Adoption — Maroc

L'adoption au sens de filiation est interdite au Maroc ; la kafala, régie par la loi 15-01, confie l'enfant sans créer de lien de filiation ni de droits successoraux automatiques.

Carte de situation — Maroc — Adoption
Maroc. Carte de situation à contours simplifiés — données Natural Earth, domaine public.

Le cadre légal

Le droit marocain suit la règle de droit musulman qui prohibe le tabanni, l'adoption créatrice de filiation. La loi n° 15-01 du 13 juin 2002 relative à la prise en charge des enfants abandonnés organise la kafala : un juge des tutelles confie un enfant déclaré abandonné à un kafil qui s'engage à l'entretenir, l'élever et le protéger jusqu'à sa majorité. L'enfant conserve son nom d'origine, sauf recours à la procédure de concordance des noms, et n'hérite pas de plein droit du kafil.

La kafala n'est pas une adoption dégradée : c'est une institution différente, qui privilégie la continuité de la filiation d'origine. Un enfant makfoul garde son nom, sa filiation lorsqu'elle est connue, et ne devient pas héritier réservataire. Le kafil peut cependant lui transmettre jusqu'au tiers de sa succession par testament, et de nombreuses familles recourent à la donation de leur vivant.

La condition de résidence introduite en 2012 a bouleversé les projets des couples européens. Elle est appliquée avec des nuances selon les juridictions, mais l'esprit est constant : le juge veut s'assurer que l'enfant sera élevé dans un environnement musulman et pouvoir exercer un suivi. Les Marocains résidant à l'étranger et les couples dont l'un des membres est marocain ont plus de chances d'aboutir.

La reconnaissance de la kafala en Europe est le nœud du problème. Ni la France ni la Suisse ne convertissent une kafala en adoption, l'article 370-3 du Code civil français interdisant l'adoption d'un enfant dont la loi personnelle prohibe l'adoption. L'enfant peut en revanche être recueilli, obtenir un titre de séjour, puis acquérir la nationalité du kafil après plusieurs années, ce qui rend ensuite une adoption possible.

Couples de même sexe : les relations entre personnes de même sexe sont pénalement réprimées et aucune forme d'union n'est reconnue : ni l'adoption conjointe, ni la kafala au bénéfice d'un couple de même sexe ne sont envisageables.

Les points clés

TextesLoi n° 15-01 du 13 juin 2002 ; Code de la famille de 2004
FormeKafala uniquement ; l'adoption créatrice de filiation est nulle
Conditions du kafilÊtre musulman, majeur, sain d'esprit, apte moralement et matériellement
EffetsEntretien, éducation et représentation ; pas de filiation ni de vocation successorale
Sortie du territoireAutorisation du juge des tutelles requise
Convention de La HayeNon partie à la Convention de 1993 sur l'adoption

En pratique

Coût et prise en charge

La procédure judiciaire est peu coûteuse : quelques milliers de dirhams de frais et d'honoraires. Le coût réel, pour un candidat étranger, tient au séjour prolongé au Maroc qu'impose la condition de résidence, puis aux démarches de reconnaissance et de visa dans le pays d'accueil.

Évolutions récentes

La réforme du Code de la famille engagée depuis 2023 a rouvert le débat sur le statut de l'enfant pris en kafala, notamment sur la transmission du nom et sur le legs testamentaire à son profit, sans remettre en cause la prohibition de la filiation adoptive.

Où s'adresser

À savoir

Une circulaire du ministère de la Justice du 19 septembre 2012 réserve en principe la kafala aux personnes résidant habituellement au Maroc, ce qui a fermé la voie à de nombreux candidats étrangers non résidents.

Questions fréquentes

La kafala est-elle une adoption ?

Non. Elle confie la charge de l'enfant sans créer de lien de filiation. L'enfant n'est pas l'héritier réservataire du kafil et conserve, en principe, son nom d'origine.

Un couple européen non résident peut-il obtenir une kafala ?

C'est devenu très difficile depuis la circulaire de 2012, qui réserve la kafala aux personnes résidant habituellement au Maroc. Certains juges l'appliquent strictement, d'autres examinent les dossiers de Marocains de l'étranger.

Un enfant en kafala peut-il hériter du kafil ?

Pas automatiquement. Le kafil peut lui léguer jusqu'au tiers de sa succession par testament ou lui faire une donation de son vivant.

Peut-on adopter en France un enfant recueilli en kafala au Maroc ?

Pas directement : l'article 370-3 du Code civil français l'interdit tant que l'enfant relève d'une loi qui prohibe l'adoption. L'adoption redevient possible lorsque l'enfant a acquis la nationalité française.

Sources et liens officiels

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