D'où vient ce produit
La kétamine est un anesthésique vétérinaire et humain, détourné de circuits médicaux légaux ou produit en Asie du Sud-Est. Le GHB est un produit de synthèse ; la GBL, son précurseur industriel, est un solvant vendu comme détachant ou nettoyant de jantes, que l'organisme transforme en GHB en quelques minutes — c'est le même produit, en plus concentré et en moins contrôlable.
Un peu d'histoire
La kétamine est synthétisée en 1962 par Calvin Stevens chez Parke-Davis, comme remplaçant de la phencyclidine (PCP) jugée trop délirogène ; testée sur des prisonniers volontaires en 1964, autorisée en 1970, elle devient l'anesthésique des champs de bataille du Vietnam, parce qu'elle ne fait pas chuter la tension ni s'arrêter la respiration. Elle reste aujourd'hui sur la liste des médicaments essentiels de l'OMS. Son usage détourné commence dès les années 1970 sur la côte ouest américaine, puis dans les clubs des années 1990 sous le nom de « Special K ». Depuis 2019, une forme nasale, l'eskétamine, est autorisée contre les dépressions résistantes.
Le GHB a une histoire plus ancienne : synthétisé en 1874 par le chimiste russe Alexandre Zaïtsev, il n'est étudié qu'en 1960-1961 par Henri Laborit, à Paris, qui cherche un anesthésique proche du neurotransmetteur GABA. Vendu comme complément pour bodybuilders dans les années 1980, interdit par la FDA en 1990 après des comas, il devient dans les années 1990 la « drogue du viol » des faits divers, puis la drogue de « chemsex » et des clubs, souvent sous la forme de son précurseur industriel, le GBL.
Les deux produits sont classés stupéfiants au niveau international depuis 2001 pour le GHB, et contrôlés pays par pays pour la kétamine ; l'un et l'autre ont gardé un usage médical légitime, ce qui explique qu'ils circulent facilement.
Sous quelles formes on le rencontre
- Kétamine : poudre blanche sniffée, plus rarement solution injectée.
- GHB : liquide salé ou poudre, avalé, dosé à la pipette ou au bouchon.
- GBL : liquide incolore au goût chimique, extrêmement concentré. Un millilitre de trop fait la différence entre l'effet recherché et le coma.
Ce que la personne recherche
Pour la kétamine, une dissociation : le corps s'éloigne, les sensations se déforment, le temps se délite. Pour le GHB, un effet proche de l'alcool sans la fatigue : euphorie, désinhibition, effet aphrodisiaque recherché. Les deux sont très présents dans les milieux festifs et dans le chemsex.
Les effets indésirables immédiats
- Kétamine : perte de coordination et de repères, chutes, incapacité à parler ou à bouger (« K-hole »), vomissements avec risque d'inhalation, angoisse aiguë.
- GHB et GBL : la courbe dose-effet est presque verticale. Un demi-millilitre sépare la désinhibition du coma. Le « G-hole » est une perte de connaissance brutale, avec relâchement musculaire, vomissements et arrêt respiratoire possible. L'association à l'alcool multiplie le risque.
- Ce sont les deux produits les plus retrouvés dans les cas de soumission chimique : incolores, rapidement actifs, ils effacent en partie le souvenir. En cas de doute, il existe un dispositif de dépistage adapté dans les services d'urgence : il faut consulter vite, car les délais de détection urinaire sont courts, souvent moins de douze heures pour le GHB.
Les risques à moyen et long terme
La kétamine régulière détruit la vessie : envies fréquentes, douleurs, saignements, parfois une vessie réduite à quelques dizaines de millilitres et un recours chirurgical chez des personnes très jeunes. Elle provoque aussi des douleurs abdominales violentes et des troubles de la mémoire. Le GHB installe une dépendance physique authentique, dont le sevrage — agitation, insomnie totale, hallucinations, convulsions — est une urgence médicale qui ne s'improvise pas à domicile.
Comment repérer une consommation
Petits flacons de liquide incolore, pipettes ou seringues sans aiguille, réveils sans souvenir de la fin de soirée, chutes inexpliquées, troubles urinaires chez un jeune adulte, désorientation brève et répétée.
Pourquoi l'effet est plus fort chez l'adolescent
À poids égal, la concentration atteinte est plus élevée chez un adolescent que chez un adulte. Surtout, le circuit de la récompense est mature bien avant le cortex préfrontal qui devrait le freiner : l'envie de recommencer est plus forte et le contrôle plus faible, ce qui raccourcit nettement le délai entre le premier usage et l'usage problématique. Une consommation installée avant dix-huit ans multiplie le risque de dépendance à l'âge adulte, quel que soit le produit — y compris pour les substances légales comme la caféine des boissons énergisantes, l'alcool ou la nicotine.
Quand appeler les secours sans hésiter
Perte de connaissance, convulsions, confusion majeure, respiration lente ou irrégulière, lèvres bleues, douleur dans la poitrine, température très élevée, agitation incontrôlable, idées suicidaires. Dans ces situations, on appelle les secours et on dit ce qui a été pris : la prise en charge en dépend, et aucune poursuite ne vise celui qui appelle pour sauver quelqu'un.
