L’actualité en bref
Dans un essai randomisé auprès de 112 jeunes adultes (Baylor University), être ghosté après deux heures d'échanges par message n'a modifié ni le sommeil mesuré par une bague connectée, ni le sommeil déclaré, par rapport à une fin polie ou à l'absence de message. Les auteurs précisent que cela ne vaut que pour un contact très récent et peu engagé.
Ce que dit l'étude
Michael Langlais et son équipe de la Baylor University (Texas) ont publié le 27 janvier 2026 dans Frontiers in Psychology un essai contrôlé randomisé sur une question simple : être ghosté, c'est-à-dire voir une conversation s'interrompre sans explication, abîme-t-il le sommeil ?
Comment l'expérience a été menée
Les participants, 112 étudiants de premier cycle analysés, pensaient s'inscrire à un service de mise en relation (Langlais et al., 2026). Après une première séance où ils choisissaient des photos de partenaires potentiels, ils étaient répartis au hasard en trois groupes à la fin de la deuxième séance : 40 dans le groupe ghosting, 35 dans le groupe « fin courtoise » et 37 dans le groupe contrôle (Langlais et al., 2026).
Le groupe ghosting échangeait pendant deux heures par SMS avec un assistant de recherche, qui cessait ensuite brusquement de répondre. Le groupe « fin courtoise » recevait au bout de ces deux heures un message d'adieu poli. Le groupe contrôle ne recevait aucun message. Les échanges avaient lieu entre 15 h et 19 h.
Le sommeil a été mesuré de deux façons. D'un côté, une bague connectée portée en continu enregistrait la durée du sommeil, son efficacité, le temps d'endormissement, les réveils nocturnes, la fréquence cardiaque de la nuit et sa variabilité, sans que les participants voient leurs données. De l'autre, un journal du sommeil rempli le matin du deuxième et du troisième jour recueillait la durée, le temps d'endormissement, les réveils et la qualité perçue, notée de 1 à 5 (Langlais et al., 2026).
Ce qu'ils ont trouvé
Le résultat principal est une absence d'effet. Les auteurs écrivent n'avoir observé aucune influence du ghosting expérimental sur les mesures de sommeil, objectives ou subjectives, et tous les effets mesurés sont petits (différences de moins de 0,20 en d de Cohen, êta carré partiel inférieur à 0,02) (Langlais et al., 2026).
La qualité de sommeil perçue illustre bien cette absence de différence. Le deuxième jour, elle était de 3,35 sur 5 dans le groupe ghosting, 3,76 dans le groupe « fin courtoise » et 3,61 dans le groupe contrôle. Le troisième jour, elle était de 3,70, 3,74 et 3,81, sans écart significatif (Langlais et al., 2026).
Un seul résultat est ressorti : la fréquence cardiaque de nuit. Elle était un peu plus élevée dans le groupe contrôle que dans le groupe « fin courtoise » (66,37 contre 62,00 battements par minute le deuxième jour, 67,17 contre 61,51 le troisième), alors que le groupe ghosting (61,72 et 62,90) ne se distinguait d'aucun autre (Langlais et al., 2026). Les auteurs jugent cette différence probablement fortuite.
Pourquoi ce résultat n'est pas celui de l'étude précédente
La même équipe avait observé en 2024 une hausse de la fréquence cardiaque et de la pression artérielle au moment où le ghosting survenait. Les auteurs avancent plusieurs explications à l'écart : cette fois, les mesures portaient sur le sommeil des nuits suivantes et non sur le moment même, l'échange se faisait par un autre canal, il n'y avait pas de rencontre en face à face, et la relation restait ambiguë. Ce sont des hypothèses, non testées ici (Langlais et al., 2026).
Les limites à garder en tête
Les auteurs signalent eux-mêmes plusieurs limites (Langlais et al., 2026). L'échantillon vient d'une seule université et compte surtout des femmes et des participants blancs. L'analyse était calibrée pour détecter un effet moyen : un effet plus faible aurait pu passer inaperçu. Les chercheurs n'ont pas vérifié comment les participants avaient perçu le ghosting, ni ce qu'ils s'étaient écrit. La conversation, limitée à deux heures pour des raisons d'éthique, ne ressemble pas à un attachement de plusieurs semaines.
Une lecture critique ajoute que l'absence de différence significative n'est pas la preuve d'une absence d'effet : aucun test d'équivalence n'a été mené, ce que les auteurs reconnaissent.
Ce que cela change pour le lecteur
Pour qui a été ghosté après quelques messages ou un premier échange, cette étude apporte un contrepoint utile : le coup au moral qu'on ressent est réel, mais il ne s'accompagne pas forcément de nuits dégradées. Elle ne dit rien d'une relation de plusieurs mois, où le silence pèse bien plus.
Elle ne dit pas non plus que le ghosting est anodin pour celui qui le subit : d'autres travaux décrivent une perte de contrôle et une baisse de l'estime de soi, et une étude de 2026 montre que celui qui part se sent souvent plus mal qu'on ne l'imagine. Elle suggère plutôt que les effets d'un silence très précoce sont plus modestes qu'on ne le craint, ce qui peut aider à ne pas en faire un verdict sur sa propre valeur.
Pour aller plus loin
Cette actualité s’inscrit dans un sujet plus large, que notre page Le ghosting : disparaître sans un mot traite en détail.
