Enerup Premium : retrait pour sildénafil caché

L'Espagne retire Enerup Premium, complément « naturel » contenant du sildénafil non déclaré : ce que dit l'agence, ses limites, et les réflexes à retenir.

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L’actualité en bref

Le 27 octobre 2026, l'agence espagnole du médicament (AEMPS) a ordonné le retrait d'« Enerup Premium », vendu comme complément naturel : son laboratoire a confirmé la présence de sildénafil, non indiqué sur l'étiquette, en quantité pharmacologiquement active. L'agence rappelle les risques cardiovasculaires (infarctus, arythmie, accident vasculaire cérébral, mort subite) et les nombreuses interactions. La note ne précise ni la dose, ni les circuits de vente.

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Ce que dit la note

Le 27 octobre 2026, l'Agence espagnole des médicaments et produits de santé (AEMPS) a publié une note d'information intitulée « La AEMPS retire le produit Enerup Premium pour contenir du sildénafil sans le déclarer » (AEMPS, note ICM (MI) 06/2026). Le produit était présenté comme un complément « naturel ». Son laboratoire officiel de contrôle des médicaments y a pourtant confirmé la présence de sildénafil, la molécule du Viagra, en quantité suffisante pour avoir un effet pharmacologique (AEMPS, note du 27 octobre 2026). Or il n'apparaît pas sur l'étiquette. La conséquence juridique est immédiate : un produit qui contient une substance active de cette nature est un médicament, et il ne peut pas être vendu comme un aliment. L'agence a donc ordonné l'arrêt de sa commercialisation et son retrait du marché.

L'agence indique avoir eu connaissance du produit par l'intermédiaire de la Police nationale espagnole. La note ne précise ni le fabricant, ni les circuits de vente, ni les quantités distribuées, ni la teneur exacte en sildénafil. Le lendemain, 28 octobre 2026, l'agence espagnole de sécurité alimentaire (AESAN) a relayé l'affaire par une alerte alimentaire portant la référence ES2026/654 (AESAN, alerte du 28 octobre 2026).

Les risques décrits par l'agence

L'AEMPS rappelle pourquoi un médicament de cette famille est vendu sur ordonnance. Les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 sont contre-indiqués en cas d'infarctus aigu, d'angine de poitrine instable ou d'effort, d'insuffisance cardiaque ou d'arythmie non contrôlée, de tension trop basse ou d'hypertension non contrôlée, d'antécédent d'accident vasculaire cérébral ischémique, d'insuffisance hépatique sévère, de neuropathie optique ischémique ou de certaines maladies héréditaires de la rétine (AEMPS, note du 27 octobre 2026). Elle cite aussi de nombreuses interactions et des effets cardiovasculaires potentiellement graves : infarctus, angine instable, arythmie ventriculaire, palpitations, tachycardie, accident vasculaire cérébral et mort subite d'origine cardiaque.

Le point essentiel est celui-ci : l'acheteur d'un produit « 100 % naturel » ne sait pas qu'il avale un médicament. Il ne peut donc pas informer son médecin, ni éviter l'association avec un dérivé nitré, dont le délai de sécurité est de 24 heures après le sildénafil et de 48 heures après le tadalafil selon le consensus Princeton IV (Köhler et al., Mayo Clinic Proceedings, 2024). Si une douleur thoracique survient, les secours risquent d'ignorer qu'un inhibiteur de la PDE5 a été pris, et d'administrer un dérivé nitré.

Un cas parmi d'autres

Cette alerte n'a rien d'isolé. En France, la Douane a recensé 131 saisies de « miels érectiles » en 2023 contre 18 en 2019 (Sénat, réponse à la question écrite n° 03036, 27 mars 2025) ; en novembre 2024, une saisie à Marseille a porté sur plus de 13 tonnes, soit près de 860 000 sticks (Douane, alerte aux consommateurs, 2025). Sur 50 miels saisis par la Douane et analysés, 43 étaient adultérés, presque toujours avec du tadalafil (Danoun et al., Molecules, 2024). Un rappel de produit portant sur un miel « Kama » a été publié sur RappelConso le 9 octobre 2026 pour « présence de substances médicamenteuses non autorisées » (RappelConso, fiche 2026-10-0064). Le cas espagnol est donc un exemple de plus d'un phénomène européen, non un événement exceptionnel.

Une précision de lecture. La note de l'AEMPS concerne un produit vendu en Espagne. Rien dans la source ne dit qu'« Enerup Premium » est vendu en France, et il serait faux de l'affirmer. L'intérêt de cette actualité pour un lecteur français est ailleurs : elle montre que les autorités de plusieurs pays arrivent au même constat, et que la composition réelle d'un « complément » ne se lit pas sur son emballage.

Les limites de la source

La note est brève. Elle ne donne aucun chiffre sur la dose de sildénafil, aucun nombre de personnes touchées, aucun effet indésirable observé : les risques qu'elle cite sont ceux que l'on connaît pour cette classe de médicaments, pas des cas constatés avec ce produit. Elle ne formule pas non plus de consigne explicite aux consommateurs ; la seule conclusion qu'on peut en tirer, sans rien ajouter, est que le produit présente des risques graves et ne doit pas être consommé. Les circuits de vente et les zones touchées ne sont pas précisés. Les enquêtes disponibles portent sur des échantillons choisis parce qu'ils sont suspects : elles ne mesurent pas le marché dans son ensemble.

Ce que cela change pour vous

Trois réflexes simples découlent de cette affaire.

- Un site ou un compte de réseau social qui vend du sildénafil ou du tadalafil « sans ordonnance » est illégal en France : seuls les médicaments qui ne sont pas soumis à prescription obligatoire peuvent être vendus en ligne (Code de la santé publique, article L. 5125-34). - En cas de douleur thoracique, de malaise ou d'érection de plus de quatre heures après la prise d'un produit de ce type, on appelle le 15 ou le 112 en précisant le produit pris et l'heure de la prise (NHS, page sur le sildénafil). - Quand l'envie ou l'érection posent problème, la voie sûre reste une consultation, éventuellement par vidéo, qui permet aussi de repérer une cause cardiovasculaire.

La page « Les aphrodisiaques » détaille les substances, les contrôles en France et la loi. Sur ce marché, le mot « naturel » n'engage personne.

Pour aller plus loin

Cette actualité s’inscrit dans un sujet plus large, que notre page Les aphrodisiaques traite en détail.

Lire la page : Les aphrodisiaques

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