D'où vient ce produit
Ce sont des produits de synthèse fabriqués à partir de précurseurs détournés de l'industrie chimique ou pharmaceutique — d'où la réglementation stricte de certains médicaments contre le rhume dans plusieurs pays. Le speed européen est une pâte ou une poudre très coupée, souvent titrée à moins de 20 %. La méthamphétamine, beaucoup plus puissante et plus durable, circule sous forme de cristaux et progresse en Europe après avoir dominé en Amérique du Nord et en Asie de l'Est.
Un peu d'histoire
L'amphétamine est synthétisée en 1887 à Berlin par le chimiste roumain Lazăr Edeleanu, sans usage ; la méthamphétamine l'est en 1893 au Japon par Nagai Nagayoshi, à partir de l'éphédrine, et obtenue sous forme cristalline en 1919. Il faut attendre 1932 pour qu'un laboratoire américain, Smith, Kline & French, commercialise l'amphétamine comme décongestionnant nasal, la Benzédrine, dont on découvre vite l'effet stimulant.
La Seconde Guerre mondiale en fait un produit de masse : la Wehrmacht distribue des dizaines de millions de comprimés de Pervitin (méthamphétamine) à ses soldats, les Alliés de la Benzédrine, le Japon du Philopon — et le Japon connaît, dès 1945, la première épidémie de dépendance aux stimulants. Dans les années 1950-1960, les amphétamines sont prescrites contre la fatigue, la dépression et pour maigrir, puis sévèrement contrôlées par la convention de l'ONU de 1971.
Elles reviennent sous d'autres formes : la méthamphétamine fabriquée clandestinement, qui ravage l'Amérique rurale dans les années 1990-2000 puis l'Asie du Sud-Est, où elle est aujourd'hui produite par centaines de tonnes ; le captagon (fénéthylline, synthétisée en 1961), devenu la drogue du Moyen-Orient ; et, sur ordonnance, les traitements du trouble de l'attention, dont le mésusage étudiant est le versant moderne.
Sous quelles formes on le rencontre
- Pâte ou poudre, sniffée, avalée dans du papier, parfois injectée.
- Cristaux (ice, crystal), fumés à la pipe ou injectés : montée immédiate, effet sur dix à douze heures.
- Comprimés de médicaments stimulants détournés de leur usage, notamment en période d'examens.
Ce que la personne recherche
Éveil prolongé, disparition de la faim et du sommeil, sensation de rapidité mentale, confiance, endurance physique. En contexte sexuel (chemsex), la méthamphétamine est recherchée pour l'allongement des rapports et la levée des inhibitions. L'effet dure bien plus longtemps que la cocaïne, ce qui déplace le problème : ce n'est pas la prise qui est dangereuse, c'est la nuit blanche qui la suit, et les suivantes.
Les effets indésirables immédiats
- Tachycardie, hypertension, hyperthermie, déshydratation.
- Agressivité, agitation, angoisse majeure.
- Après trente-six à soixante-douze heures sans sommeil, apparition quasi constante d'une psychose induite : idées de persécution, hallucinations visuelles et tactiles, conviction d'être suivi ou d'avoir des insectes sous la peau. Elle cède avec le sommeil, mais peut persister.
- En chemsex, la levée d'inhibition et la durée des rapports augmentent nettement le risque de transmission du VIH et des autres infections sexuellement transmissibles, d'autant que le préservatif est souvent abandonné.
Les risques à moyen et long terme
Dépendance psychique marquée, dépression profonde à l'arrêt, insomnie durable. Les dégâts dentaires de la méthamphétamine sont caractéristiques — bouche sèche, bruxisme, grignotage sucré et hygiène abandonnée conduisent à une destruction dentaire rapide. S'y ajoutent l'amaigrissement, les lésions cutanées de grattage, les troubles cardiaques et un risque durable de rechute psychotique. Par voie injectable, les risques infectieux sont ceux de toute injection.
Comment repérer une consommation
Nuits entières sans dormir suivies de journées de récupération, perte de poids rapide, plaies de grattage sur le visage et les bras, mâchoires crispées, discours accéléré et méfiant, pipes en verre, pailles, nervosité extrême. Détection urinaire : deux à quatre jours, davantage pour la méthamphétamine.
Pourquoi l'effet est plus fort chez l'adolescent
À poids égal, la concentration atteinte est plus élevée chez un adolescent que chez un adulte. Surtout, le circuit de la récompense est mature bien avant le cortex préfrontal qui devrait le freiner : l'envie de recommencer est plus forte et le contrôle plus faible, ce qui raccourcit nettement le délai entre le premier usage et l'usage problématique. Une consommation installée avant dix-huit ans multiplie le risque de dépendance à l'âge adulte, quel que soit le produit — y compris pour les substances légales comme la caféine des boissons énergisantes, l'alcool ou la nicotine.
Quand appeler les secours sans hésiter
Perte de connaissance, convulsions, confusion majeure, respiration lente ou irrégulière, lèvres bleues, douleur dans la poitrine, température très élevée, agitation incontrôlable, idées suicidaires. Dans ces situations, on appelle les secours et on dit ce qui a été pris : la prise en charge en dépend, et aucune poursuite ne vise celui qui appelle pour sauver quelqu'un.
