L'infection
La gonorrhée, ou blennorragie, est due à la bactérie Neisseria gonorrhoeae, le gonocoque. Elle infecte l'urètre, le col de l'utérus, le rectum, la gorge et parfois l'œil. Son incidence augmente nettement depuis une quinzaine d'années dans la plupart des pays. Sa caractéristique préoccupante est son extraordinaire capacité à développer des résistances : le gonocoque a successivement échappé aux sulfamides, à la pénicilline, aux tétracyclines, aux fluoroquinolones, et des souches résistantes aux céphalosporines de dernière ligne ont été décrites.
Les points clés
| Agent | Bactérie Neisseria gonorrhoeae |
|---|---|
| Incubation | 2 à 7 jours chez l'homme, souvent plus longue et silencieuse chez la femme |
| Formes sans symptôme | Environ la moitié des femmes ; presque toujours pour la gorge et l'anus |
| Délai de dépistage fiable | Une à deux semaines |
| Prélèvement | PCR urinaire ou vaginale, plus gorge et anus ; culture recommandée avant traitement |
| Guérison | Oui, par une injection unique, mais la résistance progresse |
| Contrôle après traitement | Recommandé, contrairement à la chlamydiose |
Comment elle se transmet
Elle se transmet lors de rapports vaginaux, anaux et oraux non protégés. La fellation est une voie de transmission souvent sous-estimée : l'infection pharyngée est presque toujours asymptomatique et constitue un réservoir majeur, d'autant qu'elle favorise les échanges de gènes de résistance avec d'autres bactéries de la gorge. La transmission mère-enfant lors de l'accouchement peut provoquer une conjonctivite grave du nouveau-né.
Les symptômes
Chez l'homme, la gonorrhée est bruyante dans environ neuf cas sur dix : écoulement urétral jaune ou verdâtre, abondant, et brûlures intenses en urinant, deux à sept jours après le rapport. Chez la femme, elle est souvent discrète ou absente : pertes anormales, brûlures, douleurs pelviennes. Les atteintes de la gorge et du rectum sont presque toujours silencieuses, et ne sont découvertes que par un prélèvement ciblé.
Le dépistage
Le diagnostic repose sur une PCR, sensible et rapide. Mais en raison de la résistance, il est fortement recommandé de réaliser en plus une culture avec antibiogramme avant de traiter : c'est le seul moyen de vérifier que l'antibiotique choisi est efficace et de surveiller l'évolution des résistances. Comme pour la chlamydiose, les prélèvements de gorge et d'anus doivent être demandés en fonction des pratiques, car un test urinaire seul ne les détecte pas.
Le traitement
Le traitement repose sur une injection intramusculaire unique de ceftriaxone, dont la dose a été augmentée dans la plupart des recommandations pour tenir compte de la résistance. Un contrôle après traitement est recommandé, en particulier pour les localisations pharyngées, plus difficiles à guérir. Les partenaires doivent être traités simultanément et les rapports suspendus sept jours après l'injection.
Sans traitement
Non traitée, la gonorrhée provoque des salpingites, des grossesses extra-utérines et une infertilité, comme la chlamydiose, et des épididymites chez l'homme. Plus rarement, elle diffuse par le sang et provoque une infection disséminée associant fièvre, arthrite et lésions cutanées, qui constitue une urgence. La conjonctivite gonococcique du nouveau-né peut entraîner une cécité si elle n'est pas traitée immédiatement.
La prévention
- Le préservatif reste la protection principale, y compris pour les rapports oraux — la voie la plus souvent négligée.
- Un dépistage régulier est recommandé en cas de partenaires multiples, avec des prélèvements dans les trois localisations.
- Ne jamais utiliser un antibiotique restant d'un traitement précédent : c'est le mécanisme principal de sélection des résistances.
- Le vaccin contre le méningocoque B confère une protection partielle contre le gonocoque ; certains pays l'utilisent désormais dans cette indication.
Ce qui a changé récemment
Le Royaume-Uni a lancé en 2025 le premier programme au monde de vaccination contre la gonorrhée, en utilisant un vaccin antiméningococcique B qui offre une protection croisée partielle. D'autres pays étudient la même approche.
Après un diagnostic
- Prévenir les partenaires des deux derniers mois, et le dernier partenaire au-delà.
- Réaliser le contrôle après traitement à la date indiquée : il ne s'agit pas d'une formalité mais d'une vérification d'efficacité.
- Compléter par un dépistage de la chlamydiose, de la syphilis, du VIH et des hépatites : les co-infections sont fréquentes.
- Signaler tout échec apparent du traitement : il contribue à la surveillance des résistances.
À retenir
Un écoulement qui persiste après le traitement n'est pas forcément un échec : il peut s'agir d'une co-infection à chlamydia ou à mycoplasme. Reconsultez plutôt que de reprendre un antibiotique de votre côté.
Un peu d'histoire
Les écoulements génitaux sont décrits dès l'Antiquité, et c'est Galien, au IIe siècle, qui forge le mot « gonorrhée » — littéralement « écoulement de semence », car il croyait que c'en était. Pendant des siècles, gonorrhée et syphilis passent pour une seule et même maladie ; le chirurgien John Hunter, en 1767, s'inocule du pus d'un malade qui avait les deux, ce qui entretient la confusion. Il faut attendre Philippe Ricord, à Paris, en 1838, pour que les deux infections soient définitivement séparées.
Le gonocoque est identifié en 1879 par le dermatologue allemand Albert Neisser, qui lui laisse son nom (Neisseria gonorrhoeae). En 1881, Carl Credé introduit les gouttes de nitrate d'argent dans les yeux des nouveau-nés, qui font presque disparaître la cécité gonococcique du nourrisson. Les sulfamides dans les années 1930, puis la pénicilline dans les années 1940, rendent la maladie facile à guérir — pour un temps.
Depuis, le gonocoque a appris à résister à chaque antibiotique qu'on lui a opposé : souches productrices de pénicillinase en 1976, résistance aux tétracyclines, aux fluoroquinolones (abandonnées aux États-Unis en 2007), puis sensibilité réduite aux céphalosporines. Des cas de « super-gonorrhée » résistante à tout traitement usuel sont signalés depuis 2018, et l'OMS classe le gonocoque parmi les bactéries prioritaires pour lesquelles de nouveaux antibiotiques sont urgents.
Les différences entre pays
La gonorrhée est la seule infection de cette liste dont la prise en charge est directement conditionnée par la surveillance internationale des résistances.
- Surveillance des résistances. Les pays disposant d'un réseau de laboratoires adaptent leurs protocoles au fil des données ; ailleurs, les schémas restent parfois ceux d'il y a dix ans, avec des antibiotiques devenus inefficaces.
- Vaccination. Le Royaume-Uni a lancé en 2025 le premier programme au monde de vaccination contre la gonorrhée, en utilisant un vaccin antiméningococcique B. D'autres pays étudient la même approche, mais aucun ne l'a généralisée.
- Dose de ceftriaxone. Elle a été augmentée dans plusieurs pays pour tenir compte de la résistance ; les recommandations ne sont pas partout alignées.
- Contrôle après traitement. Systématique dans certains pays, réservé aux localisations pharyngées dans d'autres, absent ailleurs.
- Approche syndromique. Là où le diagnostic biologique n'est pas disponible, la gonorrhée est traitée avec la chlamydiose sous l'intitulé « écoulement urétral », sans distinction ni antibiogramme.
