sensation d'ivresse sans réduire l'alcoolémie. La personne se croit lucide, boit davantage, conduit. C'est le motif le plus fréquent d'accident lié aux boissons énergisantes.
- Troubles du rythme cardiaque à forte dose, en particulier chez les personnes porteuses d'une anomalie cardiaque méconnue.
Les risques à moyen et long terme
Chez l'adolescent, trois effets sont bien documentés : un sommeil raccourci et de moins bonne qualité, qui retentit sur les apprentissages et l'humeur ; une anxiété entretenue, avec un cercle où la fatigue appelle la caféine qui empêche de dormir ; et l'apport de sucre, qui explique une partie des caries et de la prise de poids. L'arrêt brutal après un usage quotidien provoque un syndrome de sevrage réel — maux de tête, irritabilité, fatigue, difficulté à se concentrer — pendant deux à neuf jours. Il vaut mieux diminuer progressivement.
Une consommation quotidienne d'une ou deux tasses de café n'est pas problématique chez l'adulte. La question posée par les boissons énergisantes est différente : elle porte sur des doses élevées, chez des organismes plus petits, à des heures tardives, et souvent associées à l'alcool.
Comment repérer une consommation
Canettes vides en nombre dans la chambre ou le sac, endormissement très tardif, réveils difficiles, irritabilité et maux de tête les jours sans, palpitations signalées, chute des résultats scolaires par manque de sommeil plutôt que par manque de travail.
Pourquoi l'effet est plus fort chez l'adolescent
À poids égal, la concentration atteinte est plus élevée chez un adolescent que chez un adulte. Surtout, le circuit de la récompense est mature bien avant le cortex préfrontal qui devrait le freiner : l'envie de recommencer est plus forte et le contrôle plus faible, ce qui raccourcit nettement le délai entre le premier usage et l'usage problématique. Une consommation installée avant dix-huit ans multiplie le risque de dépendance à l'âge adulte, quel que soit le produit — y compris pour les substances légales comme la caféine des boissons énergisantes, l'alcool ou la nicotine.
Quand appeler les secours sans hésiter
Perte de connaissance, convulsions, confusion majeure, respiration lente ou irrégulière, lèvres bleues, douleur dans la poitrine, température très élevée, agitation incontrôlable, idées suicidaires. Dans ces situations, on appelle les secours et on dit ce qui a été pris : la prise en charge en dépend, et aucune poursuite ne vise celui qui appelle pour sauver quelqu'un.
