En urgence
Enfant en danger : 17 ou 112. Doute, confidence, inquiétude : 119 (Allô enfance en danger, gratuit, 24 h/24, n’apparaît pas sur les factures). Harcèlement, chantage à la photo intime, contenu choquant en ligne : 3018 (e-Enfance, 9 h–23 h, application 3018 pour transmettre les captures). Signaler un contenu ou un compte : PHAROS (internet-signalement.gouv.fr) et Point de Contact. Enfant disparu : 116 000.
Ce que cette page fait, et ne fait pas
Elle est écrite pour les parents. Elle ne décrit aucun acte ; elle décrit des mécanismes — comment un adulte s’approche d’un enfant, comment il obtient son silence, par quels canaux il passe — parce que c’est ce qu’il faut connaître pour protéger. Les chiffres viennent de la CIIVISE (commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, rapport de novembre 2023), de la CIASE (Église, 2021), de l’OMS et des rapports d’Europol. Un point d’abord, parce qu’il change tout : dans plus de huit cas sur dix, l’agresseur est un proche — famille, beau-parent, ami de la famille, voisin, encadrant — et non un inconnu. La CIIVISE estime à 160 000 enfants le nombre de victimes chaque année en France, et à 5,5 millions le nombre d’adultes qui l’ont été dans leur enfance ; un peu plus de la moitié des violences sont commises au sein de la famille. Internet n’a pas créé le danger ; il lui a ouvert une porte de plus.
Comment opèrent les prédateurs
Les spécialistes parlent de grooming — « mise en condition ». La séquence est presque toujours la même, en ligne comme dans la vie : repérer un enfant un peu isolé ou en conflit avec ses parents ; devenir le confident, celui qui écoute et comprend « mieux que les adultes » ; offrir des cadeaux, des crédits de jeu, de l’attention ; installer un secret partagé (« ça reste entre nous ») ; tester progressivement les limites ; puis retourner la culpabilité (« si tu le dis, c’est toi qui auras des ennuis, tes parents seront déçus »). Le secret et l’isolement sont les deux leviers ; c’est eux qu’il faut casser, et non l’enfant qu’il faut effrayer.
En ligne, deux variantes dominent aujourd’hui. La première est le grooming classique par messages privés : un inconnu qui se fait passer pour un adolescent, sur un jeu (Roblox, Fortnite, Minecraft), une messagerie (Snapchat, Discord, WhatsApp) ou un réseau (Instagram, TikTok), puis qui pousse vers une application plus discrète et vers l’envoi d’images. La seconde est la sextorsion, en très forte hausse chez les garçons de 13 à 17 ans : une « fille » obtenue en quelques heures envoie une image intime, en réclame une en retour, puis exige de l’argent sous menace de tout diffuser aux contacts. Le NCMEC américain a reçu plus de 26 000 signalements de sextorsion financière en 2023 ; plusieurs suicides d’adolescents y sont liés. La règle à transmettre : on ne paie jamais, on ne supprime rien, on en parle tout de suite, et ce n’est pas ta faute.
Dans la vie réelle, les lieux à risque sont ceux où un adulte a autorité et intimité avec des enfants sans autre adulte : sport (l’association Colosse aux pieds d’argile a recensé des centaines d’affaires dans les clubs), colonies, cours particuliers, institutions religieuses — la CIASE a estimé à 216 000 le nombre de victimes de clercs et religieux en France entre 1950 et 2020 —, et surtout la famille élargie. Les signaux chez l’enfant sont indirects : changement brutal de comportement, refus soudain d’aller quelque part ou de voir quelqu’un, cauchemars, régression (pipi au lit), connaissances sexuelles inadaptées à l’âge, cadeaux ou argent inexpliqués, secret autour d’un adulte ou d’un compte. Aucun de ces signes ne prouve rien ; leur accumulation doit faire parler.
Quels réseaux sociaux, à quel âge
Les conditions d’utilisation de presque tous les réseaux fixent 13 ans minimum — une règle née d’une loi américaine sur les données (COPPA), pas d’une réflexion sur la maturité. En France, la loi du 7 juillet 2023 instaure une majorité numérique à 15 ans : en dessous, l’inscription exige l’accord d’un parent — le texte attend encore ses décrets pour être pleinement appliqué. La commission « écrans » remise au président en avril 2024 recommande : pas de téléphone avant 11 ans, pas de smartphone connecté avant 13, pas de réseaux sociaux avant 15, et aucun écran avant 3 ans. L’Australie interdit depuis le 10 décembre 2025 les comptes de réseaux sociaux aux moins de 16 ans, à la charge des plateformes ; plusieurs pays européens étudient la même voie.
| Réseau ou jeu | Âge des CGU | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| 13 | Comptes « ados » (2024) privés par défaut avec messages limités aux abonnés ; supervision parentale possible. C’est le réseau le plus cité dans les enquêtes récentes (voir plus bas). | |
| Snapchat | 13 | Messages éphémères — les captures disparaissent, les preuves aussi ; carte de localisation à désactiver (« mode fantôme ») ; Family Center pour voir les contacts. |
| TikTok | 13 | Comptes 13-15 privés par défaut, messages privés désactivés avant 16 ; « mode connexion famille » (Family Pairing). |
| Discord | 13 | Serveurs ouverts, messages privés avec des inconnus, pas de supervision native efficace : réservé aux plus grands, avec des serveurs connus. |
| 13 (16 en Europe jusqu’en 2024) | Groupes : n’importe qui peut y ajouter l’enfant si le paramètre n’est pas restreint aux contacts. | |
| Roblox, Fortnite, Minecraft | Pas de minimum réel | Le chat est le point d’entrée le plus fréquent des approches avant 12 ans : désactiver le chat avec les inconnus, jouer dans la pièce commune. |
| YouTube | 13 (YouTube Kids sans âge) | Le problème est moins le contact que les contenus et les commentaires ; YouTube Kids ou compte supervisé. |
Instagram, en particulier. En juin 2023, une enquête du Wall Street Journal avec le Stanford Internet Observatory et l’université du Massachusetts a montré que les algorithmes de recommandation d’Instagram mettaient en relation des réseaux de comptes qui vendaient des images d’abus, et suggéraient ces comptes entre eux. Meta a créé une cellule dédiée et supprimé des dizaines de milliers de comptes ; le procureur général du Nouveau-Mexique a poursuivi Meta en décembre 2023, et une quarantaine d’États américains l’attaquent sur les effets de ses plateformes sur les mineurs. La leçon pour un parent n’est pas « Instagram est interdit », c’est : un compte d’adolescent doit être privé, ses messages fermés aux inconnus, et l’enfant doit savoir qu’un adulte qui demande une photo, un secret ou de changer d’application est un signal d’alarme, quel que soit son âge affiché.
Le contrôle parental qui sert vraiment
Les outils ne remplacent pas la conversation, mais ils suppriment les occasions. Trois couches :
- L’appareil. Google Family Link (Android), Temps d’écran (iPhone, iPad), Microsoft Family Safety (Windows, Xbox), les réglages des consoles (PlayStation, Nintendo Switch) : limites horaires, validation des installations, filtrage, localisation. Depuis juillet 2024, en France, tout appareil vendu propose l’activation du contrôle parental à la première mise en route (loi du 2 mars 2022).
- Le réseau et les applications. Le contrôle parental gratuit des opérateurs (box et mobile), les filtres DNS familiaux (par exemple CleanBrowsing), et surtout les paramètres de chaque application : compte privé, messages réservés aux amis, localisation coupée, commentaires filtrés. Les applications payantes (Qustodio, Xooloo, Bark) ajoutent l’alerte sur les mots-clés et la supervision des messages.
- Les règles de la maison. Pas d’écran dans la chambre la nuit ; on ne parle pas en privé à quelqu’un qu’on n’a jamais vu ; on n’envoie jamais de photo de soi en maillot, en pyjama ou dans la salle de bains, même à un « ami » ; on n’installe rien sans demander ; et — le plus important — on peut tout raconter, on ne sera jamais puni pour avoir parlé. Un enfant qui craint de perdre sa console s’il avoue avoir parlé à un inconnu se tait ; c’est exactement ce sur quoi le prédateur compte.
Deux précisions. La surveillance secrète (lire les messages à l’insu de l’adolescent) fonctionne mal : quand elle est découverte, elle détruit la confiance qui protège mieux que n’importe quel logiciel ; annoncer la supervision et l’alléger avec l’âge marche mieux. Et l’éducation au corps commence tôt, sans dramatiser : les parties intimes, le droit de dire non à un bisou ou à un câlin, la différence entre un secret « surprise » (qui rend heureux et finit par se dire) et un secret « qui fait mal » (qui doit toujours être raconté). Les programmes scolaires d’éducation à la vie affective, obligatoires en France depuis la rentrée 2025, reprennent ces notions.
Les codes et le jargon à reconnaître
Les pédocriminels communiquent sur des plateformes publiques avec un vocabulaire codé, documenté par les enquêteurs, Europol et les chercheurs de Stanford. Le connaître sert à un parent à reconnaître une conversation ou un profil suspects — pas à autre chose, et les termes changent régulièrement.
- « Cheese pizza » et l’émoji pizza ou fromage, pour les initiales anglaises « CP », désignent les images d’abus. C’est cet usage réel, repéré par la police américaine dès les années 2010, qui a été détourné en 2016 par la théorie complotiste « Pizzagate » — laquelle, elle, est sans aucun fondement : aucun réseau n’a jamais existé dans la pizzeria visée, et un homme armé y a tiré en décembre 2016. Distinguer le code documenté de la fable est essentiel.
- « MAP » (minor-attracted person), « NOMAP », le drapeau associé et l’émoji carte : auto-désignation de personnes attirées par les enfants, présente sur certains réseaux malgré les interdictions.
- Des mots-clés apparemment innocents et des émojis en série (fruits, chaussures d’enfant, certains chiffres indiquant un âge), des hashtags déformés d’une lettre, des liens « dropbox », « mega » ou « tele » promis en privé : c’est ce mélange qu’ont mis en évidence les chercheurs de Stanford sur Instagram et X.
- Dans les jeux et les messageries : « ASL ? » (age, sex, location), « t’es seul(e) ? », « tes parents regardent ? », la proposition rapide de « passer sur Snap/Telegram/Discord », les compliments physiques insistants, les cadeaux virtuels (Robux, V-Bucks) « pour être gentil ».
Réseaux démantelés, dark web et l’affaire Epstein
Les grandes affaires récentes montrent deux réalités qui coexistent. D’un côté des réseaux numériques anonymes sur le dark web : « Welcome to Video » (Corée du Sud, fermé en 2019, 337 arrestations dans 38 pays, paiements en bitcoins), « Boystown » (fermé par l’Allemagne en 2021, plus de 400 000 comptes), les opérations coordonnées d’Europol et d’Interpol qui identifient chaque année des milliers de victimes à partir d’images. Les images ne « circulent » pas seulement : chacune est la trace d’un enfant réel, et les enquêteurs travaillent d’abord à le retrouver. De l’autre, des agresseurs de l’entourage qui agissent seuls pendant des décennies : en France, le chirurgien Joël Le Scouarnec a été condamné en mai 2025 à vingt ans de réclusion pour des viols et agressions sur 299 patients, presque tous des enfants, entre 1989 et 2014 — des faits connus de sa hiérarchie pour partie, et jamais arrêtés.
L’affaire Epstein tient des deux. Jeffrey Epstein, financier américain, a recruté pendant des années des adolescentes — souvent de 14 à 17 ans, issues de milieux modestes, approchées par d’autres jeunes filles rémunérées pour les amener — dans ses propriétés de Floride, de New York, du Nouveau-Mexique et des îles Vierges. En 2008, un accord de plaider-coupable très critiqué en Floride lui a valu treize mois de détention aménagée pour des faits de prostitution de mineure, et l’immunité fédérale ; un juge a jugé en 2019 que les victimes avaient été illégalement tenues à l’écart de cet accord. Arrêté à nouveau en juillet 2019 pour trafic sexuel de mineures, il s’est donné la mort en détention le mois suivant. Sa complice Ghislaine Maxwell a été condamnée en 2021 à vingt ans de prison pour trafic sexuel de mineures. La publication progressive de documents judiciaires (listes de contacts, dépositions, dossiers du ministère de la Justice) depuis 2024 a montré l’étendue de son réseau de relations parmi les puissants, sans que la justice n’ait à ce jour établi la participation d’autres personnes aux crimes. Ce que l’affaire enseigne aux parents tient en une phrase : le prédateur ne ressemble pas à l’image qu’on en a, il est souvent séduisant, généreux, respecté — et il choisit des enfants dont il pense que personne n’écoutera la parole.
Où signaler, qui appeler
- France. 119 (enfance en danger, aussi pour les enfants eux-mêmes) ; 3018 et l’application 3018 (e-Enfance : cyberharcèlement, sextorsion, retrait d’images en quelques heures auprès des plateformes) ; PHAROS pour signaler un contenu ou un compte ; Point de Contact (pointdecontact.net) ; 116 000 Enfants disparus ; dépôt de plainte au commissariat ou à la gendarmerie, avec la brigade des mineurs. Le signalement au procureur est possible sans être certain.
- Belgique : Child Focus, 116 000 (24 h/24). Suisse : Pro Juventute 147, clickandstop.ch. Luxembourg : BEE SECURE Stopline. Canada : Cyberaide.ca, Jeunesse J’écoute 1 800 668-6868. Maghreb et Afrique francophone : lignes 116 dans plusieurs pays (Sénégal, Côte d’Ivoire, Maroc via la ligne 2511 de l’ONDE).
- Associations : e-Enfance (3018), La Voix de l’Enfant, L’Enfant Bleu, Innocence en Danger, Colosse aux pieds d’argile (sport), Face à l’inceste, le Collectif féministe contre le viol pour les victimes devenues adultes ; au niveau international, ECPAT, le réseau INHOPE de lignes de signalement, l’Internet Watch Foundation (Royaume-Uni) et le NCMEC (États-Unis, CyberTipline).
Ce que dit la loi, et les peines selon les pays
Partout, les violences sexuelles sur les enfants sont parmi les crimes les plus lourdement punis ; ce qui varie, c’est l’âge de protection absolue et la sévérité réelle.
- France. Depuis la loi du 21 avril 2021, tout acte sexuel avec pénétration d’un adulte sur un enfant de moins de 15 ans est un viol (20 ans de réclusion), sans avoir à prouver la contrainte, dès que l’écart d’âge est d’au moins cinq ans ; 18 ans pour l’inceste. Agression sexuelle sur mineur de 15 ans : 10 ans ; atteinte sexuelle : 7 ans ; corruption de mineur : 5 ans (7 en ligne) ; sextorsion et propositions sexuelles en ligne : 2 à 5 ans. Détention ou diffusion d’images : 5 ans et 75 000 €, jusqu’à 10 ans en réseau ; consultation habituelle : 2 ans. Prescription de 30 ans à partir de la majorité de la victime. Le FIJAIS (fichier des auteurs d’infractions sexuelles) impose des pointages pendant 20 à 30 ans ; le contrôle de l’honorabilité est obligatoire pour encadrer des enfants.
- Belgique : majorité sexuelle à 16 ans ; viol sur mineur de moins de 16 ans, 15 à 20 ans de réclusion (réforme de 2022). Suisse : 16 ans ; les actes d’ordre sexuel avec des enfants (art. 187 CP) restent punis d’au plus cinq ans — une sévérité faible, souvent critiquée — et le viol jusqu’à 10 ans. Allemagne : 14 ans ; depuis 2021 l’abus sexuel d’enfant est un crime puni d’un an au moins et jusqu’à 15 ans ; la possession d’images, de trois mois à cinq ans. Royaume-Uni : 16 ans ; viol d’un enfant de moins de 13 ans, prison à vie ; le grooming en ligne est une infraction autonome depuis 2003. États-Unis : selon l’État (16 à 18 ans) ; au niveau fédéral, la production d’images se punit de 15 à 30 ans ; les registres d’auteurs sont publics. Canada : 16 ans ; contacts sexuels avec un enfant, peine minimale d’un an, jusqu’à 14 ans.
- Dans de nombreux pays d’Afrique et d’Asie, les peines prévues sont lourdes mais l’impunité réelle est élevée — et le mariage d’enfants, légal ou toléré, reste la première forme institutionnalisée de violence sexuelle sur les filles : c’est l’objet de la section suivante.
L’âge légal du mariage, pays par pays
Oui, c’est vrai : dans quelques pays, la loi n’empêche pas de marier une enfant de moins de dix ans. L’UNICEF compte 12 millions de filles mariées avant 18 ans chaque année, et 640 millions de femmes vivantes mariées enfants. L’âge « officiel » ne dit pas tout : ce sont les exceptions — accord des parents, autorisation du juge, « puberté », droit religieux ou coutumier — qui ouvrent la porte.
| Pays | Âge légal | Ce qui se passe réellement |
|---|---|---|
| Yémen | Aucun depuis 1999 | La loi renvoie à la « puberté » ; des mariages de fillettes de 8 à 10 ans sont documentés, plusieurs décès ont fait scandale. |
| Soudan | 10 ans (loi de 1991) | Mariage possible « à la puberté », dès 10 ans avec l’accord du tuteur et du juge. |
| Iran | 13 ans filles, 15 garçons | Plus jeune encore avec l’accord du père et du juge ; plusieurs dizaines de milliers de mariages de filles de moins de 15 ans par an. |
| Arabie saoudite | 18 (depuis 2019) | Aucun minimum jusqu’en 2019 ; le juge peut encore autoriser des exceptions. |
| Afghanistan | 16 filles (code civil), non appliqué | Sous les talibans, la loi civile est ignorée ; mariages forcés de fillettes en échange de dettes ou de nourriture. |
| Niger | 15 filles, 18 garçons | Record mondial : environ 76 % des femmes mariées avant 18 ans, 28 % avant 15. |
| Bangladesh | 18 filles, 21 garçons | Loi de 2017 avec « cas spéciaux » sans âge minimum ; un des taux de mariage d’enfants les plus élevés d’Asie. |
| Inde | 18 filles, 21 garçons | Interdit depuis 1929 puis 2006, mais environ un mariage de fille sur quatre a lieu avant 18 ans ; les mariages restent valides sauf annulation. |
| Pakistan | 16 filles (18 dans le Sindh et, depuis 2025, à Islamabad) | Application faible ; le Conseil de l’idéologie islamique conteste les lois à 18 ans. |
| Maroc | 18 | Le juge accorde des dizaines de milliers de dérogations par an, presque toutes pour des filles ; réforme du Code de la famille en discussion. |
| Nigeria | 18 (loi fédérale de 2003) | Non adoptée par plusieurs États du Nord, où le droit religieux ne fixe aucun âge. |
| États-Unis | 18 dans une quinzaine d’États seulement | Dans la majorité des États, mariage de mineurs possible avec accord des parents ou du juge ; plusieurs n’ont fixé aucun plancher jusqu’aux années 2010. Delaware et New Jersey ont été les premiers à interdire tout mariage avant 18 ans (2018). |
| Royaume-Uni | 18 en Angleterre et au pays de Galles (2023), 16 en Écosse | Jusqu’en 2023, 16 ans avec accord parental en Angleterre. |
| France | 18 (depuis 2006) | Dispense du procureur pour « motifs graves », très rare ; le mariage forcé est un crime. |
| Allemagne | 18 sans exception (2017) | Les mariages conclus à l’étranger avant 16 ans sont nuls. |
| Pays-Bas, Suède, Danemark, Espagne (16 émancipés), Philippines (2021), Indonésie (19, 2019), Japon (18, 2022), Mexique (2019), Brésil (16 minimum absolu, 2019), Turquie (17, 16 sur décision du juge) | Tendance générale au relèvement à 18 ans sans exception — mais les exceptions judiciaires subsistent dans la plupart des pays. | |
Le mariage d’une enfant n’est pas un mariage : c’est une relation sexuelle imposée à une mineure sous couvert d’un contrat. C’est pourquoi le droit international (Convention des droits de l’enfant, 1989 ; objectif 5.3 de l’ONU) vise sa disparition d’ici 2030, et pourquoi la France punit de trois ans de prison le fait de forcer quelqu’un à quitter le territoire pour le marier. La page sur les mariages forcés et l’enlèvement de la mariée approfondit ces pratiques.
Un peu d’histoire : quand se marier à 12 ans était la norme
Il n’était pas rare, autrefois, de marier une fille de 12 ou 15 ans — et il faut le dire sans en faire une excuse. Le droit romain fixait la capacité à 12 ans pour les filles et 14 pour les garçons ; le droit canonique médiéval a repris ces âges, avec des fiançailles possibles dès 7 ans. Les mariages princiers se concluaient très tôt : Isabelle de Valois épouse Richard II d’Angleterre à six ans en 1396 ; Marguerite d’Autriche est mariée par procuration à trois ans. Dans les campagnes, pourtant, l’âge réel au premier mariage était bien plus élevé — autour de 24-26 ans en Europe occidentale aux XVIIe et XVIIIe siècles, parce qu’il fallait un établissement — et les mariages d’enfants concernaient surtout l’aristocratie et les stratégies d’alliance.
Le Code civil de 1804 autorise le mariage à 15 ans pour les filles et 18 pour les garçons ; cette différence n’a été supprimée en France qu’en 2006, précisément pour lutter contre les mariages forcés. L’Angleterre a gardé 12 ans jusqu’en 1929 (puis 16), les États-Unis des planchers très bas jusqu’au XXe siècle. L’âge de protection pénale — la « majorité sexuelle » — a suivi le même chemin : en France, 11 ans en 1832, 13 ans en 1863, 15 ans en 1945 ; en Angleterre, 12 puis 13 ans (1875) puis 16 ans (1885, après la campagne de presse « The Maiden Tribute of Modern Babylon » sur la prostitution des fillettes de Londres) ; dans beaucoup d’États américains, 10 ou 12 ans jusqu’aux années 1890-1920. Ce qui a changé n’est pas la biologie, c’est l’idée qu’une enfant est une personne et non un bien à transmettre : la scolarité obligatoire, la reconnaissance de l’enfance comme un âge à part, puis la Convention de 1989. La pédocriminalité n’est pas une survivance d’un passé où « c’était normal » ; c’est la violation d’un consentement qui, à ces âges, n’existe pas — et c’est au nom de cette idée-là, récente et fragile, qu’on protège aujourd’hui.
Pour aller plus loin sur le site
Le consentement et ses fiches pays donnent l’âge de protection de chaque pays ; la page Quand son ado a sa première relation traite des relations entre adolescents ; Écrans et usages numériques aide à poser des règles ; les pages sur la rencontre en ligne et leurs droits expliquent ce que valent une photo et une identité en ligne. Les fiches pays du droit détaillent les infractions sexuelles commises à l’étranger et le tourisme sexuel, poursuivis en France même sans plainte sur place.
