Le barème de chaque pays, et ce qu’il vaut
France : la table de référence du ministère de la Justice
La table publiée sur justice.fr (mise à jour du 2 avril 2024, issue d’une circulaire de 2010) retire du revenu net mensuel du parent débiteur un minimum vital de 652 € — le montant du RSA d’une personne seule — puis applique au reste un pourcentage par enfant qui dépend du nombre d’enfants (de 1 à 6) et de l’amplitude du droit de visite : 13,5 % pour un enfant en garde classique, 18 % si le droit de visite est réduit, 9 % en résidence alternée. Pour 2 000 € nets et un enfant en garde classique, cela donne (2 000 − 652) × 13,5 %, soit environ 182 € par mois. La table ne regarde que le revenu du débiteur, ce qui la rend peu adaptée à la résidence alternée, et les tribunaux rappellent depuis 2011 qu’elle n’a aucune valeur contraignante. Depuis 2023, la pension fixée par un titre exécutoire passe automatiquement par l’ARIPA (CAF ou MSA), qui la collecte, la reverse et la revalorise chaque année. La page garde des enfants et pension alimentaire détaille la procédure et les impayés.
Royaume-Uni : la formule du Child Maintenance Service
Seul pays de cette liste à appliquer une véritable formule, le Royaume-Uni part du revenu brut hebdomadaire du parent payeur (données fiscales, après cotisations retraite, plafonné à 3 000 £). En dessous de 7 £, rien ; de 7 à 100 £, un forfait de 7 £ par semaine ; de 100 à 200 £, un taux réduit ; de 200 à 800 £, 12 % pour un enfant, 16 % pour deux, 19 % pour trois ou plus ; au-delà de 800 £, 9, 12 ou 15 % sur la part supérieure. Les autres enfants qui vivent au foyer du payeur réduisent d’abord le revenu de 11, 14 ou 16 %. Enfin, les nuits passées chez le payeur réduisent la pension par septièmes : un septième à partir de 52 nuits par an, la moitié à partir de 175 nuits, puis 7 £ de moins par semaine et par enfant. Le guide officiel a été mis à jour le 1er avril 2026.
Allemagne : la Düsseldorfer Tabelle 2026
Publiée par le tribunal régional supérieur de Düsseldorf après concertation de tous les tribunaux régionaux, la table du 1er janvier 2026 croise quinze groupes de revenu net (jusqu’à 2 100 €, puis par paliers jusqu’à 11 200 €) et quatre classes d’âge (0 à 5, 6 à 11, 12 à 17 ans, majeurs vivant chez un parent). Le besoin minimal d’un enfant de 6 à 11 ans est de 558 € ; on en retire la moitié du Kindergeld (259 € en 2026, donc 129,50 €) pour obtenir le montant à payer, 428,50 €. La table suppose deux personnes à charge : avec une seule, on monte d’un groupe ; avec trois ou plus, on descend. Un montant de contrôle par groupe et un minimum garanti au débiteur (1 450 € s’il travaille, 1 200 € sinon) complètent le mécanisme ; si le revenu ne suffit pas, le disponible est réparti entre les enfants au prorata de leurs besoins. La table n’a pas force de loi mais tous les tribunaux la suivent.
Pays-Bas : besoin de l’enfant et capacité des parents
Les normes de la magistrature (Tremanormen, version de janvier 2026) procèdent en quatre temps. Le besoin de l’enfant se lit dans une table d’après le revenu net du ménage avant la séparation : 350 € par mois pour un enfant avec 3 000 € de revenu, 605 € pour deux. La capacité contributive de chaque parent vient d’une table jusqu’à 2 200 € de revenu, puis d’une formule : 70 % de ce qui reste après un forfait de charges de 1 365 € et un budget logement de 30 % du revenu. Le besoin est ensuite réparti entre les parents au prorata de leurs capacités, et le parent qui n’héberge pas l’enfant déduit une réduction pour les soins qu’il assure lui-même : 5, 15, 25 ou 35 % du besoin selon qu’il a l’enfant moins d’un jour, un, deux ou trois jours par semaine. L’exemple officiel : besoin de 350 €, capacités de 221 € et 179 €, part du second parent 157 €, réduction de 15 %, pension d’environ 104 € par mois.
Espagne : une méthode, mais des tables en révision
Le Conseil général du pouvoir judiciaire a publié en 2013 des tables indicatives, mises à jour en 2019 : une première table donne le coût d’un, deux ou trois enfants d’après les revenus nets cumulés des parents, hors logement et scolarité, corrigé selon la région et la taille de la commune ; une seconde en déduit la part du parent non gardien, proportionnelle à ses revenus. En garde partagée, chaque parent assume ses périodes. Depuis 2026, la page officielle annonce une révision et n’affiche plus les tables ; les fourchettes « 2026 » que l’on trouve en ligne sont les chiffres de 2019 revalorisés de l’inflation par des cabinets d’avocats. L’outil les présente pour ce qu’elles sont : des ordres de grandeur non officiels.
Italie, Portugal, Pologne, Turquie : des critères, pas de barème
Dans ces quatre pays, la loi fixe des critères et le juge apprécie. En Italie, l’article 337-ter du code civil impose une contribution proportionnelle au revenu de chaque parent, d’après les besoins de l’enfant, le niveau de vie antérieur, le temps passé chez chacun et les ressources des deux ; le « 25 % du revenu » des cabinets milanais n’est écrit nulle part. Au Portugal, l’article 2004 proportionne les aliments aux moyens de l’un et aux besoins de l’autre ; les décisions courantes vont de 150 à 350 € par enfant, et un fonds public avance jusqu’à 537,13 € par mois (un IAS en 2026) quand le parent ne paie pas. En Pologne, les articles 133 et 135 du code de la famille mesurent la pension aux besoins justifiés de l’enfant et aux possibilités de gain du parent — sa capacité potentielle, pas son seul salaire — et le portail e-Justice observe des montants de 300 à 1 000 zł par mois ; le fonds alimentaire plafonne à 1 000 zł par enfant. En Turquie, le code civil (articles 182 et 330) retient les besoins de l’enfant et la capacité des parents, avec une augmentation annuelle indexée ; les cabinets évoquent 15 à 35 % du revenu net. Le projet de tables officielles polonais n’a jamais été adopté, et aucun de ces pays n’offre de simulateur public.
Enfant majeur : quand la pension continue
C’est la question la plus posée, et la réponse change beaucoup d’un pays à l’autre. En France, en Espagne, en Italie et en Pologne, l’obligation ne s’arrête pas à 18 ans et n’a pas d’âge limite : elle dure tant que l’enfant poursuit sérieusement une formation ou n’est pas autonome, et c’est le majeur qui peut la réclamer lui-même. Le Portugal fixe une règle nette : la pension décidée pendant la minorité continue jusqu’à 25 ans, sauf preuve contraire par le parent qui paie. L’Allemagne garde le majeur dans la table s’il vit chez un parent et lui reconnaît un besoin forfaitaire de 990 € s’il étudie ailleurs, les deux parents contribuant au prorata. Les Pays-Bas font des 18-21 ans un cas à part, calculé sur les normes des bourses d’études. Le Royaume-Uni s’arrête au plus tard à 20 ans et exclut l’université du dispositif administratif ; la Turquie éteint la pension à 18 ans et oblige l’étudiant à en demander une autre. Dans tous les cas, le rattachement fiscal n’a rien à voir avec la durée de l’obligation.
Questions fréquentes
Le montant calculé est-il celui que je devrai payer ou recevoir ?
Non. C’est une estimation indicative obtenue en appliquant mécaniquement un barème public à quelques chiffres. Le montant réel dépend de la décision du juge, de l’accord homologué ou du calcul de l’organisme compétent, qui prennent en compte les charges, les autres personnes à charge, le patrimoine et les frais exceptionnels. Seul le Royaume-Uni applique une formule administrative ; même là, des éléments individuels (revenus variables, frais, partenaire) modifient le résultat.
Quel revenu faut-il saisir ?
Le revenu net mensuel du parent qui paie, toutes ressources comprises (salaire, indemnités, revenus locatifs, pension de retraite), pour la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne ; en Allemagne il s’agit du revenu « ajusté » après certaines charges, et aux Pays-Bas du revenu net disponible. Pour le Royaume-Uni, le revenu brut hebdomadaire : le revenu annuel brut avant impôt, après cotisations retraite, divisé par 52.
La résidence alternée supprime-t-elle la pension ?
Pas forcément. En France, la table prévoit un taux réduit en résidence alternée (9 % pour un enfant) et une pension reste possible si les revenus sont très inégaux. Au Royaume-Uni, une garde strictement égale met en pratique fin à la pension par le CMS. Aux Pays-Bas, la garde partagée est traitée par la réduction de 35 %. En Espagne, chaque parent assume ses périodes, avec compensation en cas de déséquilibre.
La pension est-elle revalorisée chaque année ?
En France, oui dans la quasi-totalité des décisions (indice des prix), et l’ARIPA l’applique automatiquement ; aux Pays-Bas, l’indexation légale s’applique chaque 1er janvier ; en Italie et en Turquie, le jugement prévoit l’indexation ; en Allemagne, la table change chaque année et le Kindergeld avec elle ; en Pologne, il n’y a pas d’indexation automatique, seulement une révision par le tribunal.
Que faire si la pension n’est pas payée ?
Chaque pays a un organisme ou une procédure : l’ARIPA en France (recouvrement et allocation de soutien familial), le CMS au Royaume-Uni (« collect and pay »), le Jugendamt et l’Unterhaltsvorschuss en Allemagne, le LBIO aux Pays-Bas, le FGADM au Portugal, le Fonds alimentaire en Pologne, l’exécution forcée ailleurs. Dans tous les cas, il faut un titre exécutoire : jugement, convention homologuée ou acte notarié.
