L'infection
L'hépatite B est due à un virus qui infecte le foie. Il est extrêmement contagieux : la charge virale dans le sang peut être des centaines de fois supérieure à celle du VIH, et une quantité infime de sang suffit à transmettre l'infection. À l'échelle mondiale, la transmission de la mère à l'enfant à la naissance et les contaminations dans la petite enfance restent les modes dominants ; dans les pays à forte couverture vaccinale, la transmission sexuelle et par le sang prédomine.
Les points clés
| Agent | Virus de l'hépatite B, virus à ADN |
|---|---|
| Incubation | 6 semaines à 6 mois |
| Contagiosité | Très élevée, nettement supérieure à celle du VIH |
| Délai de dépistage | Antigène HBs détectable en général à partir de 4 à 6 semaines |
| Passage à la chronicité | Environ 5 % chez l'adulte, jusqu'à 90 % chez le nouveau-né |
| Guérison | Le plus souvent spontanée chez l'adulte ; la forme chronique se contrôle sans se guérir |
| Vaccin | Oui, très efficace, en trois doses |
Comment elle se transmet
Le virus se transmet par le sang, les rapports sexuels non protégés, et de la mère à l'enfant à l'accouchement. Le partage de matériel d'injection, de matériel de tatouage ou de piercing mal stérilisé, et même le partage d'objets de toilette comme un rasoir ou une brosse à dents, peuvent suffire. Le virus survit plusieurs jours sur des surfaces, ce qui explique sa transmission par des objets contaminés.
Les symptômes
L'infection aiguë passe inaperçue dans la majorité des cas. Lorsqu'elle est symptomatique, elle associe fatigue intense, nausées, douleurs abdominales, urines foncées et jaunisse, plusieurs semaines à plusieurs mois après la contamination. L'hépatite chronique est silencieuse pendant des années, parfois des décennies, et ne se manifeste qu'au stade des complications : c'est pourquoi elle est si souvent découverte fortuitement.
Le dépistage
Le dépistage repose sur trois marqueurs sanguins lus ensemble : l'antigène HBs, qui signe une infection en cours ; les anticorps anti-HBc, qui témoignent d'un contact passé ou présent avec le virus ; et les anticorps anti-HBs, qui traduisent une protection, par vaccination ou par guérison. C'est la combinaison des trois qui permet de dire si une personne est infectée, guérie, vaccinée ou réceptive. Le dépistage est systématique pendant la grossesse.
Le traitement
L'hépatite aiguë ne se traite généralement pas : elle guérit spontanément dans plus de neuf cas sur dix chez l'adulte. L'hépatite chronique se traite par antiviraux, ténofovir ou entécavir, qui bloquent la réplication du virus, préviennent la cirrhose et réduisent le risque de cancer du foie — mais ne l'éliminent pas et doivent souvent être pris à vie. Une surveillance régulière du foie est nécessaire même sans traitement.
Sans traitement
L'hépatite chronique évolue vers la fibrose puis la cirrhose, et expose au carcinome hépatocellulaire, qui peut survenir même sans cirrhose. Ce risque justifie une surveillance échographique régulière chez les porteurs chroniques. Le nouveau-né infecté à la naissance devient porteur chronique dans la très grande majorité des cas, d'où l'importance du dépistage pendant la grossesse.
La prévention
- La vaccination est la mesure la plus efficace : trois doses confèrent une protection durable, le plus souvent à vie.
- Elle est intégrée au calendrier vaccinal du nourrisson dans la plupart des pays, et obligatoire dans plusieurs d'entre eux.
- Le préservatif protège lors des rapports ; ne pas partager rasoirs, brosses à dents ni matériel d'injection.
- Après une exposition, une injection de vaccin et d'immunoglobulines dans les 48 heures prévient l'infection.
Après un diagnostic
- Faire dépister et vacciner l'entourage proche et les partenaires : c'est la mesure la plus utile.
- En cas d'infection chronique, un suivi régulier du foie est nécessaire même sans symptôme ni traitement.
- Signaler l'infection à tout soignant avant un geste invasif.
- Une grossesse chez une femme porteuse impose une prise en charge du nouveau-né dès la naissance, très efficace.
À retenir
Un vaccin reçu dans l'enfance protège en général à vie, sans rappel nécessaire. En cas de doute sur votre statut, un simple dosage des anticorps permet de savoir si vous êtes protégé.
Un peu d'histoire
Les jaunisses épidémiques sont connues depuis l'Antiquité, mais l'idée qu'une jaunisse puisse se transmettre par le sang naît en 1883 à Brême : après une campagne de vaccination contre la variole avec de la lymphe humaine, près de 200 ouvriers d'un chantier naval font une hépatite, ce que le médecin Lürman rapporte en 1885. En 1942, des dizaines de milliers de soldats américains vaccinés contre la fièvre jaune avec un vaccin stabilisé au sérum humain tombent malades : « l'hépatite sérique » est désormais distinguée de l'hépatite « épidémique » (l'hépatite A).
Le virus se laisse approcher par hasard. En 1965, Baruch Blumberg, qui étudie les protéines du sang de populations du monde entier, trouve dans le sérum d'un Aborigène australien un antigène inconnu, qu'il appelle « antigène Australia » : c'est l'enveloppe du virus de l'hépatite B. La particule complète est photographiée par David Dane en 1970. Blumberg reçoit le prix Nobel en 1976, et le dépistage systématique des dons de sang fait reculer la transmission transfusionnelle.
Le premier vaccin, fabriqué à partir du plasma de porteurs chroniques, est autorisé en 1981 ; le vaccin recombinant, produit par des levures génétiquement modifiées, le remplace dès 1986 — c'est, par le cancer du foie qu'il prévient, le premier vaccin anticancéreux. L'OMS recommande la vaccination de tous les nourrissons depuis 1992. Les antiviraux (lamivudine 1998, ténofovir 2008) contrôlent l'infection chronique sans encore la guérir.
La situation pays par pays
Les traitements sont les mêmes partout, mais l'accès, les programmes de prévention, la gratuité et les structures compétentes changent entièrement d'un pays à l'autre. Chaque pays ci-dessous a sa propre fiche.
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