L’infidélité : comprendre, décider, réparer

Découvrir, avouer ou vivre avec : ce que l’on sait de l’infidélité, ce qu’elle dit — et ne dit pas — d’un couple, les questions utiles pour décider de la suite, et ce que le droit en fait selon les pays.

De quoi parle-t-on ?

L’infidélité n’a pas de définition universelle : c’est la rupture d’une règle que le couple s’est donnée, explicitement ou non. Pour la plupart des couples, cette règle est l’exclusivité sexuelle ; pour beaucoup, elle inclut aussi l’exclusivité affective — une relation intime sans contact physique, entretenue en secret, est vécue comme une trahison au même titre. Les échanges en ligne, les messages effacés, les comptes cachés ont déplacé la frontière sans la supprimer : la question n’est pas « y a-t-il eu un rapport », mais « aurais-je fait cela devant ma ou mon partenaire ». Le secret est, à peu près partout, le vrai critère.

Cela suppose que la règle existe. Beaucoup de couples ne l’ont jamais formulée, et découvrent à l’occasion d’un « ce n’est rien » qu’ils n’avaient pas la même. La conversation qui vient trop tard est celle que l’on n’a pas eue au début : ce que chacun considère comme tromper.

Combien de couples, et pourquoi

Les chiffres qui circulent viennent souvent de sondages commandés par des sites de rencontre extraconjugale, et ils gonflent. Les enquêtes de population sérieuses, qui posent la question de façon anonyme et sur toute la durée d’une union, donnent des ordres de grandeur plus modestes : entre une personne sur dix et une sur quatre déclare avoir eu au moins une relation en dehors de son couple, les hommes davantage que les femmes, l’écart se resserrant dans les générations récentes. Sur une année donnée, c’est bien moins. Autrement dit : c’est fréquent, ce n’est pas la norme, et le sentiment que « tout le monde le fait » ne résiste pas aux données.

Les motifs, eux, sont mieux connus que les proportions. Quand on interroge les personnes concernées, huit ressorts reviennent : la colère et le désir de rendre la pareille, un manque d’amour ou de désir dans le couple, le sentiment d’être négligé, un engagement faible dès le départ, le besoin d’être désiré et rassuré sur soi, la recherche de variété, une occasion qui s’est présentée — l’alcool, le voyage, la distance —, et parfois, tout simplement, un désir sexuel non satisfait. Une infidélité motivée par la colère ou par une relation déjà vidée n’annonce pas la même suite qu’une infidélité d’occasion dans un couple par ailleurs solide. Comprendre le ressort ne l’excuse pas, mais c’est la première chose que le couple devra regarder s’il veut continuer.

Ce qu’elle fait à celui ou celle qui la découvre

La découverte d’une infidélité produit des réactions qui ressemblent à celles d’un traumatisme : pensées intrusives, images, réveils nocturnes, hypervigilance sur le téléphone et les horaires, perte d’appétit, impression que tout le passé est à réinterpréter. C’est normal, et cela dure des semaines, parfois des mois. Deux réflexes aggravent les choses : exiger tous les détails — chaque détail devient une image de plus à ressasser — et prendre une décision définitive dans les premiers jours. Deux gestes aident : mettre des mots sur ce que l’on ressent avec quelqu’un d’extérieur au couple, et prendre soin de sa santé — un dépistage des infections est légitime, et il se fait sans commentaire.

Faut-il l’avouer ?

Les thérapeutes ne sont pas d’accord entre eux, et c’est le signe qu’il n’y a pas de bonne réponse générale. Trois repères tout de même. Mentir à une question directe fait plus de dégâts que l’infidélité elle-même : c’est le mensonge, découvert plus tard, qui rend la confiance impossible à reconstruire. Avouer pour se soulager d’une culpabilité, en laissant l’autre porter le poids, n’est pas un cadeau. Et une relation qui se poursuit en secret n’est pas une relation de couple, quoi que l’on se raconte : le choix réel n’est pas entre avouer et se taire, il est entre y mettre fin et continuer.

Rester ou partir : les questions utiles

« Est-ce que je peux pardonner ? » est une question sans réponse au moment où on se la pose. D’autres sont plus praticables :

Réparer, si c’est le choix

Les couples qui traversent une infidélité et en sortent plus solides existent, et ils suivent à peu près le même chemin. D’abord la fin réelle de la relation extérieure, y compris les contacts « amicaux ». Puis une période où la personne infidèle répond aux questions — pas aux détails, aux questions : pourquoi, depuis quand, ce que cela représentait — et accepte que la confiance se mérite à nouveau, sans date de fin annoncée. Ensuite seulement, la conversation sur ce qui n’allait pas dans le couple, qui n’est pas une conversation sur la faute. Un thérapeute de couple sert précisément à tenir cet ordre : sans lui, la conversation sur le couple arrive trop tôt et sonne comme une justification. Compter un à deux ans avant que la découverte cesse d’être le premier sujet ; le pardon, quand il vient, n’est pas l’oubli, c’est le moment où l’on cesse de s’en servir comme argument.

Et le droit ?

Cela dépend entièrement du pays. Dans les pays qui ne connaissent que le divorce sans faute, l’infidélité n’a aucune conséquence juridique : ni sur la garde des enfants, ni sur le partage des biens, ni sur une éventuelle pension. Dans ceux qui ont conservé un divorce pour faute, l’adultère peut en être un motif, avec parfois des conséquences financières, et la preuve — constats, messages, témoignages — obéit à des règles strictes qui rendent certains moyens irrecevables ou illégaux. Dans un troisième groupe de pays, l’adultère reste une infraction pénale, parfois lourdement punie, et pour l’un des deux sexes plus que pour l’autre : c’est à savoir avant de s’installer ou de voyager en couple. Les détails, pays par pays, sont dans les fiches pays du divorce.

Quand c’est plus que l’infidélité

Une infidélité répétée accompagnée de mensonges élaborés, de dettes cachées ou d’un contrôle de l’autre — surveillance, isolement, reproches inversés — n’est plus une question de fidélité, c’est une question de violence dans le couple. À l’inverse, la jalousie qui précède ou qui suit, quand elle devient surveillance permanente, a sa propre page. Et quand la personne infidèle décrit un comportement qu’elle ne contrôle pas — relations compulsives, prises de risque répétées —, c’est un motif de consultation plus qu’un motif de dispute.

Questions fréquentes

Une relation uniquement en ligne, est-ce tromper ?

Si elle est intime, entretenue et cachée, la plupart des partenaires la vivent comme telle, et les thérapeutes la traitent comme telle. Le critère n’est pas le contact physique mais le secret et l’investissement affectif retiré au couple.

Faut-il en parler aux proches, aux enfants ?

Aux proches, le moins possible tant que la décision n’est pas prise : ils se souviendront de l’infidélité longtemps après que vous l’aurez dépassée, et ils prendront parti. Aux enfants, jamais les détails, et pas l’identité du tiers ; s’ils ont compris quelque chose, une phrase simple sur le fait que les parents traversent une difficulté qui les concerne eux seuls.

Le couple s’en remet-il, en général ?

Une partie importante des couples reste ensemble, et une partie de ceux-là dit aller mieux qu’avant quelques années plus tard. Ce qui pèse le plus dans les études n’est pas la gravité des faits mais la manière dont ils ont été reconnus : les infidélités découvertes par hasard et niées jusqu’au bout laissent beaucoup moins de couples debout que celles qui ont été avouées.

Peut-on engager un détective ou lire le téléphone de l’autre ?

Lire le téléphone de quelqu’un sans son accord est, dans la plupart des pays, une atteinte à la vie privée, et une preuve obtenue ainsi peut être écartée par un juge — voire vous exposer vous-même. Les règles varient beaucoup ; les fiches pays du divorce et de la vie privée les précisent.

Pour aller plus loin

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