Ce que la température mesure
Après l'ovulation, le follicule rompu se transforme en corps jaune et sécrète de la progestérone. Cette hormone a un effet thermogène : elle relève le niveau de base de la température corporelle de 0,2 à 0,5 °C. Le décalage est faible, mais il est net sur une courbe, et il persiste jusqu'à la veille des règles suivantes.
Il faut mesurer ici la portée exacte de ce signe. Une montée de température confirme qu'une ovulation a eu lieu. Elle ne dit rien de la veille, encore moins des quatre jours précédents — pendant lesquels des spermatozoïdes ont pu être déposés et attendre. Le plateau thermique arrive toujours trop tard pour protéger l'entrée de la fenêtre fertile, et c'est sa limite structurelle, pas un défaut de technique.
Le relevé, geste par geste
- Au réveil, avant de se lever, avant de boire, de parler longuement ou de se déplacer.
- Après au moins trois heures de sommeil continu. En dessous, la mesure ne veut rien dire.
- Toujours au même endroit : buccal, vaginal ou rectal. Les valeurs ne sont pas interchangeables, changer de site en cours de cycle rend la courbe illisible.
- Avec un thermomètre à deux décimales, gardé d'un cycle à l'autre.
- À heure à peu près stable. Un décalage d'une heure suffit à déplacer la valeur de quelques centièmes.
- En notant les perturbations le jour même : nuit courte, alcool la veille, fièvre, rhume, réveil nocturne, voyage, prise d'un médicament.
La règle des trois jours
On considère l'ovulation confirmée lorsque trois températures consécutives dépassent les six précédentes, la troisième étant supérieure d'au moins 0,2 °C à la plus haute de ces six. La phase infertile commence alors le soir du troisième jour, et se poursuit jusqu'aux règles.
Les valeurs manifestement perturbées peuvent être écartées du calcul — à condition de l'avoir noté le jour même, et non de l'expliquer après coup parce que la courbe dérange.
Efficacité
Utilisée seule et en limitant les rapports à la seule phase post-ovulatoire, la méthode est très sûre : la fenêtre fertile est alors entièrement évitée. Mais elle impose l'abstinence sur la moitié du cycle, et rares sont les couples qui s'y tiennent durablement.
Utilisée seule mais avec des rapports en début de cycle, elle devient nettement moins fiable, puisque rien n'y signale l'approche de l'ovulation. C'est cette pratique-là qui explique les taux d'échec élevés parfois attribués à la méthode.
En pratique, la température se conçoit donc comme un composant, pas comme une méthode complète : associée à l'observation de la glaire, elle forme la symptothermie, dont l'efficacité est d'un autre ordre.
Ce qu'une courbe apprend au-delà de la contraception
Trois ou quatre cycles de relevés donnent des informations utiles bien au-delà de la question contraceptive : l'ovulation a-t-elle lieu, la phase lutéale est-elle de longueur normale (12 à 16 jours), les cycles sont-ils réguliers. C'est une raison fréquente de commencer une courbe — y compris quand on cherche au contraire à concevoir, ou avant une consultation pour infertilité.
Ne pas se fier à la température seule
Fièvre, nuit hachée, décalage horaire, alcool, travail posté, jeune enfant qui réveille : la courbe se brouille vite. Un cycle peut aussi être anovulatoire sans que rien ne le signale à l'avance. La température ne protège d'aucune infection sexuellement transmissible.
