La prostitution : ce que dit la loi, pays par pays

Interdite et punie de prison ici, réglementée avec vitrines et licences là, tolérée pour la personne mais interdite pour le client ailleurs : trois modèles se partagent le monde. Ce que dit la loi en France depuis 1946 et 2016, ce qui reste légal, le proxénétisme et la traite, et les associations qui aident à en sortir.

Cette page est une page d’information juridique et sociale. Elle ne recense aucun lieu ni service, ne décrit rien et ne conseille rien : elle explique ce que la loi permet, interdit et punit selon les pays, et où trouver de l’aide.

Sortir de la prostitution, ou aider quelqu’un

Mouvement du Nid (délégations dans 30 départements, parcours de sortie), Amicale du Nid, Médecins du Monde (Lotus Bus à Paris, programmes à Nantes, Rouen, Montpellier), Bus des Femmes (Paris), Aux captifs, la libération, Cabiria (Lyon), Grisélidis (Toulouse). Victime de traite ou sous emprise : dispositif Ac.Sé 0 825 009 907, Comité contre l’esclavage moderne 01 44 52 88 90, 17, aide aux victimes 116 006. Mineur en danger : 119. Belgique : Isala, Espace P, PAG-ASA ; Suisse : Aspasie (Genève), Fleur de Pavé (Lausanne), FIZ ; Québec : CLES, La Sortie, 1 833 900-1010.

Trois modèles dans le monde

Presque tous les pays ont une loi sur la prostitution, et presque tous en punissent l’exploitation par un tiers. La différence tient à ce qu’ils font de l’acte lui-même et des deux personnes qu’il implique. On distingue trois grandes familles.

La France : de la loi Marthe Richard à la pénalisation du client

Jusqu’en 1946, la France était réglementariste : les « maisons de tolérance » étaient autorisées, inscrites en préfecture, et leurs pensionnaires soumises à un contrôle médical. La loi du 13 avril 1946, portée par la conseillère de Paris Marthe Richard, a fermé les quelque 1 400 maisons closes du pays (177 à Paris, dont le célèbre One-Two-Two et le Chabanais), et la France a ratifié en 1960 la convention des Nations unies de 1949 qui fait d’elle un pays abolitionniste : les maisons closes sont interdites depuis quatre-vingts ans, et toute proposition de les rouvrir s’est heurtée à ce texte.

Pendant soixante-dix ans, la personne prostituée est pourtant restée punissable pour « racolage » — passif à partir de la loi de 2003. La loi du 13 avril 2016 a renversé la logique : le délit de racolage est abrogé, la personne prostituée n’est plus poursuivie, et c’est désormais le client qui commet une infraction — amende de 1 500 € (contravention de 5e classe), 3 750 € en récidive, avec un stage de sensibilisation ; l’achat d’un acte sexuel à un mineur est un délit puni de trois ans de prison (cinq si le mineur a moins de 15 ans), même commis à l’étranger. La loi a aussi créé le parcours de sortie de la prostitution : accompagnement par une association agréée, allocation financière d’insertion sociale (environ 340 € par mois) et titre de séjour de six mois renouvelable pour les personnes étrangères, sans obligation de porter plainte. Le Conseil constitutionnel (2019) puis la Cour européenne des droits de l’homme (2024) ont validé la loi ; son bilan est débattu — les associations abolitionnistes y voient un recul de la demande, les associations de santé communautaire une mise en danger par le report vers des lieux isolés et Internet, où se fait aujourd’hui l’essentiel des contacts.

Les chiffres, par nature incertains : 30 000 à 40 000 personnes se prostituent en France selon les estimations les plus citées (Fondation Scelles, Mouvement du Nid), à 85 % des femmes, très majoritairement étrangères (Nigeria, Chine, Roumanie, Bulgarie, Amérique latine), et une part croissante de mineurs — 10 000 à 15 000 selon le gouvernement, souvent recrutés par des « proxénètes de cité » via les réseaux sociaux. Les lieux de prostitution de rue que la presse cite le plus souvent — le bois de Boulogne et le bois de Vincennes à Paris, certains boulevards de Lyon, Marseille ou Nice — sont connus depuis le XIXe siècle ; s’y rendre comme client expose, depuis 2016, à la contravention, à un contrôle et à l’inscription au fichier des antécédents.

Le proxénétisme : ce que la loi punit

Le proxénétisme, c’est le fait d’aider, de protéger, de tirer profit ou de faire pression sur la prostitution d’autrui (articles 225-5 et suivants du code pénal) : 7 ans de prison et 150 000 € d’amende ; 10 ans et 1,5 million quand la victime est mineure, vulnérable, ou qu’il y a violence, contrainte ou pluralité de victimes ; 20 ans et 3 millions en bande organisée ; la réclusion à perpétuité avec tortures. Le « proxénétisme hôtelier » (tenir ou louer un lieu en sachant qu’il sert à la prostitution) est puni des mêmes 10 ans, ce qui explique pourquoi hôteliers, bailleurs et plateformes de location sont poursuivis. Vivre avec une personne prostituée sans pouvoir justifier de ses propres ressources est présumé proxénétisme. Le conjoint, le petit ami, le « protecteur » qui prend l’argent est un proxénète au sens de la loi, quels que soient les sentiments.

La traite des êtres humains

Recruter, transporter, héberger ou accueillir une personne pour l’exploiter — par la contrainte, la tromperie, l’abus d’une situation de vulnérabilité ou le paiement d’un tiers — est la traite des êtres humains, définie par le protocole de Palerme (2000), la directive européenne de 2011 et l’article 225-4-1 du code pénal : 7 ans et 150 000 €, 10 ans si la victime est mineure ou vulnérable, 20 ans en bande organisée. Les associations accompagnent en France près de 3 000 victimes par an (enquête MIPROF), aux trois quarts pour exploitation sexuelle : jeunes Nigérianes liées par le serment du juju et une « dette » de 30 000 à 60 000 €, Roumaines et Bulgares sous la coupe de « loverboys », Chinoises dans les salons de massage, femmes trans d’Amérique latine, et de plus en plus de mineures françaises. La loi protège la victime qui se fait connaître : délai de réflexion de 30 jours, titre de séjour « vie privée et familiale » d’un an renouvelable en cas de plainte ou de témoignage (article L. 425-1 du CESEDA), mise à l’abri par le dispositif Ac.Sé loin de la ville où elle était exploitée, et immunité pour les infractions commises sous la contrainte. La page L’esclavage aujourd’hui replace la traite dans son histoire.

Santé et sécurité

Les personnes prostituées cumulent les risques : infections sexuellement transmissibles (le dépistage est gratuit et anonyme dans les CeGIDD, la PrEP et le traitement post-exposition sont accessibles à tous), violences (une personne sur deux dit avoir subi une agression physique dans l’année, selon les enquêtes de Médecins du Monde), précarité, consommation de produits, troubles psychiques. Les associations de santé communautaire — Médecins du Monde, Cabiria, Grisélidis, Le Bus des Femmes, Acceptess-T pour les personnes trans — proposent soins, dépistage, préservatifs et accompagnement sans condition ; les associations abolitionnistes, Mouvement du Nid et Amicale du Nid, l’accompagnement vers la sortie. Les deux réseaux, qui s’opposent sur la loi, se rejoignent sur un point : personne ne doit rester seul avec ce qu’il vit. Du côté du client, la page Infections sexuellement transmissibles et celle sur le consentement rappellent l’essentiel ; et Zéromacho, réseau d’hommes engagés contre la prostitution, s’adresse à ceux qui s’interrogent.

Et ailleurs : le tableau par pays

Les fiches pays de la rubrique Pays et la page sur l’esclavage aujourd’hui complètent cette page ; la rencontre dans la vraie vie, elle, parle d’autre chose.

Page vérifiée en septembre 2026. Les données citées peuvent évoluer.

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