L'infection
Deux parasites distincts sont regroupés ici parce qu'ils se transmettent tous deux par contact corporel rapproché, y compris sexuel. Les morpions, ou phtiriase pubienne, sont des poux adaptés aux poils épais du pubis, des aisselles, de la barbe et parfois des cils. La gale est due à un acarien microscopique, Sarcoptes scabiei, qui creuse des galeries dans la couche superficielle de la peau où la femelle pond ses œufs. Ni l'une ni l'autre n'est liée à un défaut d'hygiène.
Les points clés
| Morpions | Pou Phtirus pubis, visible à l'œil nu, accroché à la base des poils |
|---|---|
| Gale | Acarien Sarcoptes scabiei, invisible, creusant des sillons dans la peau |
| Incubation de la gale | 2 à 6 semaines lors d'une première infestation, quelques jours en cas de réinfestation |
| Symptôme dominant | Démangeaisons, nocturnes et intenses pour la gale |
| Diagnostic | Clinique, par examen de la peau et des poils |
| Traitement | Local par perméthrine, ou oral par ivermectine pour la gale |
| Entourage | Traitement simultané indispensable, même sans symptôme |
Comment elle se transmet
Les morpions se transmettent par contact direct et prolongé, le plus souvent sexuel, et beaucoup plus rarement par la literie ou les serviettes : le pou survit mal loin de son hôte. La gale se transmet par contact cutané prolongé, peau contre peau : une poignée de main ne suffit pas, mais dormir dans le même lit ou avoir un rapport sexuel suffit largement. Dans les formes profuses, la transmission par le linge et la literie devient réellement possible.
Les symptômes
Les morpions provoquent des démangeaisons du pubis, parfois des petites taches bleutées sur la peau et des points noirs sur les sous-vêtements ; les poux et leurs lentes sont visibles à l'œil nu ou à la loupe. La gale se manifeste par des démangeaisons intenses, typiquement majorées la nuit, prédominant entre les doigts, aux poignets, aux aisselles, autour du nombril, sur les organes génitaux et les fesses, avec parfois de fins sillons visibles. Le visage est habituellement épargné chez l'adulte.
Le dépistage
Le diagnostic est clinique dans les deux cas. Pour les morpions, l'observation des poux ou des lentes fixées à la base des poils suffit. Pour la gale, l'association de démangeaisons nocturnes, de la localisation caractéristique des lésions et d'un contexte de cas groupés dans l'entourage oriente fortement. Un prélèvement ou une dermatoscopie peuvent confirmer le diagnostic en cas de doute. Les deux infestations justifient un bilan des autres infections sexuellement transmissibles.
Le traitement
Les morpions se traitent par application locale d'un antiparasitaire, généralement en deux applications à une semaine d'intervalle pour détruire les poux issus des lentes ; le rasage n'est pas nécessaire. La gale se traite par perméthrine en application unique renouvelée après une semaine, ou par ivermectine par voie orale, en deux prises espacées. Dans les deux cas, le linge de corps et de lit doit être lavé à 60 °C ou isolé dans un sac fermé pendant plusieurs jours.
Sans traitement
Les complications sont essentiellement liées au grattage : surinfection bactérienne, eczématisation, lésions de grattage étendues. La gale hyperkératosique, dite gale norvégienne, survient chez les personnes immunodéprimées ou âgées : elle est extrêmement contagieuse et impose des mesures renforcées. Les démangeaisons peuvent persister deux à quatre semaines après un traitement efficace, ce qui ne signifie pas un échec.
La prévention
- Traiter simultanément tous les partenaires et toutes les personnes vivant sous le même toit, même sans symptôme.
- Laver le linge à 60 °C, ou l'enfermer dans un sac plastique fermé pendant au moins trois jours.
- Ne pas partager serviettes, draps ni vêtements pendant l'épisode.
- Profiter de la consultation pour réaliser un dépistage complet des autres infections.
Après un diagnostic
- Traiter l'entourage le même jour : un traitement décalé conduit à une réinfestation immédiate.
- Poursuivre les traitements symptomatiques des démangeaisons, qui persistent souvent après la guérison.
- Reconsulter si les démangeaisons durent au-delà d'un mois ou si de nouvelles lésions apparaissent.
- Informer une collectivité concernée le cas échéant : la gale circule vite en établissement.
À retenir
Des démangeaisons qui persistent quelques semaines après le traitement ne signifient pas que le parasite est toujours là : la peau met du temps à se calmer. Répéter les traitements sans avis médical est inutile et irritant.
Un peu d'histoire
Le pou du pubis accompagne l'humanité depuis très longtemps : les études génétiques montrent qu'il descend du pou du gorille, passé à nos ancêtres il y a environ trois millions d'années. La gale, elle, occupe une place à part dans l'histoire de la médecine : en 1687, à Livourne, Giovanni Cosimo Bonomo et Diacinto Cestoni décrivent l'acarien qu'ils ont extrait des sillons de la peau et affirment qu'il est la cause de la maladie — la première fois qu'une maladie humaine est attribuée à un organisme vivant visible au microscope. Leur découverte est oubliée, et il faut attendre 1834 pour qu'un étudiant corse, Simon-François Renucci, montre à l'hôpital Saint-Louis de Paris comment extraire le parasite avec une aiguille.
Les traitements furent longtemps le soufre en pommade et le pétrole ; le benzoate de benzyle apparaît en 1937, le lindane en 1948 — interdit dans l'Union européenne en 2008 pour sa toxicité —, la perméthrine dans les années 1980 et l'ivermectine par voie orale dans les années 1990, qui permet de traiter d'un coup une maison de retraite ou une école.
Fait rare pour une IST, les morpions reculent : des cliniques australiennes et britanniques ont noté dès 2006 la quasi-disparition des cas, attribuée à la généralisation de l'épilation intégrale — le parasite n'a plus où s'accrocher.
Les différences entre pays
Deux parasitoses banales dont la prise en charge varie surtout par la disponibilité de l'ivermectine et le remboursement.
- Ivermectine par voie orale. Très pratique pour traiter un foyer entier, elle n'est pas enregistrée dans cette indication partout, ce qui oblige ailleurs à s'en tenir aux traitements locaux.
- Remboursement. Les traitements locaux sont pris en charge dans certains pays et entièrement à la charge du patient dans d'autres, ce qui pèse lourd quand tout un foyer doit être traité.
- Campagnes de traitement de masse. Dans les régions où la gale est hyperendémique, notamment dans le Pacifique et certaines zones d'Afrique, des campagnes de traitement de population entière ont fait chuter la prévalence.
- Épidémies en collectivité. Les protocoles de gestion en établissement varient beaucoup, alors que la logique est partout la même : traiter tout le monde le même jour.
- Déclaration. Certains pays imposent un signalement en collectivité, d'autres non.
